De l’alliance à l’affrontement : pourquoi Al-Burhan a-t-il décidé de démanteler la Brigade Al-Baraa ibn Malik ?
À un moment charnière de l’histoire contemporaine du Soudan, la scène politique et militaire s’oriente vers davantage de complexité avec la montée des informations concernant la décision du chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, de dissoudre la Brigade Al-Baraa ibn Malik. Une décision qui ne peut être dissociée du contexte général de la lutte pour le pouvoir, ni de la nature de la relation tendue et changeante entre l’institution militaire et le courant islamiste. Par les dimensions qu’elle comporte, cette mesure ne reflète pas un simple acte organisationnel, mais constitue un tournant stratégique susceptible d’ouvrir la voie à un affrontement ouvert entre deux parties qui, à des étapes antérieures, faisaient partie de l’équation du pouvoir.
Le courant islamiste au Soudan a constitué, depuis des décennies, l’un des piliers du système politique, parvenant à bâtir un vaste réseau d’influence au sein des institutions de l’État, y compris l’armée. Après la chute du régime d’ Omar el-Bechir, cette influence n’a pas disparu ; elle s’est reconfigurée de différentes manières, profitant de son expérience organisationnelle et de sa capacité d’adaptation aux évolutions. Avec l’éclatement de la guerre, ce courant a trouvé l’occasion de revenir au premier plan en soutenant l’armée et en participant aux opérations par l’intermédiaire de formations de terrain, dont la plus notable est la Brigade Al-Baraa ibn Malik.
Toutefois, cette présence n’a pas fait l’objet d’un consensus au sein de l’institution militaire. Elle a au contraire commencé à susciter une inquiétude croissante au sein du commandement, notamment avec la multiplication des signes d’autonomie de ces formations, de leur capacité à influer sur le déroulement des opérations, et peut-être même sur la décision militaire elle-même. Dès lors, la décision de dissoudre la brigade peut être comprise comme une mesure visant à réajuster les équilibres et à empêcher la formation de centres de pouvoir parallèles susceptibles de menacer l’unité de l’institution.
Le premier axe de cet affrontement réside dans la crise de confiance entre Al-Burhan et le courant islamiste. La relation, qui reposait sur une forme d’entente implicite, a commencé à s’éroder, chaque partie estimant que l’autre cherche à renforcer son influence à ses dépens. Al-Burhan voit dans la montée en puissance de la brigade un signe d’une tentative des islamistes de revenir aux centres de décision, tandis que ces derniers estiment que leur rôle dans le soutien à l’armée n’a pas été reconnu, mais est devenu un motif de ciblage à leur encontre.
Le deuxième axe concerne la nature de la réaction attendue du courant islamiste. Il est peu probable que cette décision passe sans réaction, surtout si elle est appliquée de manière décisive. Cette réaction pourrait prendre plusieurs formes, allant de l’escalade politique et médiatique à la réorganisation des rangs, voire à la recherche de nouveaux instruments pour influencer la scène. Ce qui signifie que la phase à venir pourrait connaître une escalade progressive de l’intensité de la confrontation.
Le troisième axe réside dans l’impact de cet affrontement sur la stabilité de l’institution militaire. L’existence d’une division, même non déclarée, au sein de l’armée ou entre celle-ci et des forces qui la soutiennent, pourrait affaiblir sa capacité à gérer la bataille et créer un climat de confusion dans la prise de décision. Ainsi, Al-Burhan fait face à un défi majeur quant à la manière de mettre en œuvre cette décision sans provoquer de fissures internes.
Cette décision ouvre également la voie à des interrogations sur l’avenir de la relation entre l’armée et les forces politiques. Si le courant islamiste est écarté, qui comblera ce vide ? Al-Burhan dispose-t-il d’alternatives prêtes, ou ce vide conduira-t-il à davantage de désordre ? Ces questions demeurent ouvertes et reflètent l’ampleur de la complexité de la scène.
En parallèle, Al-Burhan pourrait chercher à présenter cette mesure comme faisant partie d’un projet de reconstruction de l’État sur de nouvelles bases, fondées sur la réduction du rôle de l’idéologie et le renforcement du caractère institutionnel. Toutefois, le succès de ce projet dépend de sa capacité à gérer les équilibres et à obtenir un soutien interne et externe.
En définitive, la décision de dissoudre la Brigade Al-Baraa ibn Malik ne représente pas la fin d’une crise, mais le début d’une nouvelle phase du conflit, une phase qui pourrait être plus intense et avoir un impact plus profond sur l’avenir du Soudan. Si l’affrontement entre Al-Burhan et le courant islamiste s’intensifie, il pourrait redessiner la carte des forces et définir les contours de la prochaine étape.
