La guillotine du classement américain… Washington a-t-elle signé l’acte de décès des Frères musulmans du Liban ?
L’Institut de politique et de société a publié une étude analytique approfondie sur le parcours de la Jamaa islamiya au Liban, considérée comme « le bras politique des Frères musulmans », révélant les perspectives de l’« islam activiste » dans un environnement confessionnel complexe et mettant en lumière les défis existentiels ainsi que les contraintes structurelles qui encerclent le mouvement après son inscription sur la liste américaine du terrorisme.
L’étude souligne que la Jamaa islamiya, en tant que branche libanaise des Frères musulmans, traverse aujourd’hui un moment de vulnérabilité historique en raison de son échec à se transformer en un parti politique sunnite influent, et de son maintien dans le modèle « d’organisation activiste globale » qui mêle aspects religieux, politiques et militaires. Cette situation a finalement conduit le mouvement dans une impasse, face à des choix difficiles entre l’isolement international ou l’intégration dans des projets régionaux qui ne servent pas la spécificité libanaise.
L’Institut relève, dans son analyse, une situation de « confusion au sommet » et une dualité identitaire au sein de la Jamaa, qui souffre d’une division aiguë entre un courant poussé vers une intégration totale dans l’« axe de résistance » et une coordination militaire et sécuritaire ouverte avec le Hezbollah, et une aile politique tentant en vain de préserver le peu de structure institutionnelle restante sous l’égide de l’État.
L’étude précise que le recours par le mouvement à la réactivation de sa branche armée, les « Forces al-Fajr », n’était pas une stratégie réfléchie mais plutôt une tentative désespérée de compenser le recul de son influence politique et populaire dans la sphère sunnite. Cela l’a rendue vulnérable à l’exploitation par des acteurs régionaux et a fourni à l’administration américaine un prétexte juridique et politique pour l’inclure sur les listes noires, entraînant nécessairement un encerclement financier et politique qui restreindra ses réseaux sociaux et ses institutions éducatives.
L’étude insiste également sur le fait que le lien organique et idéologique du mouvement avec l’école des Frères musulmans à l’échelle mondiale constitue toujours un « fardeau stratégique », l’empêchant de s’intégrer réellement dans le système confessionnel libanais et la plaçant sous suspicion constante auprès des autres composantes nationales. L’Institut considère que la récente décision américaine de classement ne constitue pas un simple acte administratif, mais un jugement de l’échec de l’expérience de l’islam politique des Frères musulmans au Liban, qui n’a pas su offrir un modèle alternatif au militarisme ou à la dépendance extérieure. Aujourd’hui, le mouvement fait face au choix de se rétracter progressivement pour devenir une entité symbolique à influence limitée, ou de s’aligner totalement avec les forces « extra-étatiques ». Dans les deux cas, la Jamaa demeure éloignée des aspirations de la population sunnite libanaise, qui recherche stabilité et souveraineté, loin des conflits des axes transfrontaliers.
