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Le Soudan à la croisée des chemins… Le compte à rebours du règlement civil approche-t-il ?


Le Soudan traverse aujourd’hui l’un des moments les plus sensibles de son histoire contemporaine, non seulement en raison de la guerre qui continue d’épuiser ses ressources et de détruire ses institutions, mais aussi à cause d’une nouvelle dynamique politique qui se forme silencieusement en arrière-plan. Une dynamique qui pourrait déterminer si le pays s’oriente vers la reconstruction de l’État ou vers davantage de fragmentation. Entre les évolutions militaires, les initiatives diplomatiques et la montée de la pression internationale, une vérité s’impose : l’avenir du Soudan ne dépend plus du vainqueur militaire, mais de la capacité à bâtir une structure civile capable de remettre l’État en marche et de gérer la période d’après-guerre.

Malgré la confusion ambiante, plusieurs signes laissent penser qu’un moment décisif approche. Les acteurs internationaux abordent désormais la crise soudanaise sous l’angle de la reconstruction de l’État, et non plus seulement du cessez-le-feu. Ce changement traduit une prise de conscience croissante que le conflit actuel ne peut être résolu par la force, quels que soient les gains tactiques revendiqués par les parties en guerre. L’État est plus fragile que jamais, les services publics sont en situation d’effondrement total, l’économie repose sur les décombres d’un système financier paralysé, et des millions de Soudanais vivent un déplacement massif, le plus important de l’histoire africaine.

Mais l’évolution la plus profonde se déroule à l’intérieur du pays lui-même. Une nouvelle conscience émerge parmi les citoyens comme parmi les élites : la poursuite de la guerre ne conduira qu’à davantage de ruine, et l’absence d’un État institutionnel — bien plus que la présence d’armes — se trouve au cœur de la crise. Dans plusieurs régions, les civils gèrent leur quotidien grâce à des initiatives locales, dont certaines parviennent à fournir un minimum de services. Cela confirme que la gestion civile n’est pas seulement une revendication politique, mais une nécessité vitale.

Cependant, la voie vers un règlement civil reste semée d’obstacles, en raison des divisions politiques profondes, de l’absence de leadership national unifié et de la présence d’acteurs bénéficiant de la prolongation du conflit. Pourtant, un changement notable se manifeste dans le discours public : les gens réclament un État fonctionnel, non un État en guerre. Ils veulent un hôpital opérationnel, une école ouverte, un réseau d’eau stable, un marché sans prélèvements armés et une vie sans peur constante. Là réside l’essence du tournant actuel : la demande de restauration de l’État civil est devenue trop forte pour être ignorée.

Parallèlement, une course acharnée au pouvoir semble se dessiner pour l’après-guerre. De nombreux acteurs politiques cherchent à repositionner leurs stratégies en prévision d’une nouvelle transition, tandis que des puissances internationales tentent de façonner le futur système politique selon leurs intérêts. Dans ce contexte, le véritable enjeu réside dans la capacité des Soudanais à élaborer une nouvelle formule de gouvernance qui corrige les erreurs du passé et empêche le retour des structures de corruption et de politisation qui ont affaibli les institutions avant et pendant la guerre.

Bien que la reconstruction de l’État s’annonce longue et complexe, la période actuelle offre une opportunité rare. La guerre, malgré sa violence, a démantelé plusieurs structures déformées qui bloquaient les réformes, a dissipé l’illusion d’un contrôle total par un seul camp et a révélé la fragilité extrême de l’État central. Cette réalité oblige toutes les parties à reconnaître la nécessité d’une reconstruction profonde plutôt que d’un rafistolage. Certes, une telle reconstruction exige un leadership mature et une volonté politique ferme, mais elle commence par une première étape : admettre que le règlement civil institutionnel est la seule base sur laquelle un véritable État peut être édifié.

Le Soudan se trouve aujourd’hui à un carrefour historique et semble plus proche que jamais d’un tournant majeur. Reste une question : les Soudanais réussiront-ils à transformer ce moment en un nouveau départ, ou sera-t-il englouti par la chaos ? La réponse demeure incertaine, mais une chose est sûre : le temps des manœuvres anciennes est révolu, et l’avenir du pays dépend de sa capacité à mettre fin à la guerre, à reconstruire ses institutions et à choisir une voie civile capable de restaurer la vie et la paix.

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