Politique

Combat des ballons : la guerre secrète des Soviétiques contre les fantômes du ciel


Dans le ciel de la guerre froide, les avions n’étaient pas les seuls à définir l’équilibre des forces ; d’étranges escadrilles dérivaient lentement, transportant en leur sein secrets et dangers.

Depuis 1956, les ballons de reconnaissance lancés par l’Ouest et dérivant vers les territoires du Pacte de Varsovie sont devenus un cauchemar pour l’état-major soviétique.

Certains de ces ballons ont pénétré jusqu’à 1 200 miles à l’intérieur du territoire soviétique. Ils transportaient souvent des tracts de propagande, parfois des équipements d’espionnage, voire des bombes, transformant ainsi le ciel en un champ de bataille insolite, selon ce qu’a rapporté le site « The War Zone » (TWZ).

Bien avant qu’un pilote américain n’abatte le célèbre ballon chinois au-dessus de la Caroline du Sud, près de sept décennies plus tard, les Soviétiques furent les premiers à mener une guerre non déclarée contre ces cibles insaisissables, qui s’infiltraient dans leur territoire comme des fantômes.

Tactiques russes

Selon les archives russes, 4 112 ballons ont été interceptés entre 1956 et 1977. Leur destruction nécessita parfois des méthodes peu conventionnelles :

  • Des chasseurs spécialement modifiés, capables de voler aux confins de l’espace.
  • Des armes laser secrètes installées sur des avions géants.
  • Des combats aériens étranges, mobilisant des centaines de tirs pour abattre un seul ballon.

D’après des sources russes, 793 de ces ballons ont été détruits par des avions de chasse.

Si certains provenaient d’organismes civils de recherche, la majorité servait des objectifs militaires.

Le pic de l’activité

Le défi atteignit son apogée en 1956, lorsque 3 000 ballons envahirent l’espace aérien soviétique au moment du 20e congrès du Parti communiste, comme un message provocateur en pleine période historique sensible.

Lors d’une période d’essai du 11 août au 14 septembre 1975, 11 ballons furent détectés dans le ciel soviétique à des altitudes comprises entre 36 000 et 46 000 pieds.

Ils furent interceptés par des avions de défense aérienne tels que les MiG-19, MiG-21, Tu-128 et Su-15TM. Parfois, plus de 12 appareils étaient mobilisés pour neutraliser un seul ballon.

Huit ballons furent abattus, l’équipement de deux autres détruit, tandis qu’un seul s’en sortit indemne.

La consommation moyenne de munitions par ballon était élevée : 1,4 missile air-air, 26 roquettes non guidées et 112 obus de canon. Un coût exorbitant pour des ballons dont la charge était inconnue.

Des fantômes pour chasser les ballons

Pour abattre ces cibles, les Soviétiques durent concevoir des avions jamais vus auparavant. Le développement de chasseurs intercepteurs débuta au début des années 1970, dont :

Yak-25PA : dérivé du Yak-25RV « Mandrake », un avion de reconnaissance en haute altitude soviétique similaire au U-2 américain. Il était équipé d’un canon rotatif tirant vers le ciel, mais échoua à atteindre les altitudes souhaitées.

M-17 « Mystic-A » : avion à moteur unique pouvant voler à 70 000 pieds. Il s’écrasa lors de son premier essai, tuant le pilote.

A-60 : monstre laser volant, capable de brûler les ballons à 25 miles de distance, mais il prit feu avant de démontrer sa pleine efficacité.

Fin de la chasse ou début d’une nouvelle ère ?

Avec la fin de la guerre froide, les ballons disparurent, mais les technologies issues de cette bataille insolite ne sont pas mortes.

Le M-17 fut reconverti en plateforme de recherche civile.

Quant au projet A-60, il fut réactivé à l’ère moderne comme arme laser contre les satellites. Un exemplaire est toujours en service sous le nom de « Geofizika ».

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