Politique

Récolte noire dans l’est du Congo… Les civils paient le prix du conflit


Une lourde facture est supportée par les civils dans l’est de la République démocratique du Congo, entre morts et déplacés, dans une région régulièrement visée par les attaques des rebelles du M23.

Kinshasa accuse sa voisine, le Rwanda, de la responsabilité de la mort de plus de 1 500 civils dans l’est du pays depuis le début décembre, lorsque le mouvement M23 a lancé une nouvelle offensive.

Cette attaque est survenue quelques jours seulement après la signature d’un accord de paix entre les gouvernements congolais et rwandais, sous médiation américaine.

Au cours de l’offensive, le M23 a pris le contrôle de la ville d’Ovira, capitale de la province du Sud-Kivu, poussant des dizaines de milliers de personnes à fuir vers le Burundi.

Sous pression américaine, le mouvement a annoncé son retrait d’Ovira le 17 décembre.

Selon un communiqué officiel reçu par l’AFP, « le bilan provisoire des victimes civiles liées aux opérations rwandaises utilisant bombes et drones depuis le début décembre dépasse 1 500 personnes ».

Le gouvernement a également déclaré qu’« plus de 500 000 personnes ont été déplacées » dans la région suite aux avancées du M23.

Les autorités congolaises ont dénoncé « l’occupation illégale de ses territoires par les forces rwandaises » et « l’expansion délibérée et continue des zones occupées dans l’est du pays, en particulier à Ovira et ses environs, avec une avancée notable vers le sud », qualifiant cette situation « d’acte d’agression rwandais manifeste ».

Les autorités ont affirmé que « trois nouvelles brigades rwandaises » sont arrivées dans le Sud-Kivu, dans le but de progresser vers Fizi, une localité située à 150 km au sud d’Ovira, le long de la route longeant les rives du lac Tanganyika, puis de poursuivre leur avancée vers Kalemie, capitale de la province voisine du Tanganyika, à 250 km plus au sud.

La province du Tanganyika représente le nord-est de l’ancienne grande province du Katanga, un centre minier majeur de la RDC et une source importante de revenus pour l’État grâce aux taxes imposées aux entreprises minières.

En tenue civile

Des sources locales ont indiqué à l’AFP jeudi que des éléments de la police et des agents en civil affiliés au M23 restent présents à Ovira, malgré l’annonce du retrait du mouvement.

Un employé d’une société de sécurité, habitant la région, a déclaré par téléphone : « Nous vivons avec eux et coopérons avec eux. »

Au début de cette semaine, l’armée congolaise a annoncé avoir repris le contrôle de zones autour d’Ovira après des « combats violents ».

Le porte-parole de l’armée, le général Sylvain Ekenge, a évoqué dimanche à la télévision officielle une « stratégie d’infiltration » rwandaise utilisant « des femmes tutsies ». Le gouvernement a indiqué qu’il a été suspendu depuis en raison de la controverse suscitée par ces déclarations.

Kigali nie soutenir le M23, mais Washington l’a accusé directement après la prise d’Ovira.

En décembre, l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, a dénoncé l’implication rwandaise dans l’est de la RDC, la qualifiant de « complexe » et affirmant que Kigali y aurait déployé entre 5 000 et 7 000 soldats.

Depuis plusieurs années, des experts de l’ONU signalent l’implication militaire rwandaise dans les conflits en RDC.

Le M23 nie toute connexion avec Kigali et affirme viser uniquement le renversement du président congolais, Félix Tshisekedi.

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