De la Russie et l’Ukraine à Reagan et Gorbatchev : l’histoire d’un hôtel qui réunit les adversaires à travers les décennies

Au cœur du quartier diplomatique de Genève se dresse un hôtel historique de grand luxe où, entre ses murs, se façonnent des compromis, s’éprouvent les intentions et se négocient certains des dossiers les plus complexes au monde.
L’InterContinental Genève accueille, ce mardi, un nouveau cycle de négociations russo-ukrainiennes, ajoutant ainsi un chapitre diplomatique supplémentaire à une histoire entamée depuis son ouverture en 1964.
Selon la chaîne Russia Today, l’établissement n’a jamais été un simple lieu d’hébergement prestigieux du quartier diplomatique, mais s’est imposé comme une « scène en coulisses » des discussions sensibles, complément pratique des salles du Palais des Nations voisin.
Hafez el-Assad, hôte régulier des tournants diplomatiques
Le nom de l’hôtel est associé à une série de sommets syro-américains auxquels le président syrien Hafez el-Assad a participé de manière constante.
Le 9 mai 1977, l’hôtel a ainsi accueilli sa rencontre avec le président américain Jimmy Carter pour discuter du conflit arabo-israélien.
La scène s’est répétée le 23 novembre 1990 avec le président George H. W. Bush, dans le contexte de l’après-invasion du Koweït, puis le 16 janvier 1994 lors d’un nouveau sommet entre Hafez el-Assad et le président Bill Clinton, dans le cadre des efforts visant à relancer le processus de paix syro-israélien.
Entre 1977 et 2000, l’hôtel a ainsi abrité quatre sommets syro-américains, s’imposant comme une plateforme stable de dialogue indirect entre Damas et Washington.
De la guerre froide à la détente nucléaire
Au plus fort de la guerre froide, l’hôtel a fait partie du décor du sommet de Genève de 1985 réunissant le président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev.
Ce sommet a ouvert la voie à une détente historique dans la course aux armements nucléaires et a posé les bases d’un processus qui s’est conclu par la signature du traité sur l’élimination des missiles à portée intermédiaire.
L’hôtel a également servi de prolongement opérationnel à la conférence de paix au Moyen-Orient, accueillant des réunions parallèles entre le ministre soviétique des Affaires étrangères Andreï Gromyko et le secrétaire d’État américain Henry Kissinger, tenues à l’écart des projecteurs officiels pendant plusieurs années.
Des tentatives pour éviter les guerres
À la veille du déclenchement de la première guerre du Golfe en 1991, l’hôtel a accueilli une rencontre entre le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz et le secrétaire d’État américain James Baker, dans une ultime tentative d’éviter l’affrontement militaire.
Le 12 septembre 2013, l’établissement a également réuni le secrétaire d’État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov pour discuter du dossier des armes chimiques en Syrie, à un moment de forte tension internationale qui a débouché sur des accords relatifs au traitement de l’arsenal chimique syrien.
Une halte pour les dirigeants du monde
Si le sommet de 2021 entre le président américain Joe Biden et le président russe Vladimir Poutine s’est officiellement tenu à la Villa La Grange, l’hôtel a accueilli les délégations accompagnatrices.
Il a par ailleurs hébergé ou reçu de nombreuses personnalités internationales, telles que Nelson Mandela, la princesse Diana, Indira Gandhi et le dalaï-lama, à l’occasion de leurs participations à des événements onusiens.
Bien plus qu’un hôtel
Grâce à sa proximité avec les sièges des organisations internationales et à la facilité de sécurisation des lieux, l’hôtel a également accueilli des réunions liées à l’OPEP ainsi que des conférences spécialisées des Nations unies, dont la conférence IEEE sur les télécommunications en 1993.
Aujourd’hui, en accueillant de nouvelles négociations russo-ukrainiennes, l’InterContinental Genève réaffirme son rôle historique : non pas un simple établissement hôtelier de luxe, mais un espace où se croisent les intérêts, où se gèrent les crises et où se testent les perspectives de paix. Dans ses couloirs commencent souvent des dynamiques qui infléchissent le cours de la politique internationale, bien avant leur officialisation.
