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La libération de Khartoum dévoile les alliances : Les félicitations des Frères musulmans à l’armée soudanaise suscitent des interrogations


Les félicitations adressées par les Frères musulmans à l’armée soudanaise pour ce qu’ils ont qualifié de « libération de Khartoum » ne constituent pas un simple communiqué politique. Elles représentent un signal inquiétant quant aux orientations futures du mouvement et à sa disposition à recourir à la violence et à des alliances douteuses pour rétablir son influence.

Si ce projet n’est pas confronté par une vision nationale unifiée visant à construire un véritable État civil, le Soudan risque d’entrer dans une nouvelle phase de chaos et de divisions, potentiellement plus grave que les précédentes.

Dans le contexte des développements rapides sur la scène soudanaise, la déclaration des Frères musulmans saluant la prétendue « libération de Khartoum » par l’armée soudanaise met en lumière des dimensions profondes qui dépassent le simple discours politique ou la courtoisie formelle. Elle révèle des liens idéologiques et des alliances stratégiques qu’il convient d’examiner attentivement.

Les félicitations des Frères musulmans à l’armée

Le message de félicitations émanant des Frères musulmans à l’armée soudanaise n’est pas un événement anodin. Il s’inscrit dans un contexte porteur de nombreuses indications, notamment la confirmation de la relation ancienne et renouvelée entre le courant islamiste sous toutes ses formes et les dirigeants militaires qui se sont succédé au pouvoir au Soudan. Au cours des dernières décennies, une convergence claire s’est manifestée entre l’ancien régime dirigé par Omar el-Béchir et les mouvements islamistes, en tête desquels figurait le mouvement des Frères musulmans, qui offrait une couverture idéologique au régime en échange de son enracinement dans les institutions de l’État.

Même après la chute du régime en 2019, les canaux de communication sont demeurés ouverts entre certaines factions de l’armée et les courants islamistes, bien que de manière discrète. Par conséquent, une déclaration explicite de soutien à un moment aussi critique reflète la persistance de ces liens et montre que les Frères musulmans considèrent toujours l’armée comme un instrument fiable pour reconquérir leur influence.

La volonté du mouvement de revenir au pouvoir

Cette déclaration met également en lumière le véritable visage du projet des Frères musulmans au Soudan, qui repose sur le pari d’un règlement militaire comme voie de retour au pouvoir, après l’échec de toutes leurs tentatives politiques et sociales de regagner la confiance de la rue soudanaise.

Ayant perdu une grande partie de leur base populaire après la révolution, les Frères semblent avoir choisi de se réallier aux militaires et de pousser vers une fin de la transition par la force plutôt que par le dialogue. Cette stratégie reflète une tendance connue du mouvement dans d’autres pays, où il s’appuie fréquemment sur les instruments de la force ou profite du chaos sécuritaire pour imposer sa présence.

Cette orientation représente une menace réelle pour l’avenir du Soudan, car elle reproduit le même système que la révolution a renversé et freine le processus de transition démocratique voulu par les forces civiles.

Al-Burhan, simple marionnette temporaire

À travers le ton de la déclaration et le contenu du discours politique, on peut déduire que les Frères musulmans ne considèrent pas le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, comme autre chose qu’un outil temporaire servant leur objectif principal : un retour au pouvoir.

Le discours ne témoigne pas tant d’un respect envers la personne d’al-Burhan que d’une célébration des réalisations de l’armée. L’accent est mis sur l’institution militaire dans son ensemble, plutôt que sur son dirigeant. Il est bien connu que les mouvements liés aux Frères musulmans traitent les chefs militaires comme des alliés circonstanciels, dont ils se débarrassent ou qu’ils marginalisent une fois leurs objectifs atteints.

Ainsi, le soutien apparent accordé à al-Burhan ne doit pas être perçu comme un alignement durable, mais comme une étape dans un plan plus vaste du mouvement visant une reprise complète des leviers de l’État, quitte à recourir à des méthodes plus radicales si nécessaire.

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