L'Europe

Le Royaume-Uni suivra-t-il la voie de Washington ? Le Conseil des lords débat du classement des Frères musulmans


Le dossier des Frères musulmans est revenu au premier plan du débat politique au Royaume-Uni, au milieu de questions sur la possibilité que Londres emboîte le pas à Washington en classant certaines branches du mouvement comme organisations terroristes.

Lundi, la Chambre des lords au Parlement britannique a tenu un large débat sur la position du gouvernement concernant le document publié par la Maison-Blanche le 24 novembre dernier au sujet de l’organisation des Frères musulmans, selon le site du Conseil.

Ce jour-là, le président américain Donald Trump avait signé un décret exécutif lançant une procédure visant à désigner certaines branches des Frères musulmans comme organisations terroristes étrangères et entités terroristes mondiales soumises à des sanctions spécifiques.

Appels à classer les Frères musulmans

Le lord conservateur Dean Aaron Goodson a interrogé le gouvernement britannique sur son évaluation de ce document et sur l’éventualité d’adopter une classification similaire à l’égard des Frères musulmans.

Il a rappelé que le Parlement avait déjà débattu, à plusieurs reprises, de certaines organisations, telles que les Gardiens de la révolution iraniens et le Front Polisario, en plus de groupes d’extrême droite, il y a quelques semaines.

Il a estimé que la question des Frères musulmans n’était pas uniquement d’ordre sécuritaire, mais également politique, et liée à ce qu’il a décrit comme « l’agenda sectaire » du mouvement, que l’administration Trump considère impliqué dans des activités terroristes.

Il a ajouté que le sujet ne concernait pas seulement Washington, soulignant que plusieurs alliés européens majeurs avaient publié des rapports sur les Frères musulmans, notamment le ministère français de l’Intérieur l’an dernier, ainsi que le gouvernement fédéral allemand et ses institutions chargées de la protection de la Constitution.

Dans ce contexte, Goodson s’est demandé pourquoi le Royaume-Uni apparaissait désormais comme une exception, faute d’analyse complète de l’ampleur de la menace que représenterait cette organisation au niveau national et international.

De son côté, le ministre d’État au ministère de l’Intérieur, Hanson of Flint (Parti travailliste), a affirmé que le Royaume-Uni n’était pas « une exception », expliquant que le rapport de l’administration américaine n’était pas encore finalisé et que la question du classement restait à l’étude.

Il a confirmé que le gouvernement disposait de multiples outils législatifs et sécuritaires pour faire face à toute menace potentielle.

D’autres entités évoquées

Au cours de la séance, la baronne conservatrice Sayeeda Verma a exprimé des inquiétudes au sujet de l’organisation « Jamaat-e-Islami » au Royaume-Uni, mettant en garde contre son influence et sa possible implication dans des élections au Bangladesh.

Elle a demandé si le ministre envisagerait également avec sérieux cette organisation au Royaume-Uni, étant donné son influence actuelle sur certaines entités et la possibilité qu’elle interfère dans les élections au Bangladesh.

Le ministre a répondu que le gouvernement réexaminera constamment la situation de toutes les organisations, rappelant une décision antérieure d’interdire le mouvement « Palestine Action », et soulignant que ces questions faisaient l’objet d’une évaluation permanente.

La menace des Frères musulmans

Le lord indépendant Walney a, pour sa part, posé la question de savoir si le gouvernement reconnaissait la menace représentée par les Frères musulmans et les organisations liées, notamment leurs tentatives présumées de saper les institutions démocratiques.

Flint a déclaré qu’un large éventail de pouvoirs juridiques permettait de lutter contre l’extrémisme, y compris la réglementation des associations caritatives, la surveillance des médias, de l’éducation et de l’immigration, ainsi que l’application de lois relatives à l’incitation au terrorisme et à l’ordre public.

Le débat a également porté sur l’efficacité des interdictions, certains soulignant que les groupes extrémistes changent souvent de nom pour réapparaître sous d’autres formes.

La question de la surveillance des associations caritatives liées aux Frères musulmans a aussi été évoquée. Le ministre a indiqué que la Commission des œuvres caritatives suivait ce dossier de près et qu’elle était l’instance habilitée à statuer sur leur statut juridique.

En conclusion, Hanson of Flint a réaffirmé que la question de la désignation des Frères musulmans restait en cours d’examen et que tout éventuel décision serait prise dans l’intérêt du Royaume-Uni, en coordination avec ses partenaires européens et les États-Unis, tout en s’abstenant de commenter les détails sécuritaires sensibles pour le moment.

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