La base secrète dans le désert : comment les drones égyptiens ont transformé la guerre au Soudan en un modèle moderne de guerre par procuration
Au cœur du désert occidental égyptien, où la frontière avec le Soudan se confond avec des lignes floues de sable et de roches, se trouve une base aérienne secrète qui a modifié le cours du conflit soudanais en cours depuis plus de trois ans. Selon des enquêtes publiées par The New York Times en février 2026, confirmées par des rapports de Reuters ainsi que par des sources de renseignement occidentales et arabes, l’aéroport d’East Oweinat Airport — dissimulé au milieu d’un vaste projet agricole — est devenu un centre d’opérations pour des drones turcs de type Bayraktar Akıncı, à partir duquel sont menées des frappes de précision contre des positions des Forces de soutien rapide en profondeur du territoire soudanais. Ces drones, acquis par Khartoum dans le cadre d’un contrat d’une valeur de 120 millions de dollars en novembre 2023, ne sont pas opérés depuis le territoire soudanais par crainte d’être ciblés, mais depuis le territoire égyptien, ce qui reflète un changement stratégique majeur dans le rôle du Caire, passé d’un soutien logistique et politique à une implication opérationnelle directe.
La crise humanitaire au Soudan n’est plus seulement la conséquence d’un conflit interne entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide ; elle est devenue le carburant d’une guerre régionale par procuration moderne, où des technologies avancées sont utilisées pour prolonger les combats au détriment des civils. Plus de 12 millions de Soudanais ont été déplacés de force, et 33,7 millions de personnes — soit près des deux tiers de la population — ont besoin d’une aide humanitaire urgente, selon les rapports des Nations Unies et du Programme alimentaire mondial en mars 2026. La famine a été officiellement déclarée à El Fasher, au Darfour du Nord, et à Kadugli, au Kordofan du Sud, et menace 20 autres zones au Darfour et au Kordofan. Les taux de malnutrition aiguë globale ont dépassé 30 % dans certaines régions, et la maladie ainsi que la faim ont coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes, tandis que le système de santé s’est effondré à 70 % dans les zones de conflit. Chaque frappe de drone prolonge les combats, entrave l’acheminement des convois humanitaires et aggrave les déplacements massifs.
Ce qui suscite la plus grande inquiétude est le rôle égyptien révélé par les images satellites et les registres aériens. Les opérations se sont intensifiées après la chute d’El Fasher en octobre 2025, lorsque Le Caire a considéré l’avancée des Forces de soutien rapide vers la frontière comme une « ligne rouge ». Depuis lors, les drones Akıncı — capables de parcourir plus de 800 kilomètres — ciblent les convois d’approvisionnement et les positions militaires des Forces de soutien rapide, offrant à l’armée soudanaise un avantage tactique évident. Des sources américaines et européennes ont confirmé que ces drones sont parfois pilotés par des équipes égyptiennes ou conjointes, malgré les démentis officiels du Caire quant à toute implication directe dans les combats. Ce soutien n’est pas nouveau ; l’Égypte fournissait déjà un appui politique et logistique à l’armée soudanaise depuis le début du conflit en avril 2023, mais l’utilisation des drones a transformé cette aide en partenariat opérationnel.
À l’inverse, les Émirats arabes unis sont accusés de soutenir les Forces de soutien rapide avec des armes avancées et des drones de fabrication chinoise, faisant du Soudan un théâtre d’un affrontement régional qui dépasse largement ses frontières. La Turquie, alliée de l’Égypte dans ce contexte, a contribué aux transactions liées aux drones, tandis que l’Iran a fourni d’autres modèles tels que le Mohajer-6. Ces multiples interventions ont transformé la guerre, passant d’un conflit local à un modèle moderne de guerre par procuration, où les batailles sont menées à distance grâce à des technologies relativement peu coûteuses et efficaces, tandis que les civils en paient le prix le plus lourd. Des rapports d’Amnesty International et des témoignages de survivants évoquent parfois des frappes indiscriminées contre des hôpitaux et des camps de déplacés, ce qui accroît les pertes civiles.
En tant que journaliste suivant la situation soudanaise depuis des années, je considère qu’il est urgent de documenter cette réalité. La communauté internationale — à travers le Conseil de sécurité et le mécanisme quadripartite de médiation — doit exercer une pression réelle sur les acteurs régionaux afin de mettre fin à la fourniture d’armes et de drones. La protection des civils n’est pas un choix ; c’est une obligation juridique et morale. Cela nécessite une solution politique globale comprenant un cessez-le-feu immédiat, le désarmement et la formation d’un gouvernement de transition incluant toutes les parties soudanaises sans exclusion, avec des garanties régionales et internationales empêchant la répétition d’interventions futures. Le Soudan n’est pas seulement un champ de bataille ; c’est un pays de plus de 45 millions d’habitants qui méritent la paix et la dignité. Si aucune action n’est entreprise maintenant, cette guerre par procuration embrasera toute la région et laissera une génération entière d’enfants payer le prix des ambitions des autres.
