États-Unis et Iran : le scénario vénézuélien jugé improbable sans intervention au sol
Le président américain Donald Trump promeut l’opération au Venezuela comme un modèle « idéal » de changement de régime, établissant une comparaison directe avec la situation en Iran. Dans un entretien accordé au New York Times dimanche dernier, il a affirmé : « Ce que nous avons fait au Venezuela est, selon moi, le scénario parfait. »
Toutefois, selon les analyses de CNN, les opérations militaires à Caracas et à Téhéran diffèrent radicalement. Au Venezuela, les frappes ont été chirurgicales, visant à appuyer les forces spéciales américaines dans la capture du dirigeant Nicolás Maduro. Cette action a entraîné un basculement immédiat de sa vice-présidente, Delcy Rodríguez, qui a promptement accueilli les initiatives américaines.
En Iran, l’offensive aérospatiale américano-israélienne a été d’une envergure bien supérieure, entraînant la mort du Guide suprême Ali Khamenei et de centaines d’autres responsables. Cela a déclenché une vague de représailles iraniennes massives à travers tout le Moyen-Orient, une riposte probablement planifiée par Téhéran depuis des semaines. Parallèlement, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a exclu tout dialogue, signifiant clairement que le commandement restant privilégierait le combat plutôt que de se soumettre aux diktats de Washington.
Les analystes soulignent que l’évolution du conflit reste imprévisible et que le système iranien présente peu de similitudes avec le gouvernement de Maduro. Bien que Khamenei ait été au sommet de la pyramide, le pouvoir en Iran est largement décentralisé entre les institutions militaires, le clergé et divers organes politiques. Selon le professeur Vali Nasr de l’université Johns Hopkins, « le système est conçu pour fonctionner efficacement même en cas d’élimination de la haute direction. » Israël a d’ailleurs affirmé avoir tué 40 hauts commandants militaires dès la première vague de frappes.
Contrairement au Venezuela, l’appareil d’État iranien est imprégné d’idéologies radicales. Pour de nombreux experts, les successeurs potentiels pourraient chercher à asseoir leur légitimité interne en adoptant des positions encore plus extrêmes que celles de Khamenei. Aniseh Bassiri Tabrizi, analyste chez Control Risks, prévient : « Durant cette phase de transition, il est fort probable que les nouveaux dirigeants, notamment au sein du CGRI, fassent preuve d’une agressivité accrue. »
Alors que les officiels américains assurent que la guerre ne vise pas un changement de régime, Trump a exhorté le peuple iranien à prendre le contrôle de son pays, affirmant disposer de « trois excellentes options » pour la future gouvernance de l’Iran, sans toutefois les nommer. À l’inverse du Venezuela, il n’existe pas de dauphin naturel prêt à collaborer avec Washington. La vacance du pouvoir a ouvert un processus de délibération interne totalement hors de contrôle des États-Unis.
En l’absence d’une opposition locale dotée d’une force militaire capable de rivaliser avec le CGRI ou les milices Bassidj — contrairement à la situation en Syrie en 2024 — le changement de régime reste hypothétique. Pour Sanam Vakil de Chatham House, tout futur dirigeant devra impérativement obtenir l’aval de l’appareil sécuritaire.
Enfin, l’histoire démontre que les campagnes de bombardements sans troupes au sol n’aboutissent que rarement à une démocratisation ou à des réformes durables. Robert Pape, professeur à l’université de Chicago, souligne que si le succès tactique est souvent au rendez-vous, le succès stratégique est plus incertain. Les frappes aériennes, loin d’encourager les soulèvements populaires, ont tendance à susciter la peur et à favoriser les discours nationalistes, renforçant ainsi la résilience du régime ou menant à une instabilité chronique.
