La crise du chômage en Irak se transforme en bombe à retardement
Alors que des milliards de dollars issus des revenus pétroliers affluent vers le Trésor central à Bagdad, des milliers de diplômés se tiennent dans les rues de la capitale et des provinces irakiennes, non pas pour réclamer davantage de bien-être, mais pour arracher un « emploi » qui leur assure une subsistance. Cette contradiction frappante entre la richesse du sol et la pauvreté de la main-d’œuvre illustre une crise structurelle profonde en Irak, où le chômage est passé d’un problème économique à une « bombe à retardement » menaçant la paix civile.
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Les données officielles du ministère de la Planification (début 2025) indiquent un taux de chômage en baisse à 13 %, contre 16,5 % en 2022. Cependant, ces chiffres font l’objet de vifs débats parmi les observateurs. Chez les jeunes, qui constituent le groupe démographique le plus important, le taux de chômage grimpe à environ 20 à 25 %.
Chaque année, le marché du travail doit absorber entre 250 000 et un million de nouveaux diplômés (y compris ceux ayant étudié à l’étranger), ce qui crée un fossé considérable entre la production du système éducatif et la capacité d’absorption de l’économie.
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Malgré cette légère diminution, le site Trading Economics classe l’Irak parmi les dix pays arabes affichant les taux de chômage les plus élevés en 2025, reflétant l’échec des politiques cumulatives à provoquer une amélioration tangible.
La cause fondamentale réside dans la dépendance quasi totale au pétrole, qui représente environ 90 % du budget de l’État, tout en employant une part infime de la main-d’œuvre.
Échec de la diversification économique
Les gouvernements successifs n’ont pas réussi à transformer l’abondance pétrolière en moteur de croissance pour les secteurs productifs. Dans ce contexte, le site Shafaq News cite le conseiller économique Mazhar Mohammed Saleh affirmant que l’économie irakienne reste « rentière », les industries manufacturières et agricoles étant incapables de concurrencer les importations, faisant de l’Irak « un marché de déversement pour les marchandises des pays voisins » plutôt qu’un pays producteur.
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L’absence d’alternatives a entraîné une expansion du secteur public, souffrant de « chômage déguisé » et de coûts opérationnels énormes. Dans le même temps, le secteur privé se heurte à des obstacles bureaucratiques, à la corruption administrative et à l’absence de garanties sociales, incitant les jeunes à attendre des années pour obtenir un emploi public plutôt que de prendre des risques dans des projets privés.
Conséquences sociales : pauvreté multidimensionnelle
La contradiction douloureuse est qu’un pays disposant du cinquième plus grand stock de pétrole au monde voit 36,8 % de sa population (environ 17 millions de personnes) souffrir de « pauvreté multidimensionnelle ». Un manifestant explique : « J’ai l’impression que mes sept années d’études ont été vaines ; le chômage prolongé ne m’a pas seulement volé mon revenu, il a détruit ma stabilité psychologique et mon espoir en l’avenir ».
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Ce sentiment de marginalisation chez les jeunes crée un terreau fertile pour les troubles sociaux et ouvre la porte à l’émigration clandestine ou à l’exploitation des jeunes par des groupes extrémistes et des organisations illégales.
Une issue possible ?
Les experts estiment que la solution ne réside pas dans les « nominations fictives », mais dans des réformes radicales incluant la désolidarisation de l’économie du pétrole par l’investissement dans les énergies renouvelables, l’agriculture intelligente et l’industrie manufacturière, ainsi que la réforme de l’éducation pour combler l’écart entre les programmes académiques et les besoins du marché du travail moderne (compétences numériques et techniques). Il s’agit également de soutenir les petites entreprises, de renforcer les fonds de microcrédit et de créer un cadre légal protégeant les initiatives des jeunes.
Les observateurs avertissent que la jeunesse irakienne pourrait devenir soit « une force de développement immense » propulsant le pays vers la prospérité, soit « un fardeau explosif » si la négligence et le clientélisme persistent. La richesse existe, mais une gestion efficace et une distribution équitable des opportunités restent le maillon manquant du modèle de développement irakien.
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