Iran

Œil du ciel : les pertes de l’Iran après deux semaines de guerre


Des images satellites récentes ont révélé l’une des représentations les plus claires à ce jour de l’ampleur des dégâts subis par les installations et infrastructures en Iran, après environ deux semaines d’escalade des opérations militaires américano-israéliennes contre des cibles à l’intérieur du pays.

Une analyse des images satellites, publiée vendredi par des chercheurs de l’Université d’État de l’Oregon, montre que les frappes ont touché un large éventail d’installations dans plusieurs régions iraniennes, selon un schéma qui suggère une dispersion géographique étendue plutôt qu’une concentration sur un seul front, reflétant la nature actuelle du conflit caractérisée par des opérations simultanées et réparties au cœur du territoire iranien.

L’analyse, réalisée par Corey Schirr et Jamon van den Hoek du Conflict Ecology Lab, s’est basée sur la comparaison des données radar captées par le satellite Sentinel-1 avant le début des frappes le 28 février, avec des images ultérieures collectées entre le 2 et le 10 mars.

Selon le Washington Post, cette technologie est utilisée pour détecter les changements structurels dans l’environnement urbain en analysant les réflexions radar sur les bâtiments et installations.

Dommages étendus dans les grandes villes

Les résultats indiquent que les dommages sont étendus, notamment à Téhéran, capitale et plus grande ville du pays en population, ainsi qu’à Chiraz, située dans le sud-centre de l’Iran.

À Bandar Abbas, ville côtière sur le détroit d’Ormuz, l’analyse a révélé que plus de 40 installations ont subi différents types de dommages.

Cette ville revêt une grande importance stratégique, abritant une base navale principale et constituant l’un des centres d’expédition maritime les plus importants de la région, à un moment où près d’un cinquième des approvisionnements pétroliers mondiaux transitent par le détroit.

Les images satellites montrent également des dommages à des installations militaires, ports maritimes, sites liés aux programmes de drones, ainsi qu’à des bases aériennes et autres infrastructures militaires réparties dans différentes régions du pays.

Certaines analyses indiquent que les frappes ont également ciblé des infrastructures liées aux capacités maritimes et aux drones de l’Iran, dans le but d’affaiblir sa capacité à opérer dans le Golfe et ses environs.

La technologie radar révèle ce que cache la guerre

L’analyse des chercheurs repose sur la technologie radar à synthèse d’ouverture, permettant de surveiller la surface terrestre de jour comme de nuit, même en cas de nuages ou de fumée dense, en faisant un outil efficace pour suivre les traces de destruction dans les zones de conflit.

Cependant, les chercheurs soulignent que cette technologie ne peut pas capturer tous les types de dégâts. Elle se concentre principalement sur les changements majeurs dans la structure des bâtiments, ce qui signifie que les dommages mineurs ou situés dans des zones rurales ou non développées peuvent ne pas apparaître clairement dans l’analyse.

Van den Hoek a déclaré que le schéma des dommages indique que les opérations militaires ne se concentrent pas sur un front spécifique, mais se répartissent sur des zones éloignées en peu de temps, reflétant la nature actuelle du conflit, basée sur des frappes à longue distance et coordonnées.

Manque d’informations sur le terrain

Les images satellites prennent une importance particulière dans un contexte de restrictions sévères sur le flux d’informations depuis l’intérieur de l’Iran. La panne d’Internet à grande échelle dans le pays rend difficile la vérification de l’ampleur des dommages ou l’obtention d’informations de terrain indépendantes, tandis que certaines entreprises américaines fournissant des images satellites haute résolution ont temporairement limité l’accès aux images des zones de conflit.

En revanche, l’analyse des données géospatiales est devenue l’un des principaux outils d’enquête dans les conflits modernes, ayant été utilisée pour documenter les destructions en Ukraine, à Gaza et au Soudan.

Étendue des opérations militaires

Sur le plan militaire, le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, a déclaré lors d’une conférence de presse au Pentagone que les frappes américano-israéliennes avaient ciblé plus de 15 000 objectifs depuis le début du conflit, indiquant l’ampleur des opérations en cours.

Les experts estiment que ces frappes ont visé des bases aériennes, des installations maritimes, des sites de stockage de drones et de missiles, ainsi que des infrastructures liées aux capacités défensives et offensives de l’Iran.

Les données radar satellitaires montrent également que la guerre en cours ne suit pas le schéma des conflits traditionnels avec des lignes de front distinctes, mais repose sur des frappes à longue distance touchant plusieurs sites simultanément, incluant des installations militaires et des infrastructures stratégiques au cœur du territoire iranien.

Dans un contexte d’opérations militaires continues et d’opacité informationnelle, les images satellites et l’analyse des données géospatiales devraient rester parmi les sources les plus importantes pour évaluer l’ampleur des dégâts et l’évolution du conflit dans les prochaines phases.

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