Les décisions d’Al-Alimi brouillent la scène yéménite… et les Frères musulmans réorganisent leurs rangs
Les décisions prises par le président du Conseil de direction présidentiel, Rashad Al-Alimi — ainsi que les divisions et tensions qu’elles ont provoquées — ont largement ouvert la porte au retour de l’influence des Frères musulmans et de leurs alliés appartenant aux organisations Al-Qaïda et Daech au Yémen.
Les Frères musulmans et leurs alliés issus des organisations terroristes avaient perdu leurs derniers bastions dans le sud du Yémen après l’effondrement de leurs forces militaires dans la vallée de l’Hadramaout, avant qu’Al-Alimi ne ravive leur présence par ses récentes décisions.
C’est ce dont a mis en garde le bureau administratif de l’Assemblée nationale du Conseil de transition du Sud, soulignant que le comportement d’Al-Alimi pourrait permettre aux Frères musulmans de réaliser des gains, tout en les accusant d’être derrière ses décisions unilatérales et de semer la discorde au Yémen.
L’instance a déclaré : «Nous tenons le président du Conseil de direction présidentiel, Rashad Al-Alimi, ainsi que ceux qui le soutiennent et lui offrent une couverture politique — au premier rang desquels le parti des Frères (Al-Islah), connu pour son hostilité historique envers le Sud et les aspirations de son peuple — pour pleinement responsables de ce qui s’est passé au port de Mukalla et de toute conséquence sécuritaire, économique ou humanitaire à venir. Nous considérons ce qui s’est produit comme un pari dangereux sur l’avenir du pays au service d’agendas partisans étroits.»
Redonner vie aux Frères musulmans
Des experts yéménites estiment que «l’ensemble des décisions du président du Conseil présidentiel, Rashad Al-Alimi — y compris la rupture du partenariat, la déclaration de l’état d’urgence et la demande du retrait des forces émiraties du Yémen — ont constitué des pas en faveur des Frères musulmans» et ont contribué à redonner vie à une organisation affaiblie.
L’analyste politique yéménite Ammar Ali Ahmad a exprimé son regret face aux «décisions d’Al-Alimi, qui ont été comme un souffle de vie pour les Frères du Yémen, après trois ans d’absence et de recul de leur influence à la suite de la création du Conseil de direction présidentiel en avril 2022».
Il a expliqué que la page des Frères semblait tournée avec la formation du Conseil présidentiel, sur les ruines du pouvoir de l’ex-président Abdrabbuh Mansour Hadi et de son vice-président Ali Mohsen Al-Ahmar — une période «dorée» durant laquelle les Frères contrôlaient la décision de la légitimité.
Ahmad a affirmé que «les décisions d’Al-Alimi et les démarches unilatérales qu’il a entreprises vont redonner un nouvel élan aux Frères, car en insistant sur la monopolisation de la décision, il a ramené la légitimité d’un mode de gouvernance collectif et participatif vers un mode de gouvernance exclusif.»
Il a ajouté que «l’influence et la domination des Frères reviendront perturber la prise de décision, car Al-Alimi, par ses décisions unilatérales, a écarté les véritables acteurs sur le terrain dans les zones libérées, laissant des vides que les Frères chercheront à combler.»
Il a mis en garde contre «l’insistance d’Al-Alimi à affronter militairement le Conseil de transition dans l’Hadramaout, ce qui fait des Frères le seul choix pour gérer cette confrontation, ouvrant la voie à un nouveau cycle de guerre dont les Yéménites paieront un lourd tribut, en prolongeant leur conflit contre les Houthis depuis plus de dix ans.»
Détourner la boussole au profit des Frères
Pour sa part, le chercheur académique et analyste politique Dr Yahya Chaif a déclaré que «la totalité des décisions d’Al-Alimi — rupture du partenariat, état d’urgence, demande de retrait des forces émiraties — allait dans le sens des Frères musulmans».
Il a expliqué que le président du Conseil présidentiel «a révélé son véritable visage après l’avoir longtemps dissimulé», se détournant de la lutte contre le terrorisme et détournant la boussole de la bataille principale contre les milices houthies.
Il a ajouté que «le comportement d’Al-Alimi ne menace pas seulement le retour de l’influence des Frères, mais sape également les acquis de la coalition arabe et les territoires libérés, notamment par les forces du Sud».
Le chercheur a souligné «un autre point, plus dangereux encore : la complémentarité entre les Frères et les Houthis, qui cherchaient à contrôler les zones libérées sous couvert de la légitimité, tout en maintenant le Nord sous l’emprise des milices houthies».
Selon Chaif, «les zones libérées sont restées des voies d’approvisionnement et de contrebande pour les Houthis, qui ont menacé les intérêts mondiaux».
Il a ajouté : «Nous pensions que la sécurisation de l’Hadramaout et d’Al-Mahra contribuerait à un grand succès pour la légitimité, mais tout le monde a été surpris par les décisions unilatérales d’Al-Alimi — et derrière lui les Frères — visant à rompre le partenariat au profit de leur projet, au détriment de la région.»
De même, l’état d’urgence annoncé par Al-Alimi a servi les Frères, tout comme la sortie des forces émiraties qui avaient fourni argent, armes et sacrifices pour la libération des territoires.
Chaif a affirmé qu’il est impossible d’éradiquer les forces gouvernementales du Sud et leur chef, le vice-président du Conseil présidentiel Aidarous Al-Zoubaidi, qui «dispose d’une légitimité militaire sur le terrain, d’une légitimité populaire et d’une légitimité internationale, puisqu’il fait partie de la légitimité reconnue par la communauté internationale».
Il a ajouté que «les manifestations massives ont envoyé des messages clairs à Al-Alimi, aux Frères et à leurs alliés — ainsi qu’au monde — qu’il est impossible de livrer ce pays au terrorisme, comme l’ont démontré les forces gouvernementales du Sud.»
Le chercheur a indiqué que «les Frères étaient un État dans l’État, disposant d’influence, de raffineries et de richesses pour financer la déstabilisation — ce qui a été récemment coupé lorsque les forces gouvernementales du Sud ont pris le contrôle de leurs bastions, avant qu’ils ne tentent à nouveau de se regrouper après les décisions d’Al-Alimi.»
Il conclut que «les Frères, en contrôlant pendant des années Al-Mahra et la vallée de l’Hadramaout, ont entravé les mouvements militaires visant à en finir avec les Houthis, de peur de perdre leurs intérêts si les institutions de l’État étaient restaurées.»
