Daech au cœur du Niger : les messages de sang dessinent la carte de l’infiltration
À l’aéroport de la capitale nigérienne, Daech a frappé, et le choix du lieu semblait trop explicite pour être dissimulé derrière une attaque isolée, menée à proximité immédiate d’un site stratégique abritant un quartier général de lutte contre le terrorisme.
Si les coordonnées exactes de l’attaque renvoient à l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, la géographie des lieux révèle des messages écrits par les terroristes dans le feu de l’action, adressés non seulement au Niger, mais aussi à ses alliés dans la lutte antiterroriste, le Mali et le Burkina Faso.
L’aéroport de Niamey se situe à moins de dix kilomètres de la présidence nigérienne, un site stratégique qui abrite une base de l’armée de l’air, une base récente de drones, ainsi que le quartier général de la force conjointe créée par le Niger, le Burkina Faso et le Mali pour combattre les groupes terroristes.
Vendredi, l’organisation État islamique a revendiqué l’attaque contre l’aéroport de Niamey, après que le conseil militaire au pouvoir a accusé la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire d’avoir soutenu les auteurs de l’opération, tout en remerciant la Russie pour son aide dans la riposte.
Auparavant, le conseil militaire nigérien avait annoncé que des hommes armés avaient attaqué l’aéroport de Niamey, déclenchant des affrontements avec l’armée, qui ont fait quatre blessés parmi les militaires. Il a indiqué que ses forces avaient tué vingt assaillants, dont un Français, et arrêté plusieurs autres.
Le site spécialisé « Site », qui surveille les mouvements des organisations extrémistes, a relayé un communiqué de Daech revendiquant l’opération.
Depuis près de dix ans, Daech et Al-Qaïda, à travers sa branche locale, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, mènent des attaques dans l’ouest du Niger, mais leurs opérations atteignent rarement la capitale.
Le message du lieu
Selon des observateurs, il s’agit de la première attaque de cette ampleur revendiquée par Daech à Niamey, dans la région du Sahel, bien que la capitale nigérienne ait déjà connu des incidents sécuritaires par le passé.
En octobre 2025, un citoyen américain avait été enlevé, et quelques jours auparavant, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, avait revendiqué la destruction d’un véhicule près de la ville de Parkiawal, à environ vingt kilomètres de Niamey.
Toutes ces attaques étaient clairement localisées, mais de nombreuses interrogations demeurent quant à l’assaut contre l’aéroport de Niamey, où les affrontements entre les terroristes et l’armée ont duré près d’une heure.
Selon les autorités nigériennes, les forces de défense et de sécurité ont repoussé l’avancée des assaillants arrivés à moto, en lançant une contre-offensive terrestre et aérienne. Il n’est toutefois pas encore établi si les attaquants ont utilisé des drones ni s’ils visaient des aéronefs militaires nigériens.
D’après Radio France Internationale, de nombreux analystes privilégient cette hypothèse sans pouvoir la confirmer, tout en s’accordant sur la portée symbolique de l’attaque dans la zone de l’aéroport international, qui abrite également la base aérienne nigérienne 101 et le quartier général des forces de sécurité, où sont présents des partenaires russes ayant participé à la riposte.
L’aéroport abrite également actuellement une importante cargaison d’uranium produit au Niger, en attente d’exportation, objet d’un différend entre l’État nigérien et le géant français du nucléaire Orano, qui accuse le gouvernement de s’être approprié cette cargaison lui appartenant.
Des habitants vivant à proximité de l’aéroport ont rapporté avoir entendu, dans la nuit de mercredi à jeudi, des tirs et des explosions avant que le calme ne revienne environ une heure plus tard.
« Mercenaires »
Le président du conseil militaire nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a déclaré dans une allocution diffusée par la radio publique « La Voix du Sahel » : « Nous félicitons les forces de défense et de sécurité ainsi que nos partenaires russes qui ont défendu avec professionnalisme leur périmètre de sécurité ».
Il a ajouté : « Nous rappelons aux commanditaires de ces mercenaires, notamment Emmanuel Macron, Patrice Talon, président du Bénin, et Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, que nous avons suffisamment entendu leurs hurlements ; qu’ils se préparent à nous entendre à leur tour ».
Les relations sont extrêmement tendues entre la France et le conseil militaire arrivé au pouvoir au Niger à la suite du coup d’État du 26 juillet 2023. Les autorités nigériennes accusent régulièrement la France et le Bénin de chercher à déstabiliser le pays, ce que ces deux États démentent.
Le Niger s’est, par ailleurs, rapproché de nouveaux partenaires, parmi lesquels la Russie.
Dans un communiqué, le ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Modi, a indiqué qu’« un groupe de mercenaires » avait attaqué la base 101 de Niamey pendant trente minutes, avant d’être repoussé « par des moyens terrestres et aériens ».
Il a précisé que quatre militaires avaient été blessés et que des dégâts matériels avaient été enregistrés, notamment l’incendie d’un dépôt de munitions, ajoutant que les assaillants avaient tiré, lors de leur fuite, sur trois avions civils.
Selon le ministre, la riposte a entraîné la mort de vingt mercenaires et l’arrestation de onze autres, dont la majorité souffrent de blessures graves.
La télévision publique a diffusé des images de l’aéroport, visité par le chef du conseil militaire. Des corps gisant au sol y étaient visibles, présentés comme ceux des assaillants, « parmi lesquels se trouvait un Français ».
Le groupe de journalistes ouest-africains spécialisés dans les affaires du Sahel, « Wamaps », indique qu’environ 300 soldats italiens sont stationnés sur la base militaire de l’aéroport dans le cadre de la mission italienne de soutien au Niger, baptisée « MISIN ».
