Base dans l’ombre : comment des enquêtes internationales ont révélé un rôle égypto-turc non déclaré dans la guerre du Soudan
Une enquête publiée par le New York Times met en lumière des données préoccupantes sur le rôle régional non déclaré que joue l’Égypte dans la guerre soudanaise, via ce que le reportage décrit comme une base aérienne secrète dans la région de Sharq al-Oweinat, sur le territoire égyptien, utilisée pour faire opérer des drones avancés au profit de l’armée soudanaise. Fondée sur des images satellites, des sources du renseignement occidental et d’anciens responsables militaires, l’enquête ouvre un vaste champ de questionnements sur la nature de ce rôle, ses limites et ses répercussions sur la sécurité régionale, notamment au regard d’un soutien technique turc direct évoqué dans le reportage.
Selon l’enquête, la base supposée se situe dans une zone reculée du désert occidental égyptien, éloignée des agglomérations, lui permettant de fonctionner avec un haut degré de secret. Les preuves présentées dans le rapport indiquent l’existence d’infrastructures modernes comprenant des pistes courtes adaptées, des hangars fortifiés et des systèmes de communication avancés, compatibles avec l’exploitation de drones turcs de type Akinci, connus pour leur capacité à mener des frappes de longue portée et à transporter des munitions guidées avec précision.
Ce qui retient particulièrement l’attention dans le reportage, c’est la corrélation directe établie entre cette base et les opérations aériennes menées dans le cœur du Soudan au cours des derniers mois, visant notamment des positions des Forces de soutien rapide, et ayant suscité des interrogations chez les observateurs militaires quant à l’origine de ces frappes, eu égard à la portée et à la précision employées. L’enquête estime que l’opération de ces drones depuis le territoire soudanais aurait exposé ces appareils à d’importants risques sécuritaires, faisant du territoire égyptien une option logistique et technique plus sûre.
Le rôle de la Turquie, tel que présenté par l’enquête, est également controversé. Les drones utilisés, selon le reportage, sont de type Akinci, l’un des systèmes aériens sans pilote les plus avancés de l’arsenal turc. L’enquête suggère que des experts et techniciens turcs ont fourni un soutien technique direct à l’exploitation de ces appareils, que ce soit à travers la formation, la maintenance ou les systèmes de contrôle et de communication, dans le cadre d’un partenariat sécuritaire non déclaré avec Le Caire.
Cette accusation place les relations égypto-turques sous un nouveau regard, après des années de tensions politiques initiées en 2013, suivies d’un rapprochement progressif ces dernières années. Selon certains analystes, cette coopération militaire secrète, si ses détails sont avérés, traduit un pragmatisme croissant dans les politiques respectives des deux pays, où les intérêts sécuritaires priment sur les divergences idéologiques passées.
Dans le contexte soudanais, ce développement constitue un facteur influent sur l’équilibre du conflit. La possession par l’armée soudanaise d’un appui aérien de drones longue portée, opéré depuis l’extérieur des frontières, lui confère un avantage tactique clair et limite la capacité de ses adversaires à cibler ou neutraliser les plateformes de lancement. Cela soulève également des questions sur le degré d’indépendance de la décision militaire soudanaise, compte tenu de sa dépendance croissante à un soutien régional.
L’enquête n’a pas été exempte de réactions officielles indirectes. Le Caire est resté silencieux sur les révélations, tandis que des responsables soudanais ont précédemment nié l’existence de forces ou de bases étrangères opérant sur le territoire de pays voisins. Cependant, l’absence de démenti explicite, selon certains observateurs, laisse la place à davantage de spéculations.
Le danger majeur, selon des experts, réside dans ses implications pour la stabilité régionale. La conduite d’opérations militaires à partir d’un pays voisin, même sous prétexte de soutien à la « légitimité », pourrait ouvrir la porte à une internationalisation du conflit et à l’implication d’autres acteurs régionaux et internationaux, compliquant les chances de résolution politique.
En définitive, l’enquête du New York Times place l’Égypte et la Turquie au centre d’un contexte régional extrêmement sensible et soulève des questions essentielles sur les limites, les outils et le coût politique de l’intervention. Bien que de nombreux détails demeurent confidentiels, ce qui a été révélé jusqu’à présent suffit à redessiner la carte du conflit soudanais, non seulement comme une guerre interne, mais comme un terrain d’intersection d’intérêts régionaux complexes et imbriqués.
