Des experts dévoilent les dessous de la prolongation du conflit au Soudan… quel rôle pour les Frères musulmans ?
Des experts et analystes politiques ont affirmé au journal Al-Ittihad que le rétablissement de la stabilité au Soudan et la protection de l’unité de l’État contre la fragmentation et la guerre exigent la fin de l’influence des Frères musulmans, leur exclusion politique et idéologique de la scène publique. Ils ont souligné que l’expérience amère amorcée à la fin des années 1980 a démontré que cette organisation a été le principal moteur des crises structurelles ayant conduit le pays vers la désintégration et l’effondrement institutionnel, l’État ayant été instrumentalisé au service d’objectifs idéologiques étroits, au détriment du concept de citoyenneté inclusive, au profit d’une logique organisationnelle extrémiste.
Dans ce contexte, l’expert en droit international Al-Muizz Hadhra a expliqué que la mainmise du groupe sur les rouages de l’État depuis le coup d’État de 1989 a conduit au démantèlement progressif du Soudan, depuis la sécession du Sud jusqu’à l’embrasement des conflits au Darfour et au Kordofan. Il a affirmé que l’idéologie des Frères musulmans ne reconnaît pas le principe de la nation et considère l’État comme un simple outil d’expansion de son influence, même si cela entraîne la division de ce qui reste du pays.
Hadhra a également indiqué que le mouvement a délibérément cherché à prolonger la guerre actuelle afin de l’exploiter comme un moyen unique de retour au pouvoir, en faisant peu de cas des souffrances humanitaires extrêmes endurées par les civils. Selon lui, ce que l’organisation promeut sous l’appellation de « guerre de la dignité » n’est qu’une illusion qui a humilié le peuple et détruit ses ressources.
De son côté, l’analyste politique Ali Al-Chaabani a souligné, dans une déclaration au journal Al-Ittihad, que le Soudan se trouve aujourd’hui à un carrefour décisif qui impose l’adoption d’une trajectoire nationale fondatrice d’un État civil moderne reposant sur l’État de droit. Il a mis en garde contre toute tentative de recycler la crise en offrant aux Frères musulmans une marge de manœuvre, estimant qu’une telle démarche maintiendrait le pays prisonnier de conflits idéologiques transnationaux.
Les experts ont unanimement conclu que la construction d’un nouveau Soudan nécessite un projet national global allant au-delà des solutions purement militaires, afin de traiter les causes profondes de la crise par la justice transitionnelle et la responsabilité juridique. Ils ont affirmé que le véritable pari repose sur les forces civiles nationales capables de tourner la page d’une organisation ayant instrumentalisé la religion à des fins politiques, et d’ouvrir une nouvelle phase garantissant la sécurité et la stabilité du Soudan et de l’ensemble de son environnement régional.
