La confrontation entre l’Iran et les États-Unis pourrait-elle se transformer en une guerre d’usure au profit de la Chine et de la Russie ?

Des experts estiment que le pari des États-Unis sur une guerre éclair et rapide contre Téhéran a échoué, soulignant que le facteur temps joue stratégiquement en faveur de l’Iran.
Alors que se poursuit la guerre israélo-américaine contre l’Iran et que Téhéran riposte en visant Israël ainsi que ce qu’elle décrit comme des bases et intérêts américains dans les pays voisins, l’escalade s’est élargie et les interrogations se multiplient sur l’évolution du conflit, la possibilité de son prolongement dans le temps, ainsi que sur la position de la Chine et de la Russie face à cette confrontation.
Deux experts en relations internationales estiment que l’Iran dispose de nombreux atouts susceptibles de faire évoluer la confrontation vers une guerre d’usure, un scénario qui pourrait converger avec les intérêts de la Chine et de la Russie.
Les deux spécialistes affirment que la stratégie américaine fondée sur une guerre rapide contre Téhéran a échoué, ajoutant que, d’un point de vue stratégique, le temps joue en faveur de l’Iran.
Depuis samedi, Israël et les États-Unis poursuivent leur offensive militaire contre l’Iran, qui a fait des centaines de victimes, parmi lesquelles le guide suprême Ali Khamenei et plusieurs responsables sécuritaires. Téhéran répond par des salves de missiles et de drones dirigées vers Israël.
Par ailleurs, l’Iran mène des attaques contre ce qu’elle qualifie d’« intérêts américains » dans certains pays arabes, certaines de ces attaques ayant causé des morts et des blessés et provoqué des dégâts matériels dans des infrastructures civiles, notamment des ports et des immeubles résidentiels.
L’expert marocain en relations internationales Ali Fadili explique que « la résilience du régime iranien dans la guerre actuelle est largement liée à son niveau de préparation préalable à cette confrontation ».
Il ajoute que la manière dont Téhéran a réagi au début des attaques israélo-américaines laisse penser qu’elle se préparait à ce scénario depuis la fin de la guerre de juin dernier.
En juin 2025, Israël, avec le soutien des États-Unis, avait lancé une attaque contre l’Iran qui a duré douze jours et qui a visé des sites militaires, des installations nucléaires et des infrastructures civiles, ainsi que l’assassinat de dirigeants et de scientifiques. L’Iran avait riposté en ciblant des installations militaires et de renseignement israéliennes à l’aide de missiles et de drones.
Selon Fadili, la riposte iranienne a été « rapide et surprenante », soulignant que l’assassinat du guide suprême n’a pas eu « d’impact significatif » sur le processus de prise de décision, « car le système avait déjà intégré l’éventualité d’un ciblage de sa direction ».
Concernant l’évolution possible du conflit, l’expert marocain estime que son issue ne dépend pas d’un seul camp, mais de la capacité des deux parties à résister dans un affrontement prolongé.
Il considère que la guerre d’usure pourrait être favorable à Téhéran, car elle pourrait placer l’administration américaine dans une situation intérieure délicate, d’autant plus que le président américain Donald Trump a construit une partie de son capital politique sur la critique des interventions militaires extérieures.
Il ajoute que « le pari américain sur une guerre éclair a échoué », estimant que le facteur temps joue stratégiquement en faveur de l’Iran.
Il souligne également que « la décision iranienne concernant la gestion de la guerre a été prise avant l’assassinat du guide suprême, en accordant aux forces iraniennes une marge d’action sans attendre une décision centrale ».
De son côté, le professeur marocain de sciences politiques Khaled Yaimout estime que l’Iran dispose essentiellement d’une puissance militaire défensive, développée depuis la fin des années 1980 sur la base d’une doctrine de défense.
Il ajoute que le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux atouts stratégiques de l’Iran, en raison de sa position vitale et de son influence sur les flux du commerce mondial.
Le détroit d’Ormuz est l’un des passages maritimes les plus importants au monde, puisque près de 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole y transite, ce qui en fait un levier stratégique majeur pour l’Iran dans toute confrontation régionale.
Yaimout indique également que l’Iran « n’a pas encore utilisé l’ensemble de ses capacités », précisant que ses forces terrestres disposent de compétences considérables, que ce soit dans les affrontements directs ou à travers des unités spécialisées dans la guerre urbaine et les opérations spéciales, « ce qui en ferait une force redoutable en cas d’élargissement du conflit ».
Selon lui, les États-Unis sont conscients de ces réalités et il juge peu probable qu’ils s’engagent dans une confrontation terrestre directe avec l’Iran, estimant que Washington cherche avant tout à affaiblir Téhéran.
Concernant les scénarios possibles, Yaimout prévoit que la première phase du conflit pourrait être dominée par des affrontements indirects reposant sur des frappes à longue portée via la puissance aérienne, les missiles ou les forces navales, ce que l’on appelle la « longue portée ».
Il estime que l’Iran « poursuivra ses frappes contre Israël et les bases militaires dans la région du Golfe », tout en évoquant la possibilité de cibler certaines unités navales si elles s’approchent d’une certaine manière dans les eaux internationales.
Selon l’universitaire marocain, ce scénario apparaît comme le plus probable dans la première phase du conflit.
Par ailleurs, Yaimout considère que la Chine et la Russie pourraient apporter une aide à l’Iran, mais il juge peu probable qu’elles s’engagent directement dans la guerre.
Il explique que Pékin pourrait considérer le conflit comme une opportunité stratégique, préférant une guerre prolongée qui lui permettrait d’observer les armes et les technologies militaires utilisées par Washington.
Il souligne que l’allongement du conflit signifierait une augmentation du coût financier et militaire pour les États-Unis, ce qui pourrait servir les intérêts chinois dans le cadre de la compétition stratégique entre les deux puissances, estimant que Pékin resterait probablement dans une position « d’observateur bénéficiaire ».
Les relations entre les États-Unis et la Chine connaissent une intensification de leur rivalité stratégique multidimensionnelle, incluant les domaines militaire, technologique et économique, ce qui conduit Pékin à surveiller de près tout conflit susceptible d’épuiser les capacités américaines.
De son côté, l’expert marocain Fadili estime qu’une longue guerre d’usure pourrait également servir les intérêts russes, car elle pourrait contraindre les États-Unis à détourner une partie de leur attention et de leurs ressources militaires de l’Ukraine vers le Moyen-Orient.
Il ajoute que ce déplacement des priorités pourrait affaiblir les forces ukrainiennes et offrir à la Russie une marge de manœuvre plus large pour progresser sur le terrain en profitant de l’implication américaine dans le conflit régional.
Depuis le 24 février 2022, la Russie mène une offensive militaire contre son voisin ukrainien et conditionne sa fin à l’abandon par Kiev de toute adhésion à des alliances militaires occidentales, ce que l’Ukraine considère comme une ingérence dans ses affaires internes.
