La visite d’Al-Burhan en Turquie : un retour des islamistes sur la scène politique au Soudan ?

Le 30 mars 2025, le président du Conseil de souveraineté soudanais, le général Abdel Fattah al-Burhan, s’est rendu en Turquie lors d’une visite non annoncée pour retrouver sa famille à l’occasion de l’Aïd el-Fitr. Cette visite intervient à un moment délicat marqué par des développements politiques et militaires complexes au Soudan. Bien qu’elle semble de nature familiale, elle revêt d’importantes dimensions politiques, d’autant plus qu’al-Burhan doit participer à une conférence économique prévue à Antalya, en Turquie, le 15 avril 2025.
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Tentatives de retour de l’ancien régime sur la scène
Des sources bien informées indiquent qu’al-Burhan a profité de sa visite en Turquie pour rencontrer des dirigeants de l’ancien régime, qui bénéficient du soutien de certains milieux politiques et économiques à Ankara. Ces réunions ont porté sur les moyens de réintégrer des éléments de l’ancien régime, notamment ceux issus du courant islamiste, dans le paysage politique soudanais, alors que le pays traverse une grave crise politique depuis la chute du président Omar el-Béchir.
Ces rencontres visent à raviver le rôle du courant islamiste au Soudan, notamment face aux pressions régionales et internationales croissantes exercées sur le Conseil de souveraineté actuel. Al-Burhan chercherait ainsi à obtenir un soutien politique et économique pour maintenir son influence.
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Promesses et investissements en échange d’un soutien turc
Selon les rapports, al-Burhan aurait proposé à la Turquie des investissements et des projets économiques en contrepartie d’un soutien politique permettant de faciliter le retour au pouvoir de figures de l’ancien régime. La Turquie, qui entretient des relations étroites avec les Frères musulmans, cherche à renforcer son influence au Soudan, profitant de la détérioration de la situation économique à Khartoum.
La Turquie est l’un des principaux pays ayant offert refuge à des responsables islamistes soudanais après la chute du régime d’el-Béchir. Certains ont même obtenu la nationalité turque et poursuivent leurs activités politiques et médiatiques depuis ce pays. Ainsi, tout rapprochement entre al-Burhan et ces figures pourrait annoncer une reconfiguration du paysage politique soudanais selon une vision compatible avec les intérêts régionaux d’Ankara.
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Retour des Frères musulmans au Soudan ?
L’un des axes principaux de la visite d’al-Burhan en Turquie aurait été la discussion autour du retour potentiel de dirigeants des Frères musulmans au Soudan. Al-Burhan chercherait à intégrer certains éléments du courant islamiste dans le futur gouvernement, dans une tentative de créer de nouvelles alliances politiques qui pourraient garantir sa survie au pouvoir.
Cependant, cette initiative risque de susciter une vive controverse au Soudan, où le courant islamiste fait face à une forte opposition de la part des forces politiques civiles et de certaines puissances régionales opposées à leur retour. Néanmoins, al-Burhan pourrait voir dans cette alliance une opportunité stratégique pour consolider sa position dans un contexte de rivalités croissantes pour le pouvoir.
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Répercussions de la visite sur la scène soudanaise
Ces démarches soulèvent des interrogations sur l’avenir du pouvoir au Soudan et sur la capacité d’al-Burhan à équilibrer les pressions internationales avec la nécessité de bâtir des alliances internes. Tout accord éventuel avec la Turquie pour faciliter le retour d’anciens responsables pourrait attiser les tensions politiques et aggraver l’instabilité dans le pays.
En parallèle, l’opposition soudanaise pourrait tirer profit de ces manœuvres pour renforcer la pression sur al-Burhan, surtout si des preuves venaient à démontrer son implication dans des accords visant à réinstaller les islamistes au pouvoir.
Dans ce contexte incertain, la visite d’al-Burhan en Turquie demeure entourée de mystère. Derrière son caractère familial annoncé, elle pourrait marquer un tournant politique décisif. Reste à savoir si ces nouvelles alliances permettront à al-Burhan de redessiner profondément le paysage politique soudanais ou si elles ne feront qu’amplifier les divisions et les conflits internes.
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