L'Europe

France et lutte contre le terrorisme : 93 attaques déjouées depuis 2012, la législation en première ligne


La France mène une lutte de longue haleine contre le terrorisme, une bataille qui porte ses fruits avec l’échec de nombreuses attaques, grâce à un arsenal fondé sur des dispositifs législatifs renforcés et des moyens accrus.

Ainsi, la France a réussi à déjouer 93 projets d’attentats depuis 2012, dont 62 depuis 2017, comme l’a annoncé le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, lors d’une séance de questions au gouvernement devant le Parlement.

Dans son intervention, le ministre, ancien préfet de police de Paris, est revenu sur l’évolution de la lutte antiterroriste sur le territoire français, saluant parallèlement l’augmentation significative des ressources allouées à cette mission depuis 2015.

Entamant son propos par un bref rappel historique, il a déclaré devant les députés : « Il y a onze ans, une attaque a visé le journal Charlie Hebdo. Le lendemain, Clarissa Jean-Philippe était assassinée à Montrouge, puis, le jour suivant, l’attaque de l’Hyper Cacher a eu lieu. »

Il a ajouté que « depuis 2015, tout a changé dans ce pays en matière de détection de la menace terroriste. Tout a évolué sous la présidence de François Hollande. Puis, avec l’élection d’Emmanuel Macron, nous avons considérablement renforcé nos moyens pour faire face à cette menace ».

Le ministre a notamment évoqué le renforcement des « services de renseignement », des « ressources financières », des capacités de « contrôle », de « surveillance » ainsi que de la « coopération internationale ».

Dressant ensuite le bilan chiffré, Laurent Nuñez a précisé : « Nous avons déjoué 93 attaques en France depuis 2012, dont 62 depuis 2017 », ajoutant que « les flux migratoires sont sous contrôle ».

Recul des attaques terroristes

En février 2025, la direction de la lutte antiterroriste au sein de la Direction générale de la sécurité intérieure a annoncé avoir déjoué 79 projets d’attentats en France depuis 2015.

Dans un communiqué publié à cette occasion, la DGSI indiquait : « Depuis 2015, nous avons déjoué 79 attaques planifiées. La Direction générale de la sécurité intérieure en a empêché 71… Nous sommes convaincus, à de nombreuses reprises, d’avoir déjoué de véritables attentats et d’avoir sauvé des vies, des dizaines de vies. »

Tout en précisant toutefois que « la menace terroriste demeure très élevée en France ».

Selon la même source, « la situation au Moyen-Orient et dans d’autres régions du monde appelle à la vigilance et peut attiser la volonté de mener des attaques contre notre pays ».

De son côté, un responsable de l’unité antiterroriste a confié au quotidien français Le Figaro, sous couvert d’anonymat : « La baisse du nombre d’actes terroristes par rapport à la période 2015-2017, ainsi que le succès des Jeux olympiques, peuvent nous faire oublier que la menace reste bien réelle ».

Il a ajouté que les profils des auteurs ont évolué : « 70 % des personnes interpellées depuis 2023 ont moins de 21 ans ».

Quant aux mineurs, ils restent « très rares », mais les enquêteurs rencontrent parfois « des adolescents de quatorze ans dotés d’une détermination marquée ». Ces jeunes sont souvent « inconnus des services de police, en raison notamment de leur âge », et échappent ainsi à la surveillance de la DGSI.

Cadre législatif

L’arsenal judiciaire français en matière de terrorisme s’est considérablement renforcé, en particulier après les attentats qui ont frappé Paris et la banlieue de Saint-Denis le 13 novembre 2015.

Depuis lors, le Parlement français n’a cessé d’adopter de nouvelles lois, toutes inscrites dans une logique de renforcement de la lutte antiterroriste et de durcissement des sanctions pénales à l’encontre des auteurs d’attentats ayant touché plusieurs régions françaises, notamment la ville de Nice, la commune de Villejuif, Rambouillet ou encore la cathédrale Notre-Dame au cœur de Paris.

Le cadre législatif antiterroriste a commencé à évoluer sous la présidence de François Hollande (2012-2017), avant d’être consolidé et enrichi par Emmanuel Macron à travers l’adoption de nouvelles lois particulièrement strictes.

Bien que les lois criminalisant le terrorisme existent depuis le XIXe siècle, une évolution majeure est intervenue pour la première fois en 1986, à la suite des attentats qui ont visé Paris cette année-là.

Ces attaques ont conduit les autorités françaises à adopter, le 9 septembre 1986, la première loi spécifique de lutte contre le terrorisme, établissant ainsi le socle juridique de cette politique sur le territoire national.

Ces dernières années, François Hollande avait décrété l’état d’urgence pour une durée initiale de douze jours à la suite des attentats de novembre 2015, une période ensuite prolongée par le Parlement après l’attaque de Nice en juillet 2016.

La loi sur l’état d’urgence permet notamment aux forces de l’ordre de placer toute personne soupçonnée de terrorisme en assignation à résidence, de perquisitionner son domicile à tout moment, ainsi que de dissoudre toute association portant atteinte à l’ordre public ou le menaçant.

Dans de précédentes déclarations aux médias français, Jean-Philippe Derosier, spécialiste de droit constitutionnel, commentait l’évolution rapide des lois sécuritaires en affirmant : « Oui, nous assistons à une augmentation du nombre de lois antiterroristes depuis 2015. C’est logique compte tenu de la dégradation de la situation sécuritaire que nous connaissons. »

Par la suite, le Parlement français a adopté une loi sur « la prévention et la lutte contre les atteintes à l’ordre public et contre les actes terroristes dans les transports publics », à la suite de l’attentat qui a frappé Bruxelles en mars 2016.

Cette loi autorise désormais les agents des transports publics à procéder à la fouille des voyageurs, de leurs bagages et de leurs vêtements.

Plus tard, une loi adoptée en 2017 a conféré au gouvernement la capacité de mettre en œuvre certaines mesures de sécurité qui n’étaient auparavant possibles que sous l’état d’urgence, notamment l’instauration de périmètres de sécurité autour des événements publics, la restriction de la liberté de circulation et la fermeture de lieux de culte soupçonnés de promouvoir l’extrémisme, le tout sans autorisation judiciaire préalable.

Enfin, le projet de loi dit « sur le séparatisme », proposé en 2025, qui a renforcé les règles encadrant les financements étrangers liés aux Frères musulmans et introduit de nouvelles infractions en matière d’incitation à la haine, constitue l’un des volets majeurs de la stratégie de Paris contre l’extrémisme, souvent à l’origine des attentats terroristes.

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