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Exploitation de l’aéroport de Khartoum entre propagande politique et légitimité en temps de guerre


Aujourd’hui, la question de l’aéroport international de Khartoum dépasse le simple cadre technique lié aux infrastructures ou à la capacité opérationnelle. Elle est devenue un dossier politique par excellence, utilisé dans le cadre d’une bataille plus large sur la légitimité et l’image générale dans le contexte de la guerre en cours au Soudan. La promotion médiatique de la reprise des vols civils à travers l’aéroport véhicule des messages qui dépassent le domaine aérien pour toucher aux notions de contrôle, de restauration de l’État et de retour à la vie dans la capitale.

Sur le plan politique, l’aéroport de Khartoum représente un symbole de souveraineté : sa remise en service impliquerait implicitement que la capitale est sortie du cycle de la guerre et retrouve une stabilité. Cependant, ce sens symbolique se heurte à une réalité sur le terrain très différente : Khartoum souffre toujours d’une détérioration sécuritaire et des services publics, manque des conditions de vie civile normales, et demeure exposée aux menaces militaires dans un périmètre stratégique sensible.

La promotion de la réouverture de l’aéroport semble faire partie d’un discours politique visant à asseoir une certaine narrative sur l’issue du conflit, notamment dans le cadre de la compétition entre parties pour obtenir reconnaissance nationale et internationale. En temps de guerre, les batailles ne se mènent pas uniquement par les armes, mais également par le discours et l’image, et les médias servent à façonner les impressions même en l’absence de faits tangibles.

Pourtant, l’aviation civile n’est pas régie par la seule politique, mais par un système international strict de lois et de normes. Même si une autorité souhaitait imposer une réalité politique nouvelle, elle ne pourrait contraindre ni les compagnies aériennes ni les assureurs à opérer depuis un aéroport non sécurisé. C’est ici que se manifeste la contradiction entre le discours politique et la réalité internationale : les compagnies d’assurance refusent catégoriquement toute couverture pour les vols à destination ou au départ de Khartoum, considérant l’aéroport comme une zone de guerre active.

Ce refus ne traduit pas un positionnement politique, mais une lecture professionnelle des risques. Les compagnies d’assurance s’appuient sur des rapports de sécurité indépendants, des classifications internationales et des évaluations précises des risques. Selon ces critères, l’aéroport de Khartoum reste hors du champ de l’exploitation civile, indépendamment des déclarations ou des ambitions politiques.

L’utilisation de ce dossier à des fins de communication politique peut générer des gains médiatiques temporaires, mais comporte des risques stratégiques. Toute tentative réelle de faire opérer un vol civil sans préparation complète pourrait provoquer une catastrophe, non seulement en termes de pertes humaines, mais aussi pour l’image internationale du Soudan, aggravant son isolement dans les secteurs aérien et des transports.

Ce discours peut également avoir des effets négatifs internes, en créant un écart entre les propos médiatiques et la réalité quotidienne vécue par les citoyens. Alors que l’on promeut le retour des vols, la majorité de la population continue de subir des coupures d’électricité, de l’eau et des services de santé, rendant l’évocation d’un aéroport international déconnecté du contexte réel.

Politiquement, ce décalage reflète une crise dans la gestion des priorités en temps de guerre, où l’on se concentre sur les symboles au lieu de traiter les causes profondes. La réouverture de l’aéroport de Khartoum ne peut constituer une première étape, mais résulte d’un long processus incluant la stabilisation, la fin du conflit, la reconstruction des institutions étatiques et la restauration de la confiance internationale.

En définitive, l’aéroport de Khartoum demeure davantage une carte politique qu’un projet civil réalisable à l’heure actuelle. Tant que la situation sécuritaire et politique ne changera pas radicalement, l’aéroport restera présent dans les discours et absent du ciel, et les vols civils resteront prisonniers des communiqués officiels plutôt que des pistes d’atterrissage.

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