Volker Türk alerte sur l’intensification des attaques de drones au Soudan et les centaines de victimes civiles
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a mis en garde contre l’intensification des attaques de drones au Soudan en octobre. Il a estimé que leurs conséquences pour les civils et les infrastructures étaient devenues extrêmement préoccupantes, alors que la guerre entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide se poursuit et que la crise humanitaire s’aggrave dans plusieurs États.
Türk a déclaré que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait documenté la mort d’au moins 306 personnes et des centaines de blessés dans des frappes de drones au cours des trois premières semaines d’octobre. Ce bilan illustre l’ampleur des pertes subies par les civils à mesure que l’utilisation de cette arme se généralise.
Selon les informations rapportées par le Haut-Commissariat, les attaques ont touché des zones du Kordofan, du Darfour, du Nil Bleu, de Khartoum et d’autres États. Elles ont visé des sites civils et des installations vitales, notamment des habitations, des marchés, des hôpitaux, des abris pour personnes déplacées, des centrales électriques et des sources d’approvisionnement en eau.
Les frappes documentées ont été attribuées aux deux parties au conflit, les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide. Türk a indiqué que les drones étaient désormais responsables de la majorité des décès de civils liés au conflit au Soudan cette année.
Ces avertissements interviennent alors que la poursuite des attaques aériennes fait craindre une extension des dommages aux civils et complique les efforts pour réduire la violence, particulièrement lorsque les frappes touchent des zones habitées ou des sites dont la population dépend pour ses services essentiels et ses revenus.
Les frappes de représailles font craindre une extension de la guerre
Parmi les évolutions préoccupant le Haut-Commissariat figure l’apparition d’un schéma de frappes de représailles lié aux attaques aériennes réciproques entre les deux camps.
Le Haut-Commissariat a évoqué des frappes de drones attribuées aux Forces de soutien rapide contre Khartoum, notamment dans le secteur de l’aéroport. Elles auraient été menées en réponse à des frappes aériennes attribuées aux Forces armées soudanaises contre Nyala, au Darfour du Sud.
Ces événements font craindre que les attaques aériennes n’alimentent un cycle continu de ripostes militaires, une frappe dans une région entraînant des opérations dans d’autres zones, avec un risque accru de victimes civiles et d’extension des dommages.
Qualifier certaines attaques de représailles ne signifie pas que leurs circonstances ou leurs objectifs ont été établis de manière indépendante. Les détails de chaque incident doivent encore être vérifiés. La mise en évidence de ce schéma par l’ONU souligne toutefois les dangers d’une poursuite des frappes réciproques dans un contexte où la capacité des civils à se protéger diminue.
Ces risques augmentent lorsque les quartiers résidentiels et les installations civiles sont attaqués, ou lorsque les aéroports, les axes de transport et les infrastructures de services se retrouvent au cœur des affrontements. Même lorsqu’une opération vise un site présentant une importance militaire, sa conduite à proximité de populations peut causer de graves dommages aux civils, ce qui impose le respect du droit international humanitaire.
L’extension géographique des frappes empêche également les habitants d’identifier facilement les zones les plus sûres et accroît le risque de déplacements répétés, particulièrement dans les États où les lignes de contrôle évoluent ou où la situation sécuritaire se dégrade rapidement.
Des pertes humaines du Kordofan au Nil Bleu
Les incidents rapportés par le Haut-Commissariat montrent l’étendue des pertes civiles provoquées par les attaques de drones.
Au Kordofan-Occidental, des frappes aériennes présumées contre des abris pour personnes déplacées à Ghubaysh et à En-Nahud, entre le 6 et le 10 octobre, ont été attribuées aux Forces armées soudanaises. Elles ont fait au moins 25 morts et 31 blessés parmi les civils, dont des femmes et des enfants.
Dans l’État du Nil Bleu, une attaque de drone attribuée aux Forces de soutien rapide a tué au moins 31 personnes le 9 octobre. Elle a touché un groupe de personnes déplacées travaillant dans l’extraction artisanale de l’or près d’un site de déplacement à Abou Shandi. La plupart des victimes étaient des femmes et des enfants.
Le rapport mentionne également des frappes contre la zone d’extraction aurifère de Bajoun, dans la localité de Qadir, au Kordofan-Méridional, les 9 et 16 octobre. Selon le Haut-Commissariat, elles ont fait 42 morts et 25 blessés parmi les civils.
Dans un autre incident, au moins 139 personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées lorsqu’un camion de transport a été visé par des frappes successives, le 18 octobre, dans le secteur de Dabbab, au Kordofan-Occidental. Selon le rapport, cette zone est contrôlée par les Forces de soutien rapide.
Ces faits montrent que le danger ne se limite pas aux lignes de front. Il touche aussi les sites de déplacement, les lieux d’activité économique et les moyens de transport, susceptibles d’accueillir des personnes ne participant pas aux opérations militaires.
L’économie de guerre et les flux d’armes
Türk a établi un lien entre les attaques contre les zones minières et la persistance de l’économie de guerre. Il a indiqué que ces frappes suscitaient des inquiétudes quant au ciblage de sites présentant une valeur économique pour le camp adverse.
Cette question revêt une importance particulière, car les ressources économiques et les réseaux commerciaux peuvent influer sur la capacité des belligérants à poursuivre leurs opérations. Le Haut-Commissaire a toutefois souligné que la contribution financière d’un site ou d’une activité à l’effort de guerre ne suffisait pas, à elle seule, à en faire un objectif militaire au regard du droit international humanitaire.
Ce principe impose de ne pas confondre l’importance économique d’un site avec le respect des conditions juridiques permettant de le prendre pour cible. Les règles applicables aux conflits armés exigent d’évaluer la nature de l’objectif, son utilisation et l’avantage militaire direct attendu de l’attaque, tout en tenant compte des dommages possibles aux civils et des précautions envisageables.
Türk a également mis en garde contre la poursuite des flux d’armes alimentant la guerre. Il a appelé les efforts de paix à s’attaquer aux transferts d’armes utilisées en violation manifeste des obligations juridiques relatives à la protection des civils.
Cet appel montre que la réponse à la crise ne peut se limiter aux conséquences des attaques. Elle doit aussi porter sur les facteurs qui permettent aux opérations militaires de se poursuivre et de s’intensifier, notamment les approvisionnements en armes et la capacité à les employer contre les zones habitées et les installations civiles.
Le traitement de cette question reste lié à des efforts politiques et diplomatiques plus larges visant à réduire l’escalade, à empêcher l’utilisation d’armes dans des violations du droit international humanitaire et à favoriser un règlement mettant fin aux combats.
Le droit international humanitaire soumis à une pression croissante
Le Haut-Commissaire a renouvelé son appel aux deux parties pour qu’elles respectent leurs obligations claires et contraignantes au titre du droit international humanitaire, notamment l’interdiction de diriger des attaques contre les civils et les biens civils.
Ce droit impose aux belligérants de distinguer les civils des combattants et les biens civils des objectifs militaires. Il exige également de prendre les précautions pratiquement possibles pour éviter les dommages aux civils ou les réduire au minimum.
Il interdit aussi les attaques dont on peut attendre qu’elles causent des pertes civiles excessives par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu. La seule valeur économique d’un site ne saurait justifier une attaque. De même, la proximité d’une installation civile avec un objectif militaire ne supprime pas les obligations de protection des civils.
Ces règles revêtent une importance majeure au regard des attaques rapportées par le Haut-Commissariat, qui ont touché des marchés, des hôpitaux, des sites de déplacement, des zones minières et des moyens de transport.
Il demeure également nécessaire d’enquêter sur les faits signalés afin d’établir les circonstances de chaque attaque, la nature de la cible visée, le respect des précautions requises et l’existence éventuelle de violations engageant des responsabilités.
Les éléments publiés ne fournissent pas suffisamment de détails indépendants pour porter un jugement définitif sur tous les incidents mentionnés. L’établissement des responsabilités juridiques exige donc, pour chaque cas, un examen des preuves et des circonstances selon les normes applicables.
L’ampleur des pertes civiles documentées par le Haut-Commissariat souligne néanmoins l’urgence de mesures destinées à prévenir de nouvelles attaques mettant la population en danger et à garantir le respect des règles visant à limiter les souffrances humaines pendant la guerre.
Les déplacements et l’interruption des services aggravent la crise
Au-delà des morts et des blessés, Türk a indiqué que les frappes aériennes avaient détruit des infrastructures et des services dont dépend la population, tout en contraignant davantage de personnes à fuir.
Les dommages ont notamment touché des marchés à Ad-Dabba, au Darfour du Nord, à Nyala, au Darfour du Sud, et à Al-Ayda, au Kordofan-Occidental. Les attaques mentionnées dans le rapport y ont fait au total 23 morts parmi les civils.
L’hôpital d’Oum Darfa, dans l’État du Nil Bleu, a également été touché le 11 octobre par une frappe attribuée aux Forces de soutien rapide. Deux professionnels de santé ont été grièvement blessés et l’établissement a cessé de fonctionner.
Ces dommages affectent l’accès de la population aux soins, aux produits essentiels, à l’eau et à l’électricité. Ils peuvent aussi augmenter le coût de la vie et fragiliser les activités économiques dont les familles dépendent pour satisfaire leurs besoins.
Lorsque les établissements de santé et les marchés sont endommagés simultanément, les familles sont exposées à des risques qui se cumulent : difficultés d’accès aux soins et à la nourriture, perte de revenus, tandis que la poursuite des combats accroît les risques de déplacement et de perte du logement.
Répondre à ces conséquences exige de protéger les installations civiles, de garantir l’accès à l’aide humanitaire et de rétablir les services endommagés lorsque les conditions de sécurité le permettent. Il faut également empêcher les attaques contre les civils et demander des comptes aux responsables des violations établies par les enquêtes.
L’ONU appelle à un cessez-le-feu
Face à cette escalade, Volker Türk a appelé les deux parties et les acteurs qui leur sont associés à s’engager en faveur d’un cessez-le-feu. Il a souligné que la poursuite des attaques imposait un coût humain croissant à la population et aggravait la crise humanitaire.
Il a affirmé qu’un règlement négocié plaçant les droits humains au cœur de ses dispositions et fondé sur l’établissement des responsabilités pour les violations et les atteintes généralisées constituait une voie vers une paix durable au Soudan.
Cet appel traduit la conviction de l’ONU que l’arrêt des attaques, aussi essentiel soit-il, doit s’accompagner d’un processus politique traitant les causes de la persistance du conflit et créant les conditions nécessaires à la protection des civils, au rétablissement des services essentiels et au renforcement de la responsabilité des auteurs de violations.
Selon Türk, les efforts de paix doivent également s’attaquer aux flux d’armes qui alimentent les combats, parallèlement aux démarches en faveur d’un cessez-le-feu et du respect du droit international humanitaire.
Alors que les affrontements se poursuivent, les risques de frappes de représailles et d’extension des attaques aériennes demeurent parmi les principaux dangers pour les civils et compliquent davantage les perspectives de règlement.
Mettre fin à l’escalade, protéger la population et les installations civiles, enquêter sur les violations signalées et renforcer les mécanismes de responsabilité sont autant de mesures nécessaires pour créer un environnement propice à la fin de la guerre.
Une paix durable exige, quant à elle, un règlement négocié donnant la priorité aux droits humains et à la protection des civils, tout en traitant les racines de la crise et les facteurs qui permettent aux combats de se poursuivre, afin que la population ne reste pas prisonnière d’un cycle d’attaques, de déplacements et de pertes humaines.
