L’Ukraine face à ses propres inquiétudes à l’aube de la cinquième année de guerre : une usure continue
L’Ukraine se trouve à un tournant décisif à l’entrée dans la cinquième année de la guerre : poursuivre les combats ou accepter un compromis qui pourrait être perçu comme une « défaite politique ».
Au cours de l’année écoulée, Kyiv est parvenue à résister à des pressions croissantes en faveur de négociations fondées sur le principe « la terre contre la paix », c’est-à-dire la cession de parties du Donbass en échange de garanties de sécurité que les milieux ukrainiens qualifient de « peu fiables ».
La question la plus pressante aujourd’hui est la suivante : combien de temps l’Ukraine peut-elle encore tenir, sur le plan intérieur comme extérieur ?
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Un rapport de forces implacable
L’équation démographique et économique montre un déséquilibre évident en faveur de Moscou. La population de la Russie est environ quatre fois supérieure à celle de l’Ukraine, son économie est dix fois plus importante, et Moscou s’est préparée militairement pendant des années avant le déclenchement de la guerre.
En revanche, les alliés de Kyiv disposent de capacités considérables : l’économie de l’Union européenne dépasse celle de la Russie d’environ dix fois, tandis que l’économie américaine la surpasse d’un facteur d’environ quinze.
En théorie, la poursuite du soutien occidental offre à l’Ukraine une réelle opportunité de contenir l’offensive russe. Cependant, la réalité du terrain demeure plus complexe.
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Malgré une augmentation de 80 % des dépenses de défense européennes depuis 2021, la Russie produit toujours quatre fois plus de munitions que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Les États-Unis ont également réduit une partie de leur aide par rapport à des engagements antérieurs.
Par ailleurs, Moscou dispose de plus de 5 000 ogives nucléaires, ce qui constitue un véritable facteur de dissuasion face à toute intervention militaire occidentale directe. Elle n’a pas hésité non plus à faire venir environ 14 000 soldats nord-coréens, selon le site Responsible Statecraft.
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Rester dans la course
Malgré la supériorité russe, l’Ukraine a enregistré des succès militaires notables. Elle a empêché la prise d’Odessa et du littoral nord de la mer Noire, coulé le croiseur Moskva et, à l’automne 2022, repris la moitié des territoires occupés par les forces russes. En août 2024, elle a mené une incursion surprise dans la région russe de Koursk.
La technologie a joué un rôle central : l’usage des drones et des systèmes de communication par satellite américains, tels que Starlink, a conféré un avantage tactique décisif.
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Une guerre d’usure
Cependant, ces succès n’ont pas empêché le conflit de se transformer en une guerre d’usure prolongée. Les attaques russes contre les infrastructures énergétiques ont atteint un pic au début de l’année 2026, laissant des millions d’Ukrainiens sans électricité ni chauffage, alors que les températures étaient négatives.
Une correspondante de la chaîne CNN décrit la société ukrainienne comme « brisée » et « au bord de l’effondrement ».
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Les sondages d’opinion révèlent également un changement net de l’humeur publique. En juillet 2025, une enquête Gallup indiquait que 69 % des personnes interrogées soutenaient « une solution négociée » au conflit, contre 24 % qui préféraient « combattre jusqu’à la victoire », soit un renversement complet par rapport aux proportions de 2022.
Toutefois, 75 % restent opposés à toute cession du Donbass dans un éventuel accord de paix, ce qui reflète un profond dilemme.
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Pressions politiques
Depuis le retour de Donald Trump, les pressions en faveur de l’organisation d’élections présidentielles se sont intensifiées, dans un contexte de soupçons selon lesquels l’objectif serait de modifier la direction du pays. Volodymyr Zelensky réaffirme son refus de céder davantage de territoires et conditionne toute négociation à l’obtention de garanties de sécurité crédibles.
Le gouvernement a besoin de 137 milliards d’euros sur deux ans pour poursuivre l’effort de guerre.
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Bien que l’Union européenne ait approuvé des prêts à hauteur de 90 milliards d’euros, les divergences politiques continuent d’entraver leur mise en œuvre.
Le défi le plus critique demeure toutefois celui des ressources humaines. La population est passée de 36 à 32 millions d’habitants en raison de l’émigration. Les estimations font état d’environ 600 000 blessés et 140 000 morts depuis le début du conflit.
Environ deux millions de personnes échappent au service militaire, ce qui menace d’épuiser les réserves humaines de l’Ukraine avant même que la Russie n’épuise ses propres ressources.
