Que se passerait-il si l’Europe attaquait des navires marchands russes ?
Que se passerait-il si l’Europe commençait à attaquer des navires marchands russes ? Les conséquences seraient-elles réellement graves, au point de conduire à une confrontation nucléaire potentielle ?
Selon le site Responsible Statecraft, à l’instar de la saisie par les États-Unis de navires transportant du pétrole vénézuélien en haute mer, le Royaume-Uni et d’autres pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) envisagent d’utiliser leurs forces navales pour adopter une démarche similaire à l’encontre de navires transportant des cargaisons russes.
Un tel scénario constituerait une escalade radicale par rapport aux mesures actuelles prises contre ce que l’on appelle la « flotte fantôme » russe, lesquelles se sont jusqu’à présent limitées aux ports et aux eaux relevant de la souveraineté nationale des États membres de l’OTAN.
L’élargissement de cette stratégie représenterait un moyen limité mais raisonnable, et relativement peu risqué, d’accroître la pression économique sur la Russie.
En revanche, l’interception de navires en haute mer est d’une tout autre nature : lorsqu’elle est menée par des acteurs non étatiques, elle est considérée comme de la piraterie ; lorsqu’elle est le fait d’États, elle est assimilée à un acte de guerre. Le risque s’accroît d’autant plus avec l’augmentation du nombre de navires battant pavillon russe.
Compte tenu des menaces sérieuses de représailles formulées par la Russie, il est hautement improbable que le Royaume-Uni ou d’autres pays européens entreprennent une telle action sans une approbation explicite des États-Unis et de solides garanties de soutien militaire.
Selon le site, l’administration du président américain Donald Trump ne devrait pas accorder de telles garanties, afin d’éviter une escalade vers un affrontement direct entre l’OTAN et la Russie, un scénario que les deux camps se sont jusqu’à présent efforcés d’éviter, compte tenu du risque réel et effrayant d’une guerre nucléaire.
Formes possibles de la riposte russe
La réponse russe pourrait prendre deux formes :
la première consisterait à escorter autant de navires que possible par des bâtiments de guerre et des sous-marins russes ; la seconde viserait à saisir des navires ou des cargaisons britanniques en représailles.
Toutefois, la marine russe ne se trouve pas dans une situation qui lui permettrait aisément de mettre en œuvre ces options. Sur le papier, les forces du Flotte du Nord russe, chargées d’opérer dans l’océan Atlantique, comprennent huit sous-marins nucléaires d’attaque, sept sous-marins d’attaque conventionnels, quatre destroyers et dix frégates et corvettes.
Le nombre de navires réellement opérationnels reste néanmoins incertain. Il est toutefois possible de renforcer la Flotte du Nord via l’Arctique avec des unités provenant de la flotte russe du Pacifique.
En comparaison, la Royal Navy britannique se trouve dans une situation encore plus délicate. Elle ne dispose que de 13 navires d’escorte, dont la majorité est en cours de modernisation, et d’un seul sous-marin d’attaque actuellement prêt à être déployé. Cela constitue une raison supplémentaire pour laquelle il est extrêmement improbable que le Royaume-Uni procède à la saisie de cargaisons russes sans un soutien américain total.
Parmi les mesures que les États européens membres de l’OTAN pourraient théoriquement prendre de manière unilatérale figure la fermeture du passage maritime entre le Danemark et la Suède en mer Baltique.
Une telle décision constituerait toutefois une violation manifeste de leur engagement à garantir la liberté de passage international et pousserait la Russie à envoyer des navires de guerre pour faire face aux forces danoises et suédoises.
Le véritable problème réside dans le fait qu’une fois qu’un navire de guerre de l’OTAN coulerait un bâtiment russe, ou inversement, causant la mort de marins, la situation basculerait dans une toute autre dimension. Quel que soit le camp qui perdrait un navire, il se sentirait pratiquement contraint de répondre de la même manière.
Moscou pourrait alors se retrouver dans l’obligation d’utiliser des armes nucléaires, ou à tout le moins de brandir sérieusement cette menace.
C’est pourquoi le site estime qu’il est essentiel que les stratèges américains et ceux de l’OTAN comprennent les préoccupations russes concernant l’enclave de Kaliningrad.
Cette enclave, actuellement isolée de la Russie par les territoires des États membres de l’Alliance, se trouve au cœur des inquiétudes excessives de l’OTAN, qui perçoit une menace russe pesant sur le corridor de Suwałki, situé entre la Pologne et la Lituanie d’une part, et Kaliningrad et la Biélorussie d’autre part.
De son côté, le président russe Vladimir Poutine a exprimé, dans son discours annuel à la nation le mois dernier, les inquiétudes de Moscou face à une éventuelle coupure par la Lituanie des routes terrestres menant à Kaliningrad.
En cas de confrontation avec la Pologne, il est certain que celle-ci vaincrait la Russie même sans soutien américain, compte tenu de l’engagement des forces russes en Ukraine, ce qui pourrait pousser Moscou à recourir précocement aux armes nucléaires.
Si le Royaume-Uni et l’Europe adoptaient des mesures contre les cargaisons russes, ils deviendraient alors totalement dépendants du soutien militaire américain et seraient, de ce fait, totalement incapables de s’opposer à d’éventuelles initiatives de l’administration Trump visant à s’emparer du Groenland, même sur le plan diplomatique.
Enfin, indépendamment de la valeur accordée aujourd’hui à la légalité internationale, il convient de rappeler que la saisie de biens appartenant à un État non belligérant en haute mer est totalement illégale, selon le site.
