Qui dirige l’Iran après les frappes dévastatrices ?
Le régime iranien agit comme un organisme à plusieurs têtes, redistribuant rapidement les rôles afin d’absorber le choc et de poursuivre la gestion du conflit.
Dans une scène qui semble tout droit sortie d’un roman politique intense, l’Iran s’est soudainement retrouvé sans tête traditionnelle après la mort d’Ali Khamenei et de plusieurs hauts dirigeants lors de frappes américano-israéliennes au début de la guerre le 28 février dernier. Pourtant, le régime ne s’est pas effondré ; il a réagi comme un organisme à plusieurs têtes, redistribuant rapidement les responsabilités pour contenir le choc et continuer à gérer la bataille.
Depuis sa fondation à la suite de la révolution de 1979, le système iranien repose sur une structure complexe qui ne dépend pas d’une seule personne, mais d’un réseau imbriqué d’institutions religieuses, militaires et politiques. Cette « architecture solide » lui a permis d’absorber le premier choc, malgré l’ampleur des pertes ayant touché le sommet du pouvoir.
Au cœur de cette transition, le nom de Mojtaba Khamenei a émergé, ayant assumé la fonction de guide suprême en succédant à son père. Bien qu’il dispose de l’ensemble des prérogatives constitutionnelles, son absence quasi totale de la scène publique, en raison de blessures subies lors des frappes, a suscité des interrogations quant à sa capacité réelle à exercer le pouvoir. Il semble que son ascension ait été soutenue directement par le Corps des gardiens de la révolution islamique, ce qui pourrait le rendre plus dépendant de cette puissante institution.
C’est précisément là qu’apparaît l’acteur le plus influent de la phase actuelle : le Corps des gardiens de la révolution islamique. Cette institution, qui a accumulé une influence considérable au fil des décennies, est devenue, dans le contexte de la guerre, le véritable centre de gravité de la prise de décision. Grâce à sa structure « mosaïque », fondée sur la multiplicité des commandements et des alternatives, elle a pu compenser rapidement la perte de plusieurs de ses hauts dirigeants et continuer à gérer les opérations militaires avec efficacité.
Aujourd’hui, le Corps des gardiens de la révolution est dirigé par Ahmad Vahidi, une figure expérimentée ayant joué des rôles clés dans l’histoire de l’institution, aux côtés d’Esmail Qaani, qui gère le réseau de relations régionales de l’Iran, et d’Ali Reza Tangsiri, qui supervise les opérations navales, notamment dans le détroit d’Hormuz.
Sur le plan politique, les institutions civiles de l’État n’ont pas disparu, mais elles évoluent désormais dans une marge plus restreinte. Des personnalités telles que Mohammad Bagher Ghalibaf se sont affirmées comme des voix influentes, notamment à la lumière de rapports faisant état de son implication dans des canaux de négociation indirects. De son côté, Massoud Pezeshkian joue un rôle symbolique important, malgré des prérogatives limitées, ce qui est apparu clairement lorsqu’il a été contraint de revenir sur des déclarations ayant suscité la colère du Corps des gardiens de la révolution.
Par ailleurs, le pouvoir judiciaire, dirigé par Gholam-Hossein Mohseni-Ejei, représente une aile dure qui renforce l’emprise du régime à l’intérieur, tandis qu’Abbas Araghchi poursuit la gestion du front diplomatique avec les grandes puissances, en s’appuyant sur sa longue expérience en matière de négociation.
Il convient également de mentionner des figures telles que Saeed Jalili et Ali Reza Arafi, qui incarnent le courant le plus radical au sein du régime et dont le rôle devrait s’intensifier dans la période à venir.
L’Iran apparaît aujourd’hui comme un corps politique profondément meurtri, mais toujours capable de fonctionner. L’absence du guide suprême n’a pas conduit à un vide total, mais plutôt à une redistribution complexe du pouvoir, au sein de laquelle le Corps des gardiens de la révolution s’impose au premier plan, tandis que les autres institutions s’adaptent à une nouvelle réalité dont la priorité est la survie, avant la réorganisation interne.
