Le Haut-Commissariat de l’ONU tire la sonnette d’alarme sur l’intensification des frappes de drones au Soudan

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a mis en garde contre l’intensification alarmante des attaques de drones au Soudan en octobre. Le Haut-Commissariat a recensé au moins 306 morts et des centaines de blessés au cours des trois premières semaines du mois, un bilan qui témoigne de l’ampleur croissante des dangers auxquels sont exposés les civils dans la guerre opposant les Forces armées soudanaises aux Forces de soutien rapide.
Dans un communiqué publié vendredi 23 octobre 2026, Türk a condamné la multiplication des frappes de drones dans plusieurs régions du pays. Il a indiqué qu’elles avaient touché les États du Kordofan, du Darfour, du Nil Bleu, de Khartoum et d’autres zones, endommageant des installations civiles et des infrastructures essentielles à la vie quotidienne de la population.
Selon le Haut-Commissariat, les sites touchés comprennent des habitations, des marchés, des hôpitaux et des centres d’hébergement pour personnes déplacées, ainsi que des centrales électriques et des sources d’approvisionnement en eau. Leurs conséquences dépassent les pertes humaines immédiates : elles perturbent les services essentiels et aggravent la situation humanitaire, alors que des millions de Soudanais subissent déjà les effets des déplacements, de l’insécurité et des difficultés d’accès aux biens de première nécessité.
Türk a souligné que le recours croissant aux drones était désormais à l’origine de la majorité des décès de civils liés au conflit au Soudan cette année. Il a jugé particulièrement préoccupante l’extension de ces attaques, compte tenu de l’augmentation du nombre de victimes et des dommages infligés aux installations civiles, qui affectent directement la vie des habitants et leur capacité à rester dans leurs localités.
Ces avertissements interviennent alors que les affrontements se poursuivent sur de multiples fronts, exposant les civils à des risques croissants, tant du fait des frappes directes que de la destruction des infrastructures et des services dont ils dépendent. Les attaques contre les lieux où se réfugient les personnes déplacées aggravent également les souffrances de populations déjà contraintes de quitter leur domicile pour chercher la sécurité.
Attaques contre des sites d’hébergement de personnes déplacées au Kordofan-Occidental
Le communiqué met en lumière des attaques contre des sites accueillant des personnes déplacées dans l’État du Kordofan-Occidental. Elles illustrent les dangers auxquels restent confrontés les civils ayant fui les combats pour rejoindre des lieux qu’ils pensaient plus sûrs.
Selon les informations documentées par le Haut-Commissariat, des frappes de drones attribuées aux Forces armées soudanaises ont fait au moins 25 morts et 31 blessés parmi les civils entre le 6 et le 10 octobre, sur des sites accueillant des personnes déplacées dans les villes de Ghubaysh et d’En-Nahud. Des femmes et des enfants figurent parmi les blessés.
Ce bilan souligne l’ampleur des risques auxquels sont exposées les personnes ayant perdu leur logement à cause de la guerre. Leur souffrance ne prend pas fin à leur arrivée dans un lieu d’hébergement : elles peuvent de nouveau se retrouver en danger lorsque les attaques atteignent les zones où elles se sont rassemblées pour chercher protection.
Les attaques contre les sites de déplacement suscitent des inquiétudes humanitaires et juridiques croissantes. La protection des civils demeure en effet une obligation fondamentale pour toutes les parties au conflit, indépendamment du contrôle territorial ou de la nature des combats dans les environs.
Trente et un morts dans une attaque contre un rassemblement près d’un site de déplacés au Nil Bleu
Dans la région du Nil Bleu, le communiqué onusien fait état d’une attaque de drone attribuée aux Forces de soutien rapide, survenue le 9 octobre dans le secteur d’Abou Shandi. Elle a visé un groupe de personnes déplacées qui travaillaient dans l’exploitation minière artisanale à proximité d’un site d’hébergement.
Selon le Haut-Commissariat, l’attaque a fait au moins 31 morts, principalement des femmes et des enfants. Ce bilan illustre la gravité de l’extension des frappes aux rassemblements civils comprenant des personnes déjà contraintes de quitter leur région à cause des combats.
La gravité de ces faits ne tient pas uniquement au nombre de morts. Elle concerne aussi les conditions de vie des déplacés, dont beaucoup dépendent d’activités économiques limitées pour nourrir leur famille et satisfaire ses besoins essentiels, dans un contexte de raréfaction de l’emploi et d’aggravation de la crise humanitaire.
Les éléments rapportés par le Haut-Commissariat montrent que les civils font face à des dangers multiples dans différentes régions du Soudan, aussi bien lorsqu’ils cherchent un refuge plus sûr que lorsqu’ils tentent d’assurer leur subsistance.
Attaques contre des zones d’extraction d’or au Kordofan-Méridional
Le Haut-Commissariat a également documenté des attaques de drones attribuées aux Forces de soutien rapide contre la zone d’extraction aurifère de Bajoun, dans la localité de Qadir, au Kordofan-Méridional, les 9 et 16 octobre.
Selon le communiqué, ces attaques ont fait 42 morts et 25 blessés parmi les civils, remettant en lumière les risques liés aux frappes contre des zones présentant une valeur économique dans le contexte de la guerre au Soudan.
Türk a indiqué que les attaques contre les zones aurifères alimentaient les préoccupations concernant le rôle de l’économie de guerre dans la poursuite du conflit. Elles soulèvent également de sérieuses questions sur la possibilité que des sites soient visés en raison de leur valeur économique ou de leurs liens avec les intérêts d’un belligérant.
Le Haut-Commissaire a souligné que la contribution d’une installation ou d’un site au financement de l’effort de guerre ne suffisait pas, à elle seule, à en faire un objectif militaire légitime au regard du droit international humanitaire. La fonction économique d’un site ne dispense donc pas d’évaluer son statut conformément aux règles régissant les attaques contre les biens dans les conflits armés.
Cette question revêt une importance particulière alors que la guerre s’étend et que les intérêts économiques s’entremêlent aux opérations militaires. Les attaques contre des activités civiles peuvent priver les habitants de leurs revenus, tout en mettant leur vie en danger et en élargissant les dommages causés par les affrontements.
Cent trente-neuf morts dans une frappe contre un camion de transport de passagers au Kordofan-Occidental
Parmi les incidents les plus meurtriers mentionnés dans le communiqué figure l’attaque survenue le 18 octobre dans le secteur d’Ad-Dibab, au Kordofan-Occidental. Un camion transportant des passagers a été frappé, avant que le même site ne soit visé à nouveau, selon un mode opératoire dit de la « double frappe ».
Selon le Haut-Commissariat, l’attaque a fait au moins 139 morts et des dizaines de blessés. Elle compte parmi les incidents les plus révélateurs de l’ampleur des pertes humaines provoquées par les drones au cours du mois.
Le communiqué précise que les faits se sont déroulés dans une zone contrôlée par les Forces de soutien rapide, sans attribuer directement l’attaque à l’une des parties. Il convient donc de distinguer la localisation de l’incident et le contrôle territorial du site de l’identification de l’auteur de la frappe, qui nécessite des preuves claires.
Ce bilan suscite des inquiétudes pour la sécurité des moyens de transport et des rassemblements civils dans les zones de combat. Les véhicules utilisés par les habitants peuvent devenir des lieux d’extrême danger, particulièrement lorsque plusieurs frappes visent le même endroit.
L’incident souligne également la nécessité de respecter les principes de distinction et de proportionnalité et de prendre les précautions nécessaires pour protéger les civils. Ces règles fondamentales du droit international humanitaire imposent aux parties des obligations précises quant au choix des cibles et à la prévention des dommages aux populations et aux biens civils.
Les marchés civils sous le feu des drones
Les attaques documentées par le Haut-Commissariat n’ont pas uniquement touché les sites de déplacement, les transports et les zones minières. Elles ont également frappé des marchés, essentiels à l’approvisionnement de la population en denrées alimentaires et en produits de première nécessité.
Le communiqué mentionne des attaques meurtrières contre des marchés à Ad-Dabba, au Darfour du Nord, à Nyala, au Darfour du Sud, et à Al-Aydah, au Kordofan-Occidental. Selon les informations qu’il contient, ces incidents ont fait au total 23 morts parmi les civils.
Les attaques contre les marchés menacent directement la vie des clients, des commerçants et des personnes chargées du transport des marchandises. Elles peuvent aussi perturber les échanges et compliquer l’accès à la nourriture et aux produits du quotidien, notamment dans les régions où les approvisionnements sont déjà désorganisés par la guerre.
Ces attaques sont d’autant plus graves qu’une grande partie de la population dépend des marchés locaux pour se nourrir. Leurs conséquences ne se limitent pas aux victimes immédiates : elles touchent aussi les familles privées de revenus et les communautés dont l’accès aux biens et aux services essentiels se dégrade.
Selon le Haut-Commissariat, ces faits illustrent l’étendue des biens civils touchés par les frappes, qu’il s’agisse d’installations de services, de commerces ou de lieux où la population cherche refuge pour échapper aux combats.
Une structure de santé visée dans la région du Nil Bleu
Dans le secteur de la santé, le communiqué fait état d’une frappe attribuée aux Forces de soutien rapide contre l’hôpital d’Oum Darfa, dans la région du Nil Bleu, le 11 octobre. Deux professionnels de santé ont été grièvement blessés et l’établissement a été mis hors service.
Cette fermeture aggrave la crise des services de santé que connaît le Soudan depuis le début de la guerre. La mise hors service de tout établissement médical réduit les possibilités d’accès aux soins, particulièrement dans les zones où l’insécurité ou les dommages aux routes et aux moyens de transport rendent difficile l’accès à d’autres structures.
Les blessures infligées aux professionnels de santé accentuent également la pression sur un secteur qui a besoin de personnel pour répondre aux urgences et soigner les victimes des attaques et des affrontements.
Les règles du droit international humanitaire exigent le respect et la protection des installations médicales tant qu’elles bénéficient de la protection prévue par ce droit, ainsi que la protection des personnels de santé dans l’exercice de leurs missions humanitaires.
Attaques de représailles et risque d’élargissement de l’escalade
Türk a également mis en garde contre une tendance préoccupante aux attaques de représailles par drones. Il a évoqué des frappes attribuées aux Forces de soutien rapide contre Khartoum, notamment le secteur de l’aéroport, qui auraient été menées en réponse à des raids aériens que les Forces armées soudanaises auraient effectués contre Nyala, au Darfour du Sud.
Ce schéma fait craindre la poursuite d’un cycle d’escalade réciproque. Les frappes et les ripostes peuvent étendre les affrontements à de nouvelles zones et accroître les risques pour les civils et les infrastructures vitales.
Ces avertissements interviennent alors que les drones sont utilisés de plus en plus fréquemment sur les champs de bataille soudanais. Leur emploi pose des défis supplémentaires à la protection des civils, notamment lorsque les frappes s’ajoutent à la fragilisation des services essentiels et aux difficultés d’accès des organisations humanitaires aux zones touchées.
Le Haut-Commissaire a souligné que toutes les parties au conflit et les forces qui leur sont associées étaient tenues de respecter leurs obligations au regard du droit international humanitaire. Elles doivent notamment s’abstenir de diriger des attaques contre les civils et les biens civils et prendre les précautions nécessaires pour réduire les dommages à la population.
L’ONU appelle à endiguer les transferts d’armes et à parvenir à un règlement négocié
Türk a enfin appelé à agir contre les flux d’armes qui contribuent à prolonger la guerre et à exercer des pressions pour mettre fin aux transferts d’armes utilisées en violation manifeste des obligations de protection des civils prévues par le droit international humanitaire.
Il a affirmé que les efforts de paix devaient s’attaquer directement à la poursuite des livraisons d’armes et d’équipements qui alimentent le conflit. Réduire les sources d’escalade constitue, selon lui, un élément essentiel des démarches visant à mettre fin aux pertes humaines et à limiter les dommages subis par les communautés soudanaises.
Il a également renouvelé son appel aux deux parties et aux forces qui leur sont associées pour qu’elles s’engagent en faveur d’un cessez-le-feu. Il a souligné qu’un règlement négocié plaçant les droits humains au cœur de ses dispositions et reposant sur l’établissement des responsabilités pour les violations et les atteintes généralisées constituait la voie vers une paix durable au Soudan.
Le bilan annoncé par le Haut-Commissariat, d’au moins 306 morts et de centaines de blessés au cours des trois premières semaines d’octobre, révèle l’ampleur de la menace pesant sur les civils face à l’intensification des attaques de drones. Les incidents documentés montrent également que leurs conséquences touchent les sites d’hébergement de déplacés, les marchés, les zones minières, les transports et les établissements de santé.
Entre la poursuite des combats, la dégradation des services essentiels et les risques croissants de déplacement, la protection des civils apparaît comme une priorité urgente. Elle exige de toutes les parties un respect effectif du droit international humanitaire, ainsi que des mesures concrètes pour mettre fin à l’escalade et créer les conditions d’une solution politique mettant un terme à la guerre et atténuant les souffrances de la population.
