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La tentative d’Al-Burhan de rallier les confréries soufies : une démarche pour renforcer son pouvoir ou une recomposition du paysage politique ?


Au cœur de la crise politique persistante au Soudan, le général Abdel Fattah al-Burhan semble chercher à consolider sa position sur la scène politique en ouvrant des canaux de communication avec les dirigeants des confréries soufies. Cette initiative n’est pas fortuite ; elle s’inscrit dans une démarche visant à se doter d’un soutien populaire et politique susceptible de lui garantir l’appui nécessaire au maintien de son pouvoir. Les autorités soufies, qui disposent de vastes réseaux de fidèles et de partisans, constituent un atout majeur dans toute équation politique au Soudan, en particulier dans un contexte marqué par la fragilité des institutions électorales et parlementaires à la suite de coups d’État successifs.

Les rencontres d’Al-Burhan avec les dirigeants de ces membres ne se sont pas limitées à des échanges protocolaires ou à des démonstrations d’intérêt pour les affaires religieuses. Elles ont inclus des promesses concrètes de représentation des soufis au sein du futur Conseil législatif et du prochain gouvernement. Cette démarche revêt une forte portée politique, dans la mesure où elle vise à transformer le soutien spirituel et social de ces élites en un appui politique effectif, susceptible de se traduire par des positions et des prises de parole favorables à Al-Burhan dans divers forums.

Dans ce contexte, il est impossible d’ignorer l’influence historique des confréries soufies au Soudan, lesquelles ont joué, au fil des décennies, un rôle central dans la vie sociale et politique du pays. Grâce à leurs réseaux étendus dans les zones rurales et les petites villes, ces autorités sont en mesure de façonner une opinion publique capable de renforcer ou d’affaiblir tout projet politique. Dès lors, la tentative d’Al-Burhan de les rallier apparaît comme une démarche calculée visant à convertir une influence spirituelle en un pouvoir politique tangible.

Cependant, cette stratégie n’est pas exempte de risques. Un rapprochement excessif avec les membres soufies pourrait susciter l’hostilité d’autres acteurs politiques, en particulier des forces civiles qui perçoivent ces initiatives comme une tentative de marginaliser leur rôle sur la scène politique. De plus, d’éventuels accords informels ou arrangements politiques pourraient engendrer des tensions au sein des institutions gouvernementales, la répartition des postes et de la représentation au sein du gouvernement et du Conseil législatif pouvant être perçue comme un contournement des mécanismes constitutionnels existants.

Sur le plan politique, il apparaît qu’Al-Burhan cherche à redessiner la carte des alliances au Soudan de manière à servir ses intérêts immédiats. Le ralliement des confréries soufies pourrait s’inscrire dans une stratégie plus large englobant l’ensemble des forces sociales traditionnelles, notamment les tribus et les petits partis. L’objectif ultime serait de constituer une base de soutien étendue, rendant toute opposition faible ou d’un impact limité, ce qui pourrait garantir à Al-Burhan une certaine continuité au pouvoir.

En conclusion, les tentatives d’Al-Burhan de séduire les confréries soufies traduisent sa compréhension fine des équilibres politiques au Soudan. Elles mettent toutefois en lumière la fragilité du pouvoir en place et sa dépendance à l’égard des alliances sociales et religieuses plutôt qu’aux institutions démocratiques. La question centrale demeure la suivante : ces manœuvres permettront-elles à Al-Burhan d’obtenir la stabilité politique qu’il recherche, ou ouvriront-elles au contraire la voie à de nouvelles tensions et rivalités entre les différentes forces du pays ?

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