Les détails d’une opération haletante ayant permis de ramener un soldat israélien de Gaza
Une opération précise et palpitante, ayant eu recours à une manœuvre inattendue et à des secrets de renseignement, pour rapatrier un soldat israélien depuis la bande de Gaza après plus de dix ans de détention.
Lors d’une nuit hivernale de janvier 2025, l’armée israélienne est parvenue à récupérer le corps du sergent Shaul Oron, tué dans la bande de Gaza en 2014, à l’issue d’une opération de renseignement minutieuse étalée sur plusieurs mois, au cours de laquelle des méthodes secrètes et trompeuses ont été utilisées afin de garantir le succès de la mission avant le cessez-le-feu.
Citant le quotidien Yediot Aharonot, qui a qualifié l’opération de « haletante », estimant que la réalité avait dépassé la fiction.
En 2014, le véhicule blindé de transport de troupes dans lequel se trouvait Oron se dirigeait vers le quartier de Choujaïya, à l’est de la ville de Gaza, mais il est resté bloqué dans la zone de « Daraj al-Tuffah », où il a essuyé des tirs du Hamas.
Depuis lors, le Hamas lui avait donné le nom de code « le soldat de l’escalier », selon le journal.
Les premiers indices sur la localisation du corps
Les premiers signaux de renseignement indiquant l’emplacement potentiel du corps d’Oron sont apparus le deuxième jour du Nouvel An hébraïque en 2024.
Lors d’une perquisition menée par l’armée israélienne, les forces ont saisi un ordinateur contenant des correspondances entre un membre du Hamas et un haut commandant militaire du mouvement à Gaza, Izz al-Din al-Haddad.
Dans ces échanges, l’agent mettait en garde Haddad sur le fait que parmi les détenus transférés de l’hôpital Al-Shifa se trouvait une personne connaissant le lieu où le soldat Oron était retenu.
Après l’examen des dossiers des détenus de l’hôpital Al-Shifa, les services de renseignement israéliens se sont concentrés sur un seul suspect.
Celui-ci a d’abord nié tout lien avec l’affaire, avant d’admettre, sous interrogatoire intensif, avoir rencontré deux Palestiniens dans la ville de Hamad, à Khan Younès, au sud de la bande de Gaza.
Selon son témoignage, les deux hommes auraient déclaré qu’Israël avait récemment arrêté un Palestinien qui avait remis le corps à un autre Palestinien de Gaza, nommé Ibrahim al-Halou, lequel le détenait.
Les enquêtes de renseignement ont révélé qu’al-Halou était chef d’une faction du Hamas en 2014, puis qu’il avait ensuite exercé comme commerçant et résidait dans le quartier de Cheikh Radwan, à Gaza.
D’après le détenu, al-Halou conservait le corps d’Oron dans un congélateur situé sous sa maison, dans l’un des trois magasins du rez-de-chaussée.
Les investigations de l’armée israélienne ont montré que ses forces étaient déjà entrées auparavant dans l’immeuble, sans toutefois inspecter le congélateur.
Les responsables ont rapidement conclu qu’une perquisition militaire bruyante du domicile n’était pas envisageable, compte tenu de la possible présence d’otages vivants à proximité.
En l’absence de certitude quant à la fiabilité des informations, il fut décidé d’enlever al-Halou secrètement, sans alerter son entourage, afin d’empêcher tout déplacement du corps.
Les préparatifs se sont alors orientés vers la tromperie. Les responsables du renseignement ont appris qu’al-Halou s’était installé dans un camp de déplacés à Deir al-Balah, au centre de la bande de Gaza.
Les services de sécurité israéliens l’ont contacté secrètement et attiré dans ce qu’il croyait être une transaction commerciale. Sans le savoir, al-Halou est ainsi devenu un instrument involontaire.
Il a loué un entrepôt près de la route Salah al-Din et a été entraîné à s’y rendre à des horaires réguliers et irréguliers pour réceptionner des marchandises.
Au fil de la planification, l’importance de l’accord de cessez-le-feu de janvier est apparue clairement.
Le 15 janvier, le Qatar a annoncé un cessez-le-feu imminent entre Israël et le Hamas. À ce moment-là, une délégation israélienne de haut niveau, comprenant le chef du Mossad David Barnea, le directeur du Shin Bet Ronen Bar et le général de réserve Nitzan Alon, se trouvait à Doha pour finaliser l’accord, qui devait entrer en vigueur le matin du 19 du même mois.
En vertu de cet accord, 25 otages israéliens vivants et les corps de huit autres ont été restitués.
Même avant la signature de l’accord, les négociateurs avaient compris qu’il était impossible de garantir le retour des corps d’Oron et de Hadar Goldin par ce biais. Parallèlement, un plan se mettait en place pour récupérer le corps du premier avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.
Exécution de l’opération
La phase opérationnelle a commencé par la tentative de convaincre al-Halou de se rendre à l’entrepôt à 23 heures, où une unité d’élite se préparait à l’arrêter.
Mais al-Halou a refusé à plusieurs reprises et a rebroussé chemin avant d’être finalement persuadé.
Au tout dernier moment, alors que l’unité secrète approchait, le camion destiné à l’opération est tombé en panne. Après des minutes éprouvantes, le véhicule a redémarré et al-Halou a été arrêté.
Il a d’abord tout nié, mais après plusieurs heures, alors que le cessez-le-feu était sur le point de commencer, al-Halou a cédé et reconnu que le corps se trouvait dans un congélateur à glace sous sa maison.
Alors que les forces israéliennes commençaient à se retirer de certaines zones de Gaza, une idée non conventionnelle a été approuvée : envoyer seul un collaborateur palestinien récupérer le corps.
Dans la nuit du 18 au 19 janvier, quelques heures avant le cessez-le-feu, le collaborateur est arrivé discrètement à la maison. Il a trouvé le congélateur fermé par un lourd cadenas et en a informé son superviseur au Mossad. L’armée a alors décidé de lancer des tirs d’artillerie sur des zones ouvertes voisines pour couvrir les bruits.
Sous la couverture des bombardements, le collaborateur a brisé le cadenas, découvert le corps de Shaul, l’a enveloppé dans un tapis et l’a transporté sur près d’un kilomètre avant de rejoindre les forces de l’armée.
Le corps a été transféré dans des véhicules blindés de la brigade Golani, l’unité dans laquelle Shaul Oron avait servi.
Qui a participé à l’opération ?
Le service de sécurité intérieure (Shin Bet).
Le renseignement militaire israélien.
Le commandement Sud.
Des unités d’élite de l’armée israélienne.
Un collaborateur palestinien.
