Politique

De groupes tactiques de bataillon aux divisions : la Russie réorganise son armée en Ukraine


Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année, la Russie a commencé à mettre en œuvre des changements fondamentaux dans la structure de ses forces terrestres, afin de s’adapter aux réalités du champ de bataille qui ont révélé les limites des hypothèses stratégiques sur lesquelles reposait le plan initial d’invasion.

Ces transformations interviennent après quatre années de combats intensifs qui ont contraint Moscou à réévaluer ses méthodes d’organisation et de combat au sein de son armée, selon le magazine National Interest.

Au lancement de l’opération militaire le 24 février 2022, les forces russes s’appuyaient principalement sur la doctrine des « groupes tactiques », des formations semi-permanentes d’environ mille soldats, équipées de véhicules blindés, d’artillerie et de capacités de combat interarmes leur permettant de mener des opérations de manière relativement autonome.

Cette doctrine reposait sur l’hypothèse selon laquelle les unités russes seraient mieux entraînées et mieux équipées que leurs adversaires, ce qui leur permettrait de manœuvrer rapidement, d’encercler l’ennemi et d’obtenir un avantage lors d’engagements locaux.

Cependant, cette hypothèse s’est rapidement affaiblie à mesure que les combats évoluaient. Depuis le début de la guerre, Moscou a engagé la plupart de ses unités d’élite sur le champ de bataille, notamment les forces aéroportées et les unités d’infanterie de marine.

Avec le temps, ces formations ont subi des pertes importantes, ce qui a entraîné l’érosion du noyau professionnel qui constituait l’épine dorsale des forces terrestres russes. Parallèlement, la baisse du niveau d’entraînement des nouvelles recrues a réduit l’efficacité du modèle du « groupe tactique », qui dépend essentiellement d’unités hautement qualifiées.

Pertes lourdes et tactiques rudimentaires

Les rapports indiquent que les pertes russes depuis le début de la guerre ont contraint l’armée à adapter ses méthodes de combat. Face à la diminution de sa capacité à mener des manœuvres complexes, les forces russes ont souvent recours à des tactiques offensives plus simples, notamment l’emploi de petites unités ou des assauts d’infanterie massifs contre des positions ukrainiennes fortifiées.

Cette situation a conduit à une sorte de cercle vicieux dans la gestion des ressources humaines militaires : la pénurie de soldats bien formés conduit à recruter des éléments moins qualifiés, ce qui augmente les pertes au combat et accentue ainsi la nécessité de mobiliser davantage de recrues pour combler les déficits sur les lignes de front.

Le passage au modèle des divisions

Dans une tentative de sortir de cette impasse, Moscou a commencé à évoluer progressivement vers un modèle organisationnel basé sur la « force divisionnaire », dans lequel la division devient la principale formation de combat, dotée des ressources humaines, logistiques et opérationnelles lui permettant d’agir de manière autonome ou en coordination avec des formations similaires.

Ce modèle vise à offrir une plus grande flexibilité tactique et une autonomie accrue sur le champ de bataille par rapport au modèle précédent fondé sur de petits groupes tactiques.

Certains analystes militaires estiment que cette approche pourrait accorder aux commandants sur le terrain une plus grande marge de manœuvre opérationnelle, à l’image de ce que certaines divisions blindées avaient démontré durant la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’elles parvenaient à percer des lignes défensives plus importantes grâce à leur flexibilité organisationnelle. Toutefois, les experts soulignent également que les différences de culture militaire et de conditions opérationnelles limitent la pertinence de cette comparaison historique.

Les défis de la transformation dans un contexte de guerre continue

Néanmoins, la transition vers le modèle divisionnaire se heurte à d’importants défis. La réorganisation des unités et leur formation selon ce concept nécessitent du temps ainsi qu’un espace sûr pour la reconstruction, deux éléments dont l’armée russe manque dans le contexte de combats quotidiens le long des lignes de contact.

De plus, la stratégie du Kremlin consistant à maintenir une pression constante sur les forces ukrainiennes réduit les possibilités de retirer des unités entières du front afin de les restructurer et de les réentraîner.

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