Fin des partenariats politiques et émergence d’un pouvoir plus centralisé au Soudan
La réunion d’Abdel Fattah al-Burhan avec le Bloc démocratique n’a pas été un simple rendez-vous politique de circonstance dans le contexte de la guerre soudanaise. Elle a plutôt reflété une transformation profonde de la manière dont la direction militaire envisage les partenariats et alliances noués au cours des dernières années. Le modèle qui a suivi la chute du régime d’Omar el-Béchir, fondé sur un partage du pouvoir entre de multiples forces civiles et armées, apparaît aujourd’hui, aux yeux d’al-Burhan, comme un schéma défaillant et désormais intenable, en particulier dans le contexte d’une guerre qui a épuisé l’État et bouleversé radicalement l’ordre des priorités.
Selon les informations ayant filtré de cette réunion, al-Burhan a livré une évaluation sévère de la performance des mouvements armés dirigés par Minni Arko Minnawi et Jibril Ibrahim, estimant qu’ils n’avaient enregistré aucun succès notable durant le conflit. Cette appréciation s’inscrit dans une conviction de plus en plus répandue au sein de l’institution militaire, selon laquelle ces mouvements ne représentent plus une valeur ajoutée, ni sur le plan militaire ni sur le plan politique. La guerre, véritable épreuve existentielle pour l’État, a mis en lumière les limites de leurs capacités et révélé l’écart entre l’ampleur des positions et de l’influence qui leur ont été accordées et la faiblesse de leurs contributions réelles.
Cette évaluation ouvre la voie à une révision globale des accords de paix qui ont permis à ces mouvements d’occuper des positions avancées au sein du pouvoir. Pour al-Burhan, ni le passé militant ni le discours politique ne suffisent plus à justifier une participation continue à la gouvernance. Désormais, seuls la performance et l’efficacité constituent des critères légitimes. Dans cette optique, la réduction du rôle des mouvements armés au Parlement et au sein du futur gouvernement ne semble pas être une mesure provisoire, mais bien un élément d’une vision visant à démanteler le système de partage des quotas, qui a alourdi l’appareil de l’État et affaibli ses institutions.
En parallèle, le regard porté par al-Burhan sur le Bloc démocratique s’est révélé encore plus tranché. Il l’a considéré comme une entité dépourvue de toute influence populaire réelle au Soudan. Ce jugement ne vise pas seulement le Bloc en tant qu’alliance politique, mais traduit une position plus large à l’égard d’élites qui se sont contentées d’une présence médiatique et politique sans parvenir à construire une base populaire capable de les soutenir ou de leur conférer une légitimité durable. Dans cette perspective, le Bloc démocratique est devenu, aux yeux du pouvoir, un fardeau politique dont la poursuite n’offre aucun bénéfice.
L’annonce par al-Burhan de son intention de réduire le rôle du Bloc, allant jusqu’à son exclusion de la future configuration gouvernementale et parlementaire, marque un passage clair d’une logique de consensus à une logique d’exclusion sélective. La phase à venir, selon cette approche, ne tolère plus l’existence de forces ambiguës ou de structures intermédiaires, mais exige un paysage politique plus discipliné, quitte à en payer le prix en termes de pluralisme.
Toutefois, cette trajectoire, malgré la capacité de contrôle qu’elle confère, comporte des défis majeurs. L’éviction simultanée de forces politiques et armées pourrait engendrer un climat de tension latente et contribuer à déplacer les conflits en dehors des institutions étatiques. Al-Burhan semble néanmoins convaincu que le contexte de guerre et l’épuisement général qu’il a provoqué limiteront la capacité de ces forces à s’opposer ou à mobiliser.
En définitive, cette réunion traduit l’émergence d’une nouvelle vision de la gouvernance au Soudan, fondée sur la réduction du nombre de partenaires, la concentration du pouvoir et la redéfinition de la légitimité politique. La question demeure ouverte quant à savoir si cette approche conduira à une stabilité réelle ou si elle posera les bases d’une crise différée, dont les signes apparaîtront dès que la guerre s’atténuera ou que les équilibres politiques et sécuritaires évolueront.
