Politique

Lavrov accuse la France de tenter de renverser des régimes au Sahel


Le ministre russe des Affaires étrangères accuse Paris de soutenir des forces d’opposition au sein de ces États, ainsi que de s’appuyer sur des « groupes terroristes » et des « combattants ukrainiens » dans ses actions.

Les tensions entre la Russie et la France s’intensifient dans le contexte de la rivalité d’influence qui se joue dans la région du Sahara et du Sahel africain. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, continue d’adresser des accusations directes à Paris, l’accusant d’ingérence dans les affaires des États africains et de chercher à renverser des gouvernements qu’elle juge contraires à ses intérêts. Ces déclarations ont été faites lors d’une séance de « l’heure du gouvernement » à la Douma d’État, dans le cadre du discours de Moscou sur le rôle des puissances étrangères dans la déstabilisation de la région.

Lavrov a affirmé que la France, qu’il a qualifiée d’« ancienne puissance coloniale », s’efforce de faire tomber des gouvernements nationaux « indésirables » dans la zone sahélo-saharienne. Il a également accusé Paris de soutenir des forces d’opposition à l’intérieur de ces pays, ainsi que de s’appuyer sur des « groupes terroristes » et des « combattants ukrainiens » pour renforcer son influence par des moyens non conventionnels. Selon lui, la France n’aurait pas renoncé à une politique de « diviser pour régner », qu’il considère comme responsable de millions de victimes sur le continent africain.

Ces accusations s’inscrivent dans un discours constant de Moscou contre l’influence française en Afrique, parallèlement à une montée en puissance manifeste de la Russie dans la région, notamment au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Moscou s’est positionnée au cœur des transformations politiques intervenues dans ces pays à la suite d’une série de coups d’État militaires depuis 2020. Cette dynamique a entraîné une recomposition des alliances traditionnelles et un recul notable de la présence française, longtemps fondée sur des accords sécuritaires et militaires.

Dans ce contexte, Lavrov a évoqué une tentative de coup d’État déjouée en janvier dernier au Burkina Faso, menée par l’ancien chef du gouvernement de transition, Paul-Henri Sandaogo Damiba, et qui aurait comporté un plan visant à assassiner le président Ibrahim Traoré. Selon lui, ces événements illustrent « la fragilité extrême de la situation » dans la région et montrent que les interventions de puissances extérieures contribuent à complexifier davantage le paysage politique et sécuritaire.

Par ailleurs, le chef de la diplomatie russe est revenu sur ses précédentes déclarations concernant une implication de l’Ukraine dans le soutien à des groupes armés au Mali, notamment par la fourniture de drones et la formation de combattants. En septembre dernier, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait déclaré que son pays était prêt à exporter des « armes excédentaires » vers plusieurs États africains. Lavrov a interprété ces propos comme un signe que l’influence occidentale continue de s’exercer par divers instruments, malgré la réduction de la présence militaire directe dans certains pays.

Le recul de l’influence française au Sahel ne s’explique toutefois pas uniquement par des facteurs externes. Il reflète également des évolutions internes dans ces États, où les critiques populaires à l’égard de la présence française se sont intensifiées, beaucoup estimant que celle-ci n’a pas permis d’améliorer la sécurité ni de favoriser le développement. Cette situation a conduit à l’annulation de certains accords militaires et au retrait des forces françaises, perçus par certains comme une « émancipation » de l’héritage colonial, tandis que d’autres y voient la création d’un vide sécuritaire exploité par de nouveaux acteurs.

Dans ce vide, Moscou s’est imposée comme un partenaire alternatif en offrant un soutien sécuritaire et militaire, en signant des accords de coopération, en fournissant des armes et des formations aux forces locales, ainsi qu’en déployant des conseillers et des éléments liés à des structures russes. Cette démarche est perçue comme une tentative de la Russie de reconstruire son influence historique en Afrique, selon une approche renouvelée fondée sur des partenariats avec les autorités militaires en place.

La rivalité entre Paris et Moscou ne se limite pas au domaine sécuritaire. Elle s’étend également au champ économique, où les ressources naturelles stratégiques constituent un moteur essentiel de la compétition. Les pays du Sahel disposent d’importantes réserves d’uranium et d’or, suscitant l’intérêt de grandes puissances désireuses d’assurer un accès durable à ces richesses. Par ailleurs, les entreprises françaises et russes rivalisent pour l’obtention de contrats dans les secteurs de l’énergie, des mines et des infrastructures, ce qui renforce la lutte d’influence.

Malgré ces recompositions, la région demeure confrontée à d’importants défis sécuritaires. Les groupes armés continuent d’opérer dans de vastes zones, profitant de la faiblesse des États et des vides sécuritaires. Les rapports indiquent que les violences et les insurrections persistent, et que les pays du Sahel peinent à exercer un contrôle effectif sur certaines zones frontalières, les exposant à des interventions extérieures sous couvert de lutte contre le terrorisme.

En définitive, la confrontation d’influence entre la France et la Russie au Sahel africain dépasse le simple affrontement géopolitique. Elle s’inscrit également dans une bataille de récits portant sur l’histoire et l’identité politique de la région. Paris cherche à préserver les vestiges de son influence traditionnelle, tandis que Moscou tente de tirer parti des mutations politiques pour redessiner la carte des alliances. Dans un contexte d’instabilité persistante, l’avenir politique et sécuritaire du Sahel reste tributaire de nouveaux équilibres susceptibles de remodeler durablement la configuration des rapports de force en Afrique.

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