Politique

Le M23 et la loyauté : une équation complexe dans les coulisses de l’est congolais


L’est de la République démocratique du Congo a été profondément bouleversé par une rébellion qui a redessiné les équilibres régionaux et les relations de pouvoir. Pourtant, son évolution, oscillant entre ascension et déclin, a constamment suscité des interrogations sur ses véritables ressorts.

Le Mouvement du 23 mars, plus connu sous l’abréviation « M23 », est un groupe armé rebelle actif dans l’est de la République démocratique du Congo, fondé en 2012 à la suite de l’échec d’un accord signé avec le gouvernement en 2009.

En apparence, les avancées territoriales du mouvement et sa prise de contrôle de nombreuses villes stratégiques donnent l’impression que cette montée en puissance repose sur des atouts militaires solides. En réalité, le mouvement souffre de nombreuses faiblesses internes, selon un rapport publié par le Groupe de recherche sur le Congo.

Dans ce rapport de 36 pages, qui analyse la résurgence du M23, ses objectifs, ses alliances et ses défis internes, le Groupe de recherche sur le Congo réévalue l’ampleur de son expansion en termes de taille et de portée géographique, malgré des lacunes militaires documentées, selon Radio France Internationale.

Après avoir contrôlé de vastes zones du Nord-Kivu pendant plusieurs mois, le mouvement a subi de lourdes défaites en 2013, avant de réapparaître avec force en 2021, 2022 et 2023.

Le M23 a également mené des combats acharnés contre l’armée congolaise tout au long de l’année 2024, avec une intensification notable en décembre de la même année, provoquant le déplacement d’environ un quart de million de personnes jusqu’à la mi-janvier 2025, et engendrant une grave crise humanitaire.

« Le dilemme de la loyauté »

Lorsque Sultani Makenga, actuel dirigeant de l’Alliance Fleuve Congo/M23, est retourné dans les forêts de l’est congolais en 2017, il n’était accompagné que d’un petit nombre d’officiers issus du mouvement, alors défait depuis quelques années.

Quatre ans plus tard, il ne restait qu’environ 200 combattants issus de camps en Ouganda. Selon le rapport, son retour dans les bonnes grâces de Kigali au début des années 2020 a tout changé.

L’expansion territoriale du M23 a alors été spectaculaire, passant de quelques kilomètres carrés à plus de 10 000 kilomètres carrés à la fin de l’année 2025.

Pour contrôler un territoire aussi vaste, le mouvement a dû recourir à un recrutement massif : de 5 000 combattants au début de 2025, leur nombre est aujourd’hui estimé à environ 38 000 au début de 2026, selon des diplomates cités dans le rapport.

Toutefois, d’après le groupe de recherche, les forces du mouvement sont « faiblement entraînées et démoralisées ». Une large part des combattants aurait été recrutée de force, ce qui expliquerait « le taux élevé de désertion », « les sanctions inhumaines » et des « exécutions sommaires », notamment pour refus d’obéir aux ordres.

Cela illustre le dilemme de la loyauté auquel le mouvement est confronté, l’appartenance étant souvent contrainte ou dictée par la nécessité, ce qui constitue l’un de ses principaux problèmes internes.

Ainsi, malgré sa montée en puissance qui en a fait une force dominante dans l’est congolais, ses faiblesses internes ont nécessité, à chaque grande offensive, une intervention décisive de l’armée rwandaise, notamment lors des opérations ayant conduit à la prise de Goma et de Bukavu au début de 2025.

Des ambitions élargies

Dans son rapport, le groupe analyse également les objectifs du mouvement et appelle à ne pas les confondre avec ceux de ses soutiens.

Le document souligne que le M23 a repris les armes initialement pour exiger l’application de l’accord signé entre Kinshasa et son prédécesseur, la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple.

Cet accord, signé le 23 mars 2009 — date dont le mouvement tire son nom — prévoyait la libération des prisonniers, l’amnistie des combattants et le retour des réfugiés tutsis.

Cependant, avec son expansion territoriale, les ambitions du mouvement se sont accrues. Il a d’abord cherché à se défaire de son image de relais du Rwanda en se rapprochant de l’Alliance Fleuve Congo dirigée par Corneille Nangaa, avant de procéder à un recrutement massif.

Le mouvement s’est allié à des groupes armés au Nord et au Sud-Kivu et a mis en place une administration parallèle comprenant des services de renseignement, des responsables douaniers, des administrateurs locaux et des chefs coutumiers, lui permettant de contrôler l’ensemble des activités, y compris les mines.

Alors que le processus de paix en cours à Doha avec Kinshasa connaît actuellement des difficultés, des observateurs estiment que « la solution militaire est totalement impossible », selon la même source.

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