Politique

Dans les coulisses des premières heures après le 7 octobre : quelles consignes Khamenei a-t-il données à ses responsables à huis clos ?


Dès les premières heures suivant les attaques du 7 octobre 2023, l’Iran a annoncé son soutien à ce qu’il a qualifié de « défense légitime du peuple palestinien », tout en niant toute participation directe à la planification ou à l’exécution de l’opération.

Les détails des discussions menées à huis clos autour de l’ancien Guide suprême iranien, Ali Khamenei, après l’attaque révèlent toutefois des calculs plus prudents. Il a maintenu son soutien politique et médiatique au Hamas, mais refusé d’assumer les conséquences d’un engagement direct dans la guerre à ses côtés.

Une source iranienne informée des discussions internes sur la position de Téhéran a indiqué que son pays avait cherché, dès le début de la confrontation, à affirmer qu’il n’avait pas participé à la préparation de l’attaque. Il l’avait néanmoins saluée dès son déclenchement comme un tournant dans la confrontation avec Israël.

La source a ajouté que des instructions avaient été données pour organiser des célébrations dans les rues et que de grandes banderoles avaient été installées dans les heures suivant l’attaque.

Selon elle, le principal paradoxe de la position iranienne résidait dans la distinction entre l’approbation politique de l’attaque et la volonté d’en assumer le coût militaire. Elle a souligné que les dirigeants iraniens n’étaient pas prêts à entrer dans une guerre directe pour le Hamas, malgré les années de soutien financier, militaire et politique apporté au mouvement.

Téhéran aurait ainsi abordé les développements du conflit selon une stratégie visant à préserver ses intérêts géopolitiques, à maintenir la confrontation à un niveau maîtrisable et à s’appuyer sur son réseau d’alliés et de groupes armés dans la région, plutôt qu’à s’engager lui-même dans une confrontation ouverte avec Israël et les États-Unis.

Khamenei a précisé à Haniyeh les limites du soutien iranien

Selon les informations consultées par la source, lors d’une réunion à Téhéran entre Ali Khamenei et Ismaïl Haniyeh, alors chef du bureau politique du Hamas, ce dernier a été clairement informé que l’Iran n’entrerait pas en guerre à la place du mouvement.

La source a indiqué que Khamenei avait fondé sa position sur le fait que le Hamas n’avait pas préalablement informé les dirigeants iraniens de sa décision de mener l’attaque du 7 octobre. Téhéran ne se considérait donc pas tenu de s’engager dans une confrontation militaire directe à la suite d’une décision prise de manière indépendante par le mouvement.

Selon la source, Khamenei a limité le rôle iranien au soutien politique et médiatique au Hamas, tout en insistant sur la nécessité de faire cesser les appels à une entrée directe de l’Iran ou du Hezbollah dans la guerre. L’objectif était de maintenir l’escalade dans des limites qui n’entraîneraient pas une confrontation régionale généralisée.

Cela montre, selon elle, que les calculs de Téhéran après le 7 octobre ne correspondaient pas entièrement à ceux de la branche militaire du Hamas, qui comptait sur la possibilité d’un élargissement de la confrontation et de l’entrée en guerre d’acteurs régionaux.

Des contacts avant l’attaque

Ces éléments font écho aux informations publiées par le New York Times sur des contacts antérieurs à l’attaque du 7 octobre. Le quotidien américain a indiqué que le dirigeant du Hamas Khalil al-Hayya avait discuté du projet d’attaque avec Mohammad Saïd Izadi, responsable des Gardiens de la révolution iraniens, en juillet 2023.

Selon le rapport, la position attribuée à la partie iranienne lors de ces échanges indiquait que l’Iran et le Hezbollah accueillaient favorablement le projet sur le principe, tout en estimant avoir besoin de davantage de temps pour réunir les conditions appropriées.

Cela ne signifie pas nécessairement que Téhéran a directement participé à la décision de lancer l’attaque ou aux opérations militaires. Ces informations indiquent néanmoins l’existence de contacts entre des dirigeants du Hamas et des responsables iraniens avant l’attaque, ce qui complique le récit iranien selon lequel Téhéran n’avait pas connaissance de l’opération à l’avance.

Pour l’Iran, le Hamas était un allié, pas un partenaire de guerre

La source iranienne estime que les événements survenus après le 7 octobre ont clairement révélé les limites de la relation entre Téhéran et le Hamas. Elle explique que le régime iranien considère le mouvement comme un allié sur lequel il peut s’appuyer au sein de son réseau d’influence régional, mais pas comme un partenaire dont la défense obligerait l’Iran à mener une guerre directe.

Selon elle, cette conception est devenue plus manifeste après le déclenchement de la guerre, lorsque les dirigeants iraniens ont choisi de ne pas passer du soutien politique et militaire indirect à une participation directe, malgré la multiplication des appels à élargir la confrontation dans les rangs du Hamas et parmi ses alliés.

La source a ajouté que les calculs iraniens étaient également liés à la situation intérieure. Le pays faisait face à des crises économiques et sociales ainsi qu’à des pressions politiques. Selon son appréciation, l’entrée dans une guerre de grande ampleur ne bénéficiait pas d’un soutien intérieur suffisant pour permettre au régime d’en assumer le coût.

Les calculs du Hamas se sont heurtés à la position iranienne

Selon la source, le Hamas a mal évalué l’ampleur de la riposte israélienne et ne disposait d’aucune garantie réelle que l’Iran et le Hezbollah s’engageraient dans une confrontation directe dès le début de la guerre.

Le mouvement aurait parié sur l’ouverture de plusieurs fronts ou sur une intervention militaire d’acteurs régionaux à la suite de l’attaque. Mais l’Iran a choisi, dès le départ, de rester à distance de la guerre directe, tandis que la participation du Hezbollah s’est limitée au front libanais, selon ses propres calculs.

La source ajoute que cette situation a confronté le Hamas à une réalité différente de ses prévisions initiales : la confrontation s’est transformée en une guerre de grande ampleur dans la bande de Gaza, tandis que le soutien iranien est resté en deçà d’une implication directe dans le conflit.

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