Acheter la géographie : comment les transactions ont façonné la carte des États-Unis
Les déclarations du président américain Donald Trump concernant l’annexion de l’île de Groenland, territoire relevant du Danemark, s’inscrivent dans une longue tradition américaine d’expansion territoriale par l’achat de terres et de régions, selon une politique désormais qualifiée d’« achat de la géographie ».
Selon un rapport publié par le magazine Newsweek, le Groenland ne constitue pas une rupture avec cette approche, mais plutôt un nouvel épisode dans une série de transactions ayant contribué à façonner l’État américain moderne et à consolider son influence géopolitique à l’échelle mondiale.
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Tout au long de son histoire, les États-Unis ont acquis près de 40 % de leur superficie actuelle par l’achat de territoires auprès de puissances coloniales et d’autres États, dans un mouvement expansionniste concomitant à leur ascension politique et économique.
Ce processus s’est inscrit dans le prolongement de plusieurs siècles de colonisation européenne de l’Amérique du Nord, amorcée avec l’arrivée de Christophe Colomb à la fin du XVe siècle, accélérée aux XVIIe et XVIIIe siècles par des guerres et des massacres, et achevée par la prise de contrôle des terres des peuples autochtones par les Européens.
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L’achat de la Louisiane (1803) – France
La transaction de la Louisiane en 1803 constitue l’étape la plus marquante de l’expansion américaine. Sous la pression d’une crise financière aiguë, la France céda un territoire de plus de 2,14 millions de kilomètres carrés contre 15 millions de dollars.
La décision de l’empereur Napoléon Bonaparte de renoncer à cette région doubla la superficie des États-Unis, alors composés de seulement dix-sept États, et ouvrit la voie à l’expansion vers l’ouest à travers le continent. En tenant compte de l’inflation, le prix de cette transaction dépasserait aujourd’hui 400 millions de dollars.
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La cession de la Floride (Espagne)
En 1819, la Floride passe de la souveraineté espagnole aux États-Unis en vertu du traité Adams-Onís, négocié par John Quincy Adams avec l’ambassadeur espagnol Luis de Onís.
Aux termes de cet accord, l’Espagne céda le territoire en échange de l’engagement de Washington de régler des créances d’un montant de cinq millions de dollars dues à des citoyens américains, dans un contexte de déclin de l’influence espagnole lié aux guerres européennes et aux conflits internes.
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L’achat Gadsden (1853) – Mexique
En 1853, les États-Unis conclurent l’achat Gadsden avec le Mexique, acquérant une bande de terre d’environ 76 800 kilomètres carrés dans le sud des actuels Arizona et Nouveau-Mexique contre dix millions de dollars.
Cette transaction visait à régler les différends frontaliers consécutifs à la guerre américano-mexicaine et à sécuriser un tracé méridional pour une ligne ferroviaire transcontinentale.
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L’achat de l’Alaska (1867) – Russie
La cession de l’Alaska en 1867, qualifiée à l’époque de « folie », devint par la suite l’une des acquisitions les plus fructueuses de l’histoire américaine. Sous l’effet des pressions économiques consécutives à la guerre de Crimée, l’Empire russe décida de vendre ce territoire de près de 1,5 million de kilomètres carrés pour 7,2 millions de dollars.
Cette transaction offrit aux États-Unis une position stratégique avancée dans l’Arctique, ainsi que d’immenses ressources naturelles en minerais et en énergie, sans compter d’importantes zones de pêche. À valeur actuelle, le prix de l’Alaska équivaut à environ 153 millions de dollars, et cet État représente aujourd’hui près de 17 % de la superficie américaine.
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La location de Guantánamo
L’expansion américaine ne se limita pas aux achats directs, mais inclut également des arrangements de long terme, comme la location en 1903 d’un terrain dans la baie de Guantánamo à Cuba, après son indépendance vis-à-vis de l’Espagne.
Malgré la dégradation profonde des relations bilatérales après la révolution cubaine de 1959, la présence américaine dans la baie demeure jusqu’à ce jour.
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Les îles Vierges américaines (1917) – Danemark
Dans le cadre du renforcement de son influence dans les Caraïbes, les États-Unis achetèrent en 1917 aux Danois les Antilles danoises, aujourd’hui connues sous le nom d’îles Vierges américaines, pour 25 millions de dollars en or.
Cette transaction intervint dans le contexte de la Première Guerre mondiale, Washington considérant ces îles comme un site stratégique essentiel pour protéger les routes commerciales, la sécurité maritime et contenir l’influence européenne à proximité du canal de Panama.
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Dans ce cadre historique s’inscrit l’intérêt de Donald Trump pour le Groenland, territoire danois autonome d’environ 57 000 habitants. L’île acquiert une importance stratégique croissante en raison de sa position arctique et de ses richesses naturelles, allant de l’uranium et des métaux précieux à des réserves potentielles de pétrole et de gaz, sans oublier son rôle dans les systèmes de défense aérienne et antimissile.
Des sources informées ont révélé à l’agence Reuters que des responsables américains avaient envisagé des options consistant à verser directement aux habitants du Groenland des sommes comprises entre 10 000 et 100 000 dollars par personne afin de les convaincre de se séparer du Danemark, dans le cadre d’un mécanisme pratique d’« achat » de l’île dont le coût total pourrait atteindre environ six milliards de dollars.
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Les États-Unis avaient déjà proposé d’acheter le Groenland en 1946, lorsque l’administration du président Harry Truman avait présenté une offre de 100 millions de dollars en or, que le Danemark avait alors rejetée.
