Politique

Guerre en Iran : des répercussions possibles au Yémen placent les Houthis entre deux feux


Les Houthis au Yémen suivent de près l’évolution de la guerre en Iran, craignant à la fois une réduction du soutien militaire et financier provenant de Téhéran, ainsi que la possibilité de frappes américaines contre leurs positions.

Des analystes yéménites estiment que la guerre en Iran aura des répercussions importantes sur les Houthis. Selon eux, elle pourrait affaiblir les capacités militaires de la milice, l’isoler politiquement et entraîner des conséquences économiques susceptibles d’affecter le groupe.

En réaction directe aux développements régionaux, les Houthis ont déjà entrepris d’importants mouvements dans les zones qu’ils contrôlent. Ces actions comprennent l’évacuation de certains sites et installations, le déploiement d’armes et le retranchement dans des tunnels, par crainte d’éventuelles frappes américaines ou israéliennes.

Impact militaire

Concernant la situation actuelle, l’expert militaire et général de brigade Abdel Samad Al-Majzafi a déclaré que la guerre en Iran aura un impact très important sur l’avenir de la crise yéménite. Il affirme que les milices houthis seront affectées sur les plans militaire, politique et économique.

Il a expliqué que, sur le plan militaire, les approvisionnements iraniens en technologies, en armes modernes, en composants pour drones et en équipements sensibles destinés aux Houthis devraient diminuer en raison des frappes qui ont visé les capacités militaires de Téhéran.

Le général Al-Majzafi a ajouté que cette situation limitera la capacité des Houthis à utiliser des technologies avancées pour cibler des navires, menacer les pays voisins ou mener des opérations dans le conflit interne contre les forces du gouvernement légitime.

Un isolement croissant

Sur le plan politique, le général Al-Majzafi estime que ce que l’on appelle « l’axe de la résistance » dans la région sera fortement affecté. Selon lui, les milices houthis apparaissent aujourd’hui désorientées et fragilisées après la mort du guide iranien. Elles tentent de mobiliser la rue yéménite en organisant des manifestations afin de donner l’impression qu’elles restent capables d’agir.

Il y a dix jours, les États-Unis et Israël ont lancé une attaque conjointe contre l’Iran dont la première vague a visé le siège du guide iranien Ali Khamenei, entraînant sa mort.

Sur le plan économique, l’expert yéménite prévoit également une réduction très importante du soutien iranien aux Houthis. Téhéran leur fournissait notamment des produits pétroliers, et ce soutien devrait diminuer au cours de la période à venir, aggravant ainsi la crise financière et économique.

Il estime que cette crise entraînera une flambée des prix des produits de base et des denrées alimentaires, même si le taux de change reste stable. Cette situation pourrait provoquer un mécontentement croissant au sein de la base sociale sur laquelle s’appuient les milices.

Selon Al-Majzafi, les Houthis pourraient bientôt se trouver dans l’incapacité de financer leurs fronts de combat ou de payer leurs combattants sur le terrain. L’expert estime que le mouvement commence à perdre de nombreux facteurs essentiels à sa survie et se retrouve désormais dans une position plus fragile, sous une pression croissante de toutes parts.

Réorganisation des capacités

De son côté, l’analyste politique Abdel Halim Abdel Wahab n’exclut pas la possibilité que les milices houthis entrent militairement en guerre aux côtés de l’Iran. Selon lui, les données observées récemment sur le terrain révèlent des préparatifs houthis sans précédent.

Il estime que les mouvements des Houthis reflètent un processus de réorganisation de leurs capacités militaires, suggérant que le groupe se prépare à d’éventuels scénarios d’escalade après l’affaiblissement de sa principale source d’approvisionnement à Téhéran.

Toutefois, la nature de l’implication des Houthis, son calendrier et le théâtre des opérations restent dépendants de scénarios politiques et régionaux complexes, en raison notamment de l’imbrication des dynamiques observées au cours de la première semaine de la guerre en Iran et des tentatives de Téhéran d’élargir le conflit à l’ensemble de la région.

L’analyste souligne également que les zones contrôlées par les Houthis sont actuellement soumises à une surveillance aérienne intensive par des drones. Cela a conduit leurs dirigeants à adopter des méthodes de communication plus traditionnelles, afin de rester discrets et de limiter leurs déplacements pour éviter toute détection.

D’autre part, Israël pourrait recourir à des frappes préventives contre les Houthis s’il estime qu’une menace réelle existe, dans la mesure où la doctrine sécuritaire israélienne repose souvent sur le principe de neutraliser le danger avant qu’il ne devienne une réalité, selon l’analyste politique.

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