Des avertissements américains remettent le dossier de l’État islamique en Libye au premier plan, au milieu de craintes d’un retour silencieux
Le dossier de l’organisation « État islamique » en Libye s’impose de nouveau sur la scène sécuritaire, dans un contexte de montée des avertissements internationaux concernant une activité croissante du groupe, après des années de recul à la suite de la perte de ses principaux bastions dans la ville de Syrte.
Ces indicateurs suscitent une inquiétude croissante au sein des milieux libyens, en particulier face à la persistance de la fragilité sécuritaire et de la division politique qui entrave l’élaboration d’une stratégie unifiée de lutte contre le terrorisme.
Selon ce qu’a rapporté le journal Asharq Al-Awsat, ces avertissements émanent principalement du commandement militaire américain en Afrique, United States Africa Command (AFRICOM), qui a affirmé via ses plateformes médiatiques que l’organisation a commencé à reprendre ses activités « discrètement », en tirant parti des réseaux de trafic d’êtres humains et des routes de migration irrégulière dans le pays.
Les données indiquent que cette activité ne prend plus une forme publique comme auparavant, mais repose plutôt sur la reconstruction progressive de cellules, en exploitant les vides sécuritaires présents dans les régions du sud libyen, ce qui reflète un changement de stratégie du groupe vers un travail clandestin de long terme plutôt qu’un contrôle territorial direct.
L’avertissement américain a également relancé le débat en Libye sur la possibilité d’un retour de l’organisation, plusieurs anciens combattants de l’opération « Al-Bunyan Al-Marsous », qui a mis fin à la présence de « l’État islamique » à Syrte en 2016, ayant confirmé que la menace du groupe n’a jamais réellement disparu, mais est restée latente et susceptible de réapparaître dès que les conditions favorables sont réunies.
Ces témoignages soulignent que les frappes militaires, malgré leur efficacité dans le démantèlement de la structure visible de l’organisation, n’ont pas réussi à éliminer ses réseaux dormants, qui ont conservé un certain degré de préparation permettant un redéploiement, en particulier dans un contexte de faible coordination sécuritaire entre les parties libyennes en conflit.
Plusieurs acteurs sécuritaires s’accordent par ailleurs à dire que la persistance de la division politique entre l’est et l’ouest de la Libye constitue un facteur déterminant dans la résurgence de la menace, en créant un environnement permissif que l’organisation peut exploiter pour réorganiser ses rangs et réintégrer progressivement la scène sécuritaire.
Les inquiétudes sont également renforcées par des rapports faisant état de liens entre l’activité de « l’État islamique » en Libye et ses extensions dans la région du Sahel africain, où des camps d’entraînement et des relations logistiques ont été observés avec des groupes armés dans des pays tels que le Mali, le Niger et le Burkina Faso, ce qui indique la formation d’un espace régional ouvert aux mouvements du groupe.
Parmi les indicateurs préoccupants figure également ce qu’ont annoncé les autorités tunisiennes concernant le retour de plusieurs combattants précédemment impliqués au sein de l’organisation, ce qui pose des défis supplémentaires liés au passage des éléments à travers les frontières et à la possibilité de leur réintégration dans des réseaux extrémistes en Libye et dans la région du Maghreb.
Ces développements révèlent que l’organisation « État islamique » adopte aujourd’hui une stratégie de « repositionnement silencieux », fondée sur l’exploitation du chaos politique et l’utilisation de réseaux informels, plutôt que sur l’affrontement direct, ce qui rend sa détection plus complexe et accroît son danger à moyen terme.
