Accord entre Macron et Tebboune pour reprendre le dialogue, marquant une percée dans une crise persistante
Le président algérien et son homologue français soulignent l’importance de renouer un dialogue équilibré entre leurs pays, en tant que partenaires et acteurs majeurs en Europe et en Afrique.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le président français Emmanuel Macron ont convenu, lundi, de reprendre immédiatement le dialogue et la coopération sécuritaire entre leurs pays à travers la « Déclaration d’Alger » d’août 2022. Cette initiative marque une ouverture vers l’apaisement et la mise en place d’un cadre pour résoudre la crise après plusieurs mois de tensions diplomatiques entre l’Algérie et la France.
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Dans un communiqué, la présidence algérienne a indiqué que les deux dirigeants ont eu un entretien « long, franc et amical sur l’état des relations bilatérales et les tensions accumulées ces derniers mois ». Il s’agit du premier échange entre les deux chefs d’État depuis juillet dernier. Ils ont convenu de se rencontrer prochainement, sans préciser de date.
Les présidents ont réaffirmé leur volonté de « reprendre le dialogue constructif instauré par la Déclaration d’Alger d’août 2022 ». Cette déclaration a permis des avancées significatives, notamment la création d’une commission mixte d’historiens français et algériens, la restitution des restes des résistants algériens et la reconnaissance de la responsabilité de la France dans l’assassinat des martyrs Ali Boumendjel et Larbi Ben M’hidi.
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Le 3 mars 2021, Emmanuel Macron avait reconnu la responsabilité de la France dans la torture et l’assassinat, en 1957, de l’avocat et militant algérien Ali Boumendjel. Jusqu’alors, la version officielle française avançait que Boumendjel s’était suicidé en se jetant d’un étage élevé lors d’un interrogatoire.
Le 1er novembre 2024, à l’occasion du 70e anniversaire du déclenchement de la guerre d’indépendance, Macron a également reconnu l’assassinat par la France du résistant algérien Mohamed Larbi Ben M’hidi, l’un des principaux dirigeants de la lutte pour l’indépendance.
Auparavant, la version officielle française affirmait que Ben M’hidi s’était suicidé dans sa cellule. Toutefois, en 2000, le général Aussaresses, surnommé « le bourreau » en Algérie, avait avoué son exécution dans ses mémoires.
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Emmanuel Macron a progressivement adopté une politique de reconnaissance des crimes coloniaux de la France en Algérie. Le 16 octobre 2021, il avait dénoncé la répression sanglante des manifestations du 17 octobre 1961 à Paris, orchestrée par la police sous la direction de Maurice Papon. Ces événements avaient fait plus de 12 000 victimes, dont certaines furent jetées vivantes dans la Seine.
Selon le communiqué algérien, les deux chefs d’État ont insisté sur « la solidité des liens unissant l’Algérie et la France, notamment sur le plan humain, ainsi que sur leurs intérêts stratégiques et sécuritaires, dans un contexte de défis et de crises affectant l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique ».
Ils ont souligné « l’importance de rétablir un dialogue équilibré entre les deux pays, en tant que partenaires et acteurs clés en Europe et en Afrique, tout en s’engageant pleinement en faveur de la légitimité internationale et des principes inscrits dans la Charte des Nations Unies ».
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Les deux présidents ont convenu de « travailler ensemble, dans un esprit d’amitié, afin d’insuffler une nouvelle ambition à cette relation bilatérale, en abordant ses divers aspects et en assurant son efficacité et les résultats escomptés ». Ils ont également acté la reprise immédiate de la coopération sécuritaire.
Ils ont insisté sur « la nécessité de reprendre sans délai une coopération efficace, fiable et fluide en matière de migration, afin de traiter toutes les dimensions des mouvements de personnes entre les deux pays dans une approche axée sur des résultats répondant aux préoccupations des deux parties ».
Les présidents se sont félicités du travail accompli par la commission mixte d’historiens, créée à leur initiative après la visite de Macron en août 2022. Ils ont réaffirmé leur engagement à poursuivre et finaliser les travaux de mémoire dans un esprit d’apaisement et de réconciliation, en vue de reconstruire la relation bilatérale.
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Le communiqué précise que cette commission reprendra immédiatement ses travaux et tiendra prochainement une réunion en France. Ses conclusions et propositions concrètes seront soumises aux deux présidents avant l’été 2025.
Les relations entre l’Algérie et la France ont connu une escalade de tensions ces derniers mois, notamment en raison de la décision des autorités françaises d’expulser plusieurs ressortissants algériens accusés d’incitation à la violence et de trouble à l’ordre public, ce que l’Algérie a refusé.
Par ailleurs, l’arrestation en Algérie, en novembre 2023, de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a constitué un point de friction supplémentaire entre les deux pays.
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Les observateurs estiment que la principale source des tensions réside dans le rapprochement entre Paris et Rabat, ainsi que dans la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara Marocain. Emmanuel Macron s’est engagé à mener une initiative internationale pour renforcer le soutien à l’autonomie du territoire sous administration marocaine, une proposition initialement formulée par Rabat en 2007 et qui a depuis gagné le soutien de puissances majeures, dont les États-Unis.
En réaction, Alger avait rappelé son ambassadeur à Paris en juillet 2024, en signe de protestation contre l’alignement de la France sur la position marocaine concernant le Sahara Marocain.