De vastes initiatives européennes révèlent la cartographie de la présence des Frères musulmans sur le continent et leurs sources de financement
La scène européenne semble à l’aube d’une phase décisive dans la confrontation avec l’influence de l’organisation des Frères musulmans. Les appels et orientations au sein des institutions de l’Union européenne se multiplient en faveur de la désignation du groupe elle-même comme organisation terroriste, au-delà de la simple interdiction d’associations ou de structures qui lui sont liées. Ces démarches se sont récemment accélérées sous l’effet d’un sentiment croissant, en Occident, du risque idéologique et financier que représenterait l’organisation, ainsi que de la nécessité de l’inscrire sur la liste européenne des organisations terroristes.
Une série d’évolutions montre que les initiatives européennes contre les Frères musulmans ne sont plus lentes ni sélectives comme par le passé, mais s’inscrivent désormais dans une stratégie claire visant à sortir l’organisation de l’ambiguïté juridique qui lui a permis, pendant des années, de s’implanter au sein des sociétés et des sphères politiques européennes à travers des façades d’« associations et organisations religieuses » agissant parfois comme des relais indirects du groupe.
À Bruxelles, le siège de la Commission européenne a été le théâtre d’une manifestation réclamant l’inscription des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes. Les organisateurs ont qualifié le groupe d’« idéologie expansionniste et destructrice » exploitant les failles juridiques pour financer ses activités, s’infiltrer dans les institutions et alimenter les divisions au sein de la société européenne.
Les intervenants ont également vivement critiqué le fait que des entités liées au groupe aient bénéficié de millions d’euros issus de financements européens dans le cadre de programmes civils, ce que les détracteurs du mouvement considèrent comme une exploitation préoccupante des ressources de la société européenne.
Dans une démarche considérée comme l’une des plus significatives à l’échelle du continent, l’Assemblée nationale française a voté le 22 janvier 2026 à une large majorité en faveur d’une recommandation visant à inscrire les Frères musulmans sur les listes européennes des organisations terroristes. Les députés ont estimé que le groupe constitue une « menace idéologique mondiale » pour les valeurs de l’Union européenne et pour l’ordre juridique civil, considérant qu’elle promeut une séparation politico-religieuse et remet en cause la primauté de l’État de droit.
De son côté, l’Allemagne a annoncé l’interdiction de l’association islamique « Inter Aktiv », présentée comme liée aux Frères musulmans. Les autorités l’ont accusé de s’opposer à l’ordre constitutionnel, de rejeter le principe démocratique et d’appeler à l’établissement d’un califat. Des perquisitions ont également été menées dans d’autres institutions pour des motifs similaires, signalant un durcissement notable de la surveillance allemande visant à réduire la présence du groupe sur son territoire.
Par ailleurs, la présence des Frères musulmans au Royaume-Uni figure parmi les principales sources d’inquiétude en Europe. Londres est souvent considérée comme l’un des principaux bastions de l’organisation sur le continent, ce qui se reflète dans l’existence d’environ soixante organisations et associations liées au groupe au sein de la société civile britannique. Des estimations évoquent des ressources financières atteignant plusieurs milliards de dollars, issues d’activités directes et indirectes.
Ces évolutions interviennent dans un contexte de préoccupations croissantes dans des pays tels que l’Autriche et l’Irlande, ainsi qu’au niveau de l’Union européenne dans son ensemble, quant à l’influence grandissante des Frères musulmans au sein des communautés musulmanes et à son impact potentiel sur la cohésion sociale et politique. Les cartographies historiques de la présence du groupe et de ses réseaux en Europe montrent que cette influence ne relève pas d’un phénomène ponctuel, mais d’un réseau complexe d’organisations et de relations s’étendant des années 1950 jusqu’à aujourd’hui.
