Politique

L’Iran entre absence et présence : aucune preuve de vie de Mojtaba Khamenei


Il n’est pas apparu publiquement depuis sa désignation comme nouveau Guide suprême de l’Iran il y a deux semaines, et aucune « preuve de vie » n’a été fournie, une absence qui ouvre la voie à de nombreuses spéculations et interrogations.

Mojtaba Khamenei, fils du Guide iranien assassiné, a accédé à ses fonctions en pleine guerre ayant coûté la vie à son père, à un moment extrêmement délicat pour un pays confronté à une hémorragie au sein de ses plus hautes instances dirigeantes.

Cependant, l’homme qui était censé occuper le devant de la scène face aux développements décisifs que traverse son pays s’est de nouveau éclipsé. Nul ne sait encore si cette disparition relève d’un choix stratégique dans le cadre d’une tactique iranienne ou d’une contrainte liée à sa mort ou à son éviction.

Dans tous les cas, ce jeu d’absence demeure extrêmement risqué, selon le réseau américain CNN, qui estime que cette stratégie pourrait prolonger la guerre en cours depuis le 28 février dernier.

Aucune preuve de vie

Un nouveau message diffusé vendredi soir par la télévision d’État iranienne, attribué au nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei, n’était accompagné d’aucune vidéo ni d’aucun enregistrement sonore.

Khamenei n’est pas apparu publiquement depuis sa nomination le 8 mars, soit depuis deux semaines, ce qui alimente de multiples hypothèses.

Certains observateurs estiment qu’il aurait pu être tué lors de l’une des frappes israélo-américaines en cours contre l’Iran, une éventualité qui pourrait s’être produite de manière accidentelle, expliquant l’absence d’annonce officielle de la part de Washington ou de Tel-Aviv.

Du côté iranien, les calculs liés à la guerre actuelle et les pertes considérables subies par le régime au niveau de ses dirigeants et de ses capacités rendent quasiment impossible la reconnaissance publique d’un tel coup.

Cette hypothèse est renforcée par les luttes internes au sein des Gardiens de la révolution, divisés quant à la personnalité appelée à occuper le poste de Guide suprême, ce qui les inciterait à maintenir le silence sur toute évolution, notamment lorsqu’il s’agit de la mort d’une figure susceptible de préserver leurs intérêts et leur emprise sur la prise de décision.

Un vide au sommet du pouvoir ?

De nombreux analystes évoquent un scénario préoccupant pour l’Iran : celui d’un vide au sommet de l’État, susceptible d’alimenter les luttes internes entre les courants les plus radicaux qui dominent le pays depuis l’ère du Guide précédent.

Cette hypothèse est nourrie par l’absence persistante de preuve de vie du nouveau Guide, qui n’a, à deux reprises, fourni aucun élément tangible attestant qu’il est toujours en vie, selon CNN.

Après la mort du chef de l’appareil de sécurité iranien, Ali Larijani, lors d’une frappe aérienne israélienne, les indices d’un vide dans la haute direction iranienne se multiplient, faisant craindre une intensification des rivalités entre factions radicales cherchant à s’imposer.

Mardi soir dernier, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé qu’Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, avait été tué lors d’une frappe aérienne sur Téhéran.

À cette occasion, Katz et l’armée israélienne ont également annoncé la mort du commandant des forces du Basij, Gholam Reza Soleimani. Téhéran n’a alors ni confirmé ni démenti ces informations, un silence lourd de significations.

Bien que l’actuel ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, soit considéré comme le successeur naturel de Larijani sur le plan diplomatique, certains experts estiment qu’il occupe une position structurellement plus faible.

Cette faiblesse tiendrait à l’absence de l’autorité du Conseil suprême de sécurité nationale, de capital idéologique, et surtout de la confiance personnelle que le Guide précédent accordait à Larijani.

Ainsi, en l’absence de Mojtaba — qu’il soit vivant ou non —, un vide semble s’installer au sommet du pouvoir, notamment en ce qui concerne les perspectives de fin du conflit.

Le nouveau Guide a en effet adopté une ligne dure sans compromis, ses déclarations publiques présentant le conflit comme une confrontation finale et existentielle, ne laissant guère de place à une solution politique.

Il en résulte une direction portée vers l’escalade, dépourvue de mécanismes institutionnels efficaces. Plus inquiétant encore pour Téhéran, le régime semble désormais incapable de se contenir, d’unifier ses positions ou de contrôler ses différentes factions, ce qui signifie que, même en cas d’ouverture de négociations, il lui serait difficile de proposer un interlocuteur crédible.

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