La justice tunisienne poursuit le démantèlement de l’héritage d’Ennahdha : des condamnations contre Ghannouchi portent le total des peines à 48 ans
Au cours des derniers jours, la justice tunisienne a continué de prononcer de nouvelles condamnations à l’encontre du chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, dans le cadre d’un processus judiciaire progressif qui traduit un changement manifeste dans la manière dont l’État traite les dossiers liés à l’islam politique, plus d’une décennie après son passage au pouvoir.
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Le dernier verdict, qui a ajouté plusieurs années supplémentaires à une série de peines déjà prononcées, a relancé le débat sur la responsabilité des dirigeants politiques dans des pratiques financières et organisationnelles ayant accumulé de profondes crises au sein de l’État et de la société, exposant l’expérience tunisienne à un coût politique et juridique particulièrement lourd.
Selon le site Middle East Online, un tribunal tunisien compétent a condamné Ghannouchi dans une nouvelle affaire liée à des infractions financières et à un financement illégal de parti, portant ainsi le total des peines prononcées à son encontre à environ 48 années de prison dans plusieurs dossiers, notamment ceux relatifs au financement, à l’abus d’influence et à des soupçons portant atteinte à la sécurité de l’État.
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Ce jugement s’inscrit dans une série de décisions judiciaires fondées sur les lois encadrant la vie politique et financière, lesquelles interdisent aux partis de recevoir des financements illicites ou d’utiliser l’argent politique en dehors des cadres légaux.
Selon des observateurs, ces condamnations reflètent un processus judiciaire cumulatif plutôt qu’une décision isolée. Ghannouchi a en effet été condamné dans différentes affaires depuis 2023, dans un contexte d’élargissement des enquêtes sur le rôle du mouvement Ennahdha durant ses années au pouvoir, en particulier en ce qui concerne la gestion des finances publiques, la relation entre le parti et les institutions de l’État, ainsi que l’instrumentalisation de l’organisation dans les sphères administrative et politique. Des analystes estiment que ces dossiers s’inscrivent dans une réévaluation plus large de l’expérience de l’islam politique en Tunisie, tenu pour directement responsable de l’entrave aux réformes et de l’aggravation des crises économiques et sociales.
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De son côté, le mouvement Ennahdha continue de contester ces jugements, les qualifiant de politiques, un discours auquel le parti a recours depuis son éviction du pouvoir. Ses adversaires considèrent toutefois que cette position occulte l’ampleur des dossiers examinés par la justice, lesquels ne portent pas sur des opinions ou des prises de position, mais sur des faits financiers et organisationnels documentés, ayant fait l’objet de procédures judiciaires à plusieurs niveaux, y compris les recours et les appels.
