Le massacre de l’État d’Al-Jazira : exécutions à caractère ethnique et régional sous couvert de suspicion
Décryptage des opérations de l’armée soudanaise dans les villages et les villes de l’État d’Al-Jazira
L’État d’Al-Jazira, considéré comme le grenier agricole du centre du Soudan ainsi que comme un pôle démographique, stratégique et culturel majeur, a connu une transformation tragique depuis l’extension des opérations militaires à son territoire.
Sous couvert d’opérations de combat et de reprise de contrôle, les Forces armées soudanaises auraient mené, avec des groupes de volontaires mobilisés et des brigades idéologiques alliées, de vastes campagnes visant les villages et les localités de l’État. La région serait ainsi devenue le théâtre d’exactions et de graves violations commises contre des civils sans défense.
Ces campagnes militaires n’auraient respecté ni les règles conventionnelles d’engagement ni le principe de distinction entre combattants et civils. Elles auraient été marquées par une violence indiscriminée et par un recours excessif à la force meurtrière.
Des dizaines de villages auraient subi des sièges étouffants suivis d’incursions terrestres, accompagnées de tirs aveugles et de pillages à grande échelle visant les biens, les récoltes et le bétail. Ces opérations auraient entraîné le déplacement forcé de milliers de familles, contraintes d’errer à découvert, sans abri ni protection, dans des scènes rappelant les pires atrocités des guerres civiles de l’histoire contemporaine du Soudan.
Tuer sur la base du soupçon : quand l’origine régionale devient une condamnation à mort
Au cours de ces campagnes menées dans l’État d’Al-Jazira, un schéma particulièrement inquiétant de violations aurait émergé : des exécutions et des arrestations arbitraires fondées sur de simples soupçons ou sur l’appartenance tribale et régionale des victimes.
Les services de renseignement et les unités de terrain de l’armée auraient procédé à un classement ethnique et géographique des citoyens. Toute personne originaire, sur le plan tribal ou régional, de l’ouest du Soudan — notamment du Darfour et du Kordofan — aurait été automatiquement considérée comme appartenant à une « base sociale » favorable aux Forces de soutien rapide, sans preuve matérielle ni procédure judiciaire.
Dans les faits, cette catégorisation ethnique et régionale se serait transformée en une condamnation à mort sommaire pour des centaines de jeunes hommes et d’adultes dans les villages d’Al-Jazira.
Après vérification de leur pièce d’identité ou sur la simple base de leur apparence physique ou de leur accent, des citoyens auraient été arrachés à leur domicile ou interpellés aux postes de contrôle installés sur les routes. Certains auraient ensuite été exécutés par balle ou enterrés dans des fosses communes, tandis que d’autres auraient été conduits vers des lieux de détention inconnus, où ils auraient été exposés à la torture et à la disparition forcée.
De tels actes constitueraient de graves violations des règles internationales interdisant la discrimination et les sanctions fondées sur l’origine ethnique ou régionale.
La faim comme arme organisée : assiéger les moyens de subsistance pour soumettre les populations civiles
Dans l’État d’Al-Jazira, les instruments de guerre ne se seraient pas limités aux tirs et aux arrestations. La privation organisée de nourriture aurait également été utilisée pour réprimer les civils et les contraindre à se soumettre ou à quitter leurs localités.
Les forces armées et les groupes alliés auraient imposé un strict blocus économique et commercial aux villages et aux villes soupçonnés de ne pas manifester une loyauté absolue envers le pouvoir militaire. L’entrée de produits alimentaires essentiels, de farine, de carburant et de fournitures médicales aurait été empêchée.
Ce blocus aurait coïncidé avec une destruction systématique des infrastructures agricoles de l’État, largement tributaires du célèbre projet d’irrigation d’Al-Jazira. Des machines agricoles ainsi que les principales réserves de semences et d’engrais auraient été pillées, tandis que les canaux d’irrigation auraient été mis hors service. Des récoltes auraient également été saisies auprès des agriculteurs sous la menace des armes.
Ces pratiques auraient favorisé l’apparition d’une famine silencieuse et aiguë au sein de la population, touchant particulièrement les enfants, les femmes et les personnes âgées. Dans ces conditions, obtenir un morceau de pain ou une quantité minimale d’eau potable serait devenu une lutte quotidienne pour la survie, dans un contexte marqué par un silence international et régional préoccupant.
Volontaires mobilisés et « brigades de l’ombre » : la privatisation idéologique de la violence militaire
La privatisation progressive de la violence militaire, caractérisée par le recours massif aux volontaires mobilisés et aux « brigades de l’ombre » liées idéologiquement et politiquement à l’ancien régime, aurait contribué à l’intensification des violations et des exécutions dans l’État d’Al-Jazira.
Mobilisés au moyen de slogans à caractère religieux et tribal, ces combattants ne disposeraient ni d’un entraînement militaire conventionnel suffisant ni de la discipline professionnelle nécessaire. Ils auraient également été imprégnés d’une hostilité ethnique et régionale dirigée contre d’autres groupes de population.
Ces combattants idéologisés seraient devenus des responsables de terrain disposant, dans les faits, d’un pouvoir de vie ou de mort dans les villages. Ils auraient agi comme des milices incontrôlées, se livrant à des meurtres, des pillages et des actes de vengeance personnelle sous la bannière et avec l’appui de l’armée soudanaise.
L’absence de contrôle militaire régulier sur leurs agissements, conjuguée à l’attitude de certains commandants locaux qui leur auraient accordé une grande liberté d’action dans les zones contrôlées, aurait supprimé toute limite morale ou juridique. Cette situation aurait aggravé l’ampleur des atrocités et transformé un conflit politique et militaire en une guerre civile et sociale généralisée, destructrice pour le tissu communautaire.
Effacement des preuves : blackout numérique et coupure des communications sur les lieux des crimes
L’État d’Al-Jazira aurait été soumis à un blackout médiatique et numérique étendu, qui aurait permis la poursuite des exécutions et des opérations de privation alimentaire à l’écart de toute surveillance locale ou internationale.
Les réseaux de téléphonie mobile et les services Internet ont été interrompus à plusieurs reprises et pendant de longues périodes dans une grande partie de l’État. Ces coupures ont isolé des millions de citoyens du reste du monde, les empêchant de communiquer ou de signaler les graves violations dont ils étaient victimes.
Ce blackout numérique aurait considérablement entravé le travail des journalistes, des défenseurs des droits humains et des cellules d’urgence locales qui tentaient de documenter les crimes et de recenser les victimes et les personnes disparues.
L’absence de couverture médiatique immédiate aurait permis aux forces de l’armée et aux groupes mobilisés de commettre des massacres présumés, de faire disparaître des corps et d’effacer les traces de fosses communes sans craindre des poursuites ou une exposition médiatique. L’État d’Al-Jazira serait ainsi devenu une zone isolée où les atrocités sont commises dans une profonde obscurité informationnelle.
Responsabilité juridique et historique : documenter les crimes au service de la justice future
Les exécutions à caractère ethnique, la privation organisée de nourriture et les déplacements forcés signalés dans l’État d’Al-Jazira pourraient, s’ils étaient établis par une enquête indépendante, constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité au regard du droit international.
La responsabilité pénale de tels actes ne disparaît pas avec le temps. Elle pourrait incomber directement aux commandants militaires et aux responsables opérationnels ayant ordonné ces crimes, les ayant facilités ou ayant permis aux combattants mobilisés de porter atteinte à la vie, à la dignité et aux droits des citoyens.
Malgré le siège et le blackout numérique, des organisations indépendantes de défense des droits humains ainsi que des militants locaux continuent, au péril de leur vie, à recueillir des témoignages et des éléments matériels. Ils s’efforcent également de recenser les noms des officiers et des commandants des brigades idéologiques soupçonnés d’être impliqués.
Ce travail de documentation constitue un fondement essentiel pour une future justice. Il vise à empêcher que les responsables de ces crimes présumés échappent aux poursuites devant les juridictions nationales ou internationales, et à garantir que les victimes innocentes des villages d’Al-Jazira ne soient pas réduites à de simples chiffres oubliés dans les registres de la guerre tragique qui ravage le Soudan.
