L’ONU tire la sonnette d’alarme sur les attaques de drones au Soudan, qui ont fait des centaines de morts
Les conséquences humanitaires de la guerre au Soudan s’aggravent avec l’intensification des attaques de drones contre des installations civiles et des services essentiels dans plusieurs États. Cette évolution menace d’accentuer les souffrances de la population et de compromettre ce qui subsiste des moyens nécessaires à la vie quotidienne dans les zones touchées par les combats.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a mis en garde contre les conséquences dévastatrices de la multiplication des frappes aériennes en octobre. Le Haut-Commissariat a documenté la mort d’au moins 306 personnes et des centaines de blessés dans des attaques de drones au cours des trois premières semaines du mois.
Selon le rapport onusien, les sites touchés comprennent des habitations, des marchés, des hôpitaux et des centres d’hébergement pour personnes déplacées, ainsi que des centrales électriques et des sources d’approvisionnement en eau. Les frappes documentées ont été attribuées aux deux parties au conflit : les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide.
Ces informations illustrent l’ampleur des difficultés que pose la protection des civils alors que les affrontements se poursuivent et que les opérations militaires s’étendent. Les dommages aux installations civiles ne se limitent pas aux pertes humaines immédiates : ils perturbent également les services indispensables à la population et restreignent son accès aux soins, à la nourriture, à l’eau et à l’électricité.
Türk a déclaré que le recours croissant aux drones, désormais responsables de la majorité des décès de civils liés au conflit au Soudan cette année, suscitait une profonde inquiétude en raison de son bilan effroyable pour la population.
Il a ajouté que ces attaques avaient tué des civils et détruit des infrastructures et des services vitaux dont les habitants dépendent, provoquant de nouveaux déplacements et aggravant la crise humanitaire.
Les marchés deviennent des lieux à haut risque
Le Haut-Commissariat a fait état de frappes répétées de drones contre des marchés dans plusieurs régions du Soudan, notamment à Ad-Dabba, au Darfour du Nord, à Nyala, au Darfour du Sud, et à Al-Ayda, au Kordofan-Occidental.
Selon le bilan communiqué, les attaques contre ces marchés ont fait au total 23 morts parmi les civils.
Ces incidents sont particulièrement graves, car les marchés constituent des centres essentiels de la vie économique et sociale. Ils rassemblent commerçants, clients, transporteurs et distributeurs de marchandises, tandis que la population en dépend pour se procurer de la nourriture et d’autres produits indispensables.
En temps de guerre, un marché peut être l’un des rares lieux encore accessibles pour satisfaire les besoins quotidiens, notamment lorsque l’activité commerciale recule ou que les voies d’approvisionnement sont interrompues. Une attaque ne provoque donc pas seulement des victimes : elle peut aussi entraîner des pénuries, une hausse des prix et une diminution des possibilités d’emploi.
La répétition des frappes peut également pousser les commerçants à fermer leurs boutiques ou à réduire leur activité par crainte de nouvelles attaques, compliquant davantage l’accès de la population aux biens essentiels.
Ces risques s’accentuent lorsque les marchés se trouvent dans des zones où les lignes de contrôle évoluent ou où des affrontements intermittents se produisent. Il devient alors difficile pour les civils d’évaluer le danger lorsqu’ils se déplacent ou exercent leurs activités quotidiennes.
L’existence d’une activité économique ou d’un rassemblement important ne suffit toutefois pas à faire d’un marché un objectif militaire. La protection des biens civils et la distinction entre ceux-ci et les objectifs militaires restent des principes fondamentaux que les parties au conflit doivent respecter.
L’hôpital d’Oum Darfa hors service
Les établissements de santé n’ont pas été épargnés par l’escalade. Le Haut-Commissariat a indiqué que l’hôpital d’Oum Darfa, dans l’État du Nil Bleu, avait été touché le 11 octobre par une frappe attribuée aux Forces de soutien rapide.
Selon les informations publiées, deux professionnels de santé ont été grièvement blessés et l’hôpital a été mis hors service.
L’arrêt de son fonctionnement porte un coup supplémentaire aux services de santé dans une région déjà confrontée aux conséquences de la guerre. Les établissements médicaux ne soignent pas uniquement les victimes des attaques : ils jouent aussi un rôle essentiel dans le traitement des maladies, la prise en charge des urgences et les soins aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées.
Lorsqu’une structure de santé est détruite ou cesse de fournir des services, les patients doivent chercher des solutions de remplacement parfois lointaines ou inexistantes. Les retards de prise en charge peuvent alors aggraver les blessures et les maladies.
La situation devient plus dangereuse encore lorsque les routes ne sont pas sûres ou que les transports sont perturbés. Le transfert des patients vers d’autres établissements peut s’avérer difficile, même lorsqu’une intervention médicale urgente est nécessaire.
Les blessures subies par les professionnels de santé compromettent également la capacité de l’établissement à reprendre son activité. Les services médicaux dépendent en effet de la disponibilité du personnel, des équipements et des médicaments, ainsi que d’un accès sûr à l’hôpital.
Les conséquences des attaques ne concernent pas uniquement les patients présents au moment des faits. Elles touchent aussi les habitants des zones environnantes qui dépendent de cet établissement pour accéder aux soins.
Électricité et eau : des services essentiels menacés
Le rapport onusien indique que les frappes de drones ont également touché des centrales électriques et des sources d’approvisionnement en eau, des installations directement indispensables à la vie quotidienne.
Les dommages aux réseaux électriques affectent le fonctionnement des hôpitaux, des installations de pompage de l’eau et des équipements de conservation des médicaments et des aliments. Ils peuvent aussi perturber les communications, les activités commerciales et les services publics.
Les dommages aux sources d’eau ou aux installations d’approvisionnement peuvent, quant à eux, compliquer davantage l’accès à l’eau potable et à l’eau destinée aux usages domestiques, particulièrement dans les zones accueillant des personnes déplacées ou subissant une dégradation des services.
Ces conséquences s’entremêlent : une coupure d’électricité peut interrompre le pompage de l’eau ; une pénurie d’eau peut compromettre l’hygiène et la santé publique ; l’arrêt des établissements de santé réduit la capacité de la population à faire face aux maladies et aux blessures.
Le rétablissement de ces services nécessite des équipes de maintenance, des équipements, des pièces détachées et du carburant, ainsi qu’un accès sécurisé aux installations endommagées. Les réparations peuvent être retardées lorsque les combats se poursuivent ou que les routes menant aux infrastructures présentent des dangers.
La protection des installations vitales devient ainsi une composante essentielle de la protection des civils. Leur maintien en activité atténue les conséquences indirectes du conflit et permet aux habitants de rester dans leur région plutôt que de fuir à la recherche de services essentiels.
Des effets cumulés sur l’économie locale et les conditions de vie
Les conséquences des attaques de drones dépassent les pertes humaines et les dégâts matériels immédiats. Elles produisent des effets cumulés sur l’économie locale et sur la capacité des familles à satisfaire leurs besoins.
La fermeture ou la dégradation des marchés perturbe les échanges commerciaux. L’arrêt des hôpitaux augmente le coût de l’accès aux soins, tandis que les coupures d’eau et d’électricité alourdissent les charges pesant sur les habitants et les petites activités économiques.
Ces conditions peuvent réduire les revenus et augmenter les coûts des transports et des services. Les familles ayant perdu leur logement ou leur activité rencontrent alors des difficultés accrues pour subvenir à leurs besoins.
Les pressions s’accentuent sur les personnes dépendantes de revenus journaliers ou du petit commerce. L’interruption de l’activité d’un marché ou la fermeture d’une route peut les priver de leurs moyens de subsistance sans solution de remplacement adaptée.
La poursuite des frappes peut également contraindre les habitants à quitter leur région, imposant de nouvelles charges aux communautés d’accueil et augmentant les besoins en nourriture, en hébergement et en soins.
Türk a averti que ces conséquences provoquaient davantage de déplacements et aggravaient la crise humanitaire, alors que la situation exige de protéger les civils et de préserver les services dont ils dépendent.
Les obligations juridiques et la protection des biens civils
Le Haut-Commissaire a renouvelé son appel aux Forces armées soudanaises et aux Forces de soutien rapide pour qu’elles respectent leurs obligations au regard du droit international humanitaire, notamment l’interdiction de diriger des attaques contre les civils et les biens civils.
Les règles applicables aux conflits armés imposent de distinguer les objectifs militaires des biens civils et de prendre toutes les précautions pratiquement possibles pour éviter les dommages aux civils ou les réduire au minimum.
Le principe de proportionnalité interdit également une attaque dont on peut attendre qu’elle cause des pertes civiles excessives par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu.
Les unités médicales et les hôpitaux bénéficient d’une protection particulière au titre du droit international humanitaire. Ils ne peuvent être pris pour cible au seul motif qu’ils soignent des blessés et des malades. Toute perte éventuelle de cette protection dans des circonstances précises est soumise à des conditions et à des règles strictes et ne justifie pas automatiquement une attaque.
Les installations électriques, les sources d’eau et les marchés restent protégés en tant que biens civils, à moins de remplir les conditions juridiques permettant de les qualifier d’objectifs militaires. Les obligations de proportionnalité et de précaution continuent alors de s’appliquer.
Ces règles revêtent une importance majeure face aux attaques contre des installations utilisées directement par les civils. Les belligérants doivent prendre les mesures nécessaires pour protéger la population et les services essentiels.
Mettre fin à l’escalade pour atténuer les souffrances
Türk a appelé à agir contre les flux persistants d’armes qui alimentent la guerre et à exercer des pressions pour mettre fin aux transferts d’armes utilisées en violation des obligations relatives à la protection des civils.
Il a également exhorté les deux parties et les acteurs qui leur sont associés à s’engager en faveur d’un cessez-le-feu. Il a souligné qu’un règlement négocié plaçant les droits humains au cœur de ses dispositions et garantissant l’établissement des responsabilités pour les violations et les atteintes généralisées constituait une voie vers une paix durable.
Les faits rapportés par le Haut-Commissariat montrent que les conséquences des attaques de drones ne se limitent pas aux zones d’affrontement. Elles touchent les marchés, les hôpitaux et les sources d’eau et d’électricité, menaçant les fondements de la vie quotidienne et accentuant la vulnérabilité de la population.
Face à cette escalade, il est nécessaire de mettre fin aux attaques mettant les civils en danger, de protéger les établissements de santé et les infrastructures vitales et de garantir l’accès de l’aide humanitaire aux zones touchées. Il faut également enquêter sur les incidents signalés et demander des comptes aux responsables des violations établies par les enquêtes.
Alors que la guerre se poursuit, préserver les services essentiels n’est pas une question de développement distincte des efforts de sécurité : c’est une composante de la protection des populations et de la prévention de l’aggravation des déplacements, de la faim et des maladies. Un cessez-le-feu et un règlement politique durable restent les principaux moyens de mettre fin à l’escalade et de rétablir un minimum de stabilité au Soudan.
