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Démantèlement progressif de l’influence des islamistes… Al-Burhan ouvre-t-il une longue bataille par la porte de la Brigade Al-Baraa ?


La décision de Abdel Fattah al‑Burhan de dissoudre la Brigade Al-Baraa ibn Malik ne peut être comprise indépendamment d’un contexte plus large de transformations que connaît le Soudan, où le commandement militaire s’oriente vers une redéfinition des frontières de l’influence au sein de l’État, au premier rang desquelles figure l’influence du courant islamiste. Dans cette perspective, cette mesure pourrait marquer le début d’un long processus d’actions visant à démanteler progressivement cette influence.

Depuis la chute du régime de Omar el-Bechir, le courant islamiste est demeuré présent sur la scène, malgré les tentatives de l’en écarter. Cette présence ne s’explique pas seulement par un long héritage de contrôle, mais aussi par la capacité de ce courant à s’adapter et à reconstruire ses réseaux au sein des institutions. Avec l’éclatement de la guerre, ce courant est revenu en force, profitant du besoin de soutien de l’armée et du vide créé par la crise.

Cependant, cette présence n’a pas été entièrement bien accueillie au sein du commandement militaire, qui a commencé à y voir une menace potentielle. Ainsi, la décision de dissoudre la Brigade Al-Baraa ibn Malik peut être considérée comme la première étape d’une série de mesures visant à réduire l’influence des islamistes.

Le premier axe de cette stratégie consiste à cibler les bras armés. Des formations telles que la Brigade Al-Baraa constituent des instruments efficaces d’influence, en raison de leur capacité à agir sur le terrain. Leur démantèlement signifie donc l’affaiblissement de la capacité opérationnelle du courant islamiste et la réduction de son rôle dans l’équation militaire.

Le deuxième axe concerne la restructuration des institutions. Après la réduction de l’influence militaire, le commandement pourrait s’orienter vers un réexamen des positions occupées par les islamistes au sein des institutions de l’État, qu’elles soient civiles ou sécuritaires. Ce processus peut être progressif, mais il vise en fin de compte à reconfigurer les centres de décision.

Le troisième axe porte sur la recomposition du discours politique. L’éloignement du courant islamiste pourrait s’accompagner de la promotion d’un nouveau discours mettant l’accent sur l’État civil et sur la nécessité de s’éloigner de l’idéologie. Ce discours pourrait viser à obtenir un soutien interne et externe, notamment de la part des acteurs qui considèrent les islamistes comme un obstacle à la stabilité.

Néanmoins, cette stratégie se heurte à des défis majeurs. Le courant islamiste n’est pas une simple organisation, mais un vaste réseau de relations qui s’étend à la société et à certaines institutions de l’État. Son démantèlement exige donc des efforts considérables et pourrait provoquer de fortes réactions.
Ces mesures peuvent également créer un vide dans certains postes, ce qui pourrait entraîner des perturbations dans le fonctionnement institutionnel si ce vide n’est pas rapidement comblé. Par conséquent, la réussite de cette stratégie dépend de l’existence d’un plan clair et d’une capacité d’exécution.

En parallèle, le courant islamiste pourrait chercher à s’adapter à ces évolutions en se réorganisant ou en nouant de nouvelles alliances. Cette adaptation pourrait atténuer l’effet des mesures sans pour autant faire disparaître les tensions.

En définitive, la décision de dissoudre la Brigade Al-Baraa ibn Malik pourrait marquer le début d’une longue bataille, une bataille qui ne se tranchera pas rapidement, mais qui exigera du temps et pourrait comporter de nombreuses surprises.

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