De Amini aux protestations des marchés en Iran… une même colère, avec un nouveau tournant frappant
L’Iran a connu, ces derniers jours, de vastes protestations qui ont débuté au bazar de Téhéran avant de s’étendre rapidement aux villes et aux universités, marquant les plus grands troubles depuis 2022.
Selon le magazine américain Foreign Policy, la cause directe de ces manifestations est la crise économique : la monnaie iranienne est tombée à près de 1,4 million de rials pour un dollar, l’inflation a dépassé 52 %, et le coût des biens essentiels est devenu supérieur aux capacités des citoyens ordinaires.
Le magazine s’interroge toutefois : cette nouvelle vague de protestations pourrait-elle, comme le mouvement de 2022, se transformer en défi durable pour le gouvernement iranien ?
La comparaison entre les deux cycles de mobilisation révèle à la fois continuité et évolution dans les dynamiques protestataires en Iran.
Un choc économique
Les manifestations de 2025 ont démarré avec un choc économique : l’effondrement du rial, l’accélération de l’inflation et la montée du chômage ont attisé la colère des commerçants, des détaillants, de la classe moyenne urbaine et des étudiants.
Au grand bazar de Téhéran, ainsi que dans les marchés de Lalehzar et d’Aladdin, les commerçants ont fermé leurs boutiques et sont descendus dans la rue, portant un message clair : l’effondrement économique et la mauvaise gestion politique sont indissociables.
Malgré leurs différences, les mouvements de 2022 et de 2025 partagent des points communs importants. Dans les deux cas, les protestations se sont rapidement propagées grâce aux réseaux sociaux, permettant la circulation d’images à travers l’Iran et au-delà.
En 2022, le mot-dièse « Amini » — en référence à Mahsa Amini, jeune Iranienne décédée en détention après avoir été arrêtée pour avoir retiré son voile — s’est diffusé à l’échelle mondiale. Cette fois, les vidéos montrant les grèves des bazars et les rassemblements étudiants ont de nouveau attiré l’attention internationale.
Dans les deux situations, l’État a réagi par la force : plus de 500 personnes ont été tuées et des milliers arrêtées en 2022, et des rapports évoquent déjà, dans les manifestations actuelles, une répression violente incluant des arrestations massives et des intimidations, selon le magazine.
Des différences notables
Les différences entre les deux mouvements restent toutefois significatives. Les protestations de 2025-2026 seraient « plus larges et plus profondes dès leur première phase ». Elles se sont propagées géographiquement à un éventail plus vaste, englobant de grandes villes comme Téhéran, Ispahan, Machhad et Hamadan, mais aussi des villes plus petites et des zones économiquement marginalisées. En 2022, surtout au début, elles concernaient principalement les grandes agglomérations.
Les manifestations de 2025-2026 ont mobilisé, dès leurs débuts, étudiants, travailleurs, femmes et minorités ethniques, laissant entrevoir un potentiel de mobilisation plus étendu dans un contexte économique difficile.
Un autre écart majeur tient au contexte international. En 2022, l’attention mondiale se concentrait sur les violations des droits humains, et les gouvernements occidentaux imposent des sanctions limitées.
À l’inverse, les protestations actuelles se déroulent dans un environnement géopolitique complètement différent. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et la relance de la stratégie de « pression maximale » ont accentué l’isolement économique. Sa disposition affichée à recourir à la force contre l’Iran, ainsi que son soutien à d’éventuelles frappes au-delà du programme nucléaire, ont aggravé la crise et déstabilisé les élites politiques.
Une évolution marquante
Le développement le plus frappant, fin 2025, a été l’évolution idéologique des slogans. Tandis que « Femme, vie, liberté » demeure puissant symboliquement, les slogans récents reflètent de plus en plus des sentiments monarchistes.
Des chants tels que « Javid Shah » (vive le roi) et « C’est la bataille finale / Pahlavi reviendra » ont été entendus dans les foyers de protestation.
Selon Foreign Policy, ces slogans traduisent un regain d’intérêt pour l’héritage Pahlavi et des appels explicites au retour du prince héritier Reza Pahlavi, marquant une rupture importante avec le cadre républicain dominant en 2022.
L’histoire montre que les protestations purement économiques réussissent rarement, à moins qu’elles ne se transforment en mouvements politiques plus vastes. L’histoire de l’Iran le confirme : les bazaris — la classe commerçante — ont joué un rôle central dans la révolution de 1979, ainsi que dans la révolution constitutionnelle de 1906.
Si les protestations actuelles de nature économique s’étendent davantage aux travailleurs et aux zones rurales, elles pourraient devenir un défi plus durable. Le régime semble en être conscient : les promesses de dialogue et la démission du gouverneur de la banque centrale traduisent des tentatives de contenir l’agitation avant qu’elle ne s’amplifie davantage, selon la même source.
