La danse du coq égorgé : les Frères musulmans en Tunisie tentent un retour par la porte iranienne
Les Frères musulmans en Tunisie cherchent à se réintroduire dans la rue en s’appuyant sur les évolutions régionales, dans une tentative de fuite en avant face aux crises judiciaires et à l’effondrement de leur popularité.
L’organisation des Frères musulmans en Tunisie fait face à un siège judiciaire et politique sans précédent, illustré par de lourdes peines de prison prononcées contre des dirigeants de premier plan tels que Rached Ghannouchi et Ali Larayedh, dans des affaires graves, notamment le « transfert de jeunes vers des foyers terroristes », les « assassinats politiques », l’« appareil secret », la « conspiration contre la sûreté de l’État » et le financement étranger, dans un contexte d’appels populaires et parlementaires à l’interdiction du mouvement et à la reddition de comptes.
Dans ce contexte, les Frères musulmans ont organisé, au cours du mois de mars, des actions de solidarité avec l’Iran, dans une tentative désespérée de regagner la rue.
Des observateurs de la scène politique tunisienne estiment que l’organisation exploite tout événement international pour descendre dans la rue et tenter de se repositionner, notamment après la perte de son soutien populaire.
Exploitation du contexte
L’activiste politique tunisien Khaled Bel Taher a déclaré que l’organisation « exploite tout événement international afin de revenir sur le devant de la scène, surtout dans un contexte d’isolement politique », précisant que ces mobilisations visent à capter l’émotion de l’opinion publique pour se repositionner.
Il a affirmé que l’organisation cherche désormais à tirer parti de tout événement international pour retrouver une popularité perdue, après l’échec de l’ensemble de ses mouvements de protestation réclamant la libération de ses dirigeants.
Selon Bel Taher, toutes ces tentatives se heurtent à une désaffection de la rue tunisienne, d’autant plus qu’elles visent à éluder les dossiers relatifs aux assassinats politiques, au « transfert vers les zones de tension » et aux crises internes.
Il a également souligné que l’organisation traverse actuellement un effondrement politique et populaire en raison des dossiers hérités de la période précédente, en particulier après le prononcé de jugements en appel condamnant ses membres à des peines de prison pouvant aller jusqu’à plusieurs décennies, ce qui a fragilisé l’organisation de l’intérieur.
Il a ajouté que l’organisation est assiégée de toutes parts et que sa situation s’est considérablement aggravée après le dépôt, par des députés du Parlement tunisien, d’un projet de loi visant à classer le mouvement Ennahdha, bras politique du groupe, comme organisation terroriste et à l’interdire totalement, estimant que cette initiative pourrait conduire à sa disparition et à la confiscation de ses biens.
Il a conclu que l’organisation des Frères musulmans en Tunisie « danse la danse du coq égorgé et tente par tous les moyens de restaurer son influence et d’exercer à nouveau une emprise sur les Tunisiens ».
Des parlementaires tunisiens ont récemment soumis un projet de loi appelant à la dissolution du mouvement Ennahdha et à son classement comme organisation terroriste.
