La guerre s’invite dans l’espace : un satellite russe s’approche d’un appareil exploité par un fournisseur de services à l’Ukraine
Un satellite russe s’est approché à environ 500 mètres d’un satellite commercial d’observation de la Terre. Cette manœuvre a soulevé des interrogations sur ses objectifs, d’autant que l’entreprise exploitant l’appareil commercial fournit des services à l’Ukraine. La nature de la mission russe et les raisons de ce rapprochement restent inconnues.
LeoLabs, entreprise spécialisée dans la surveillance des activités orbitales, a indiqué que les mouvements du satellite russe Cosmos 2612 correspondaient à des manœuvres de « rendez-vous et d’opérations de proximité », destinées à rapprocher deux engins spatiaux. Elle a toutefois souligné que les intentions demeuraient incertaines et que ce comportement justifie une surveillance continue.
L’astrophysicien Jonathan McDowell a, pour sa part, rappelé que les rendez-vous et les amarrages entre véhicules spatiaux étaient courants. Cet incident pourrait toutefois constituer un précédent en matière d’approche d’un engin par un autre sans autorisation.
Un rapprochement progressif
La manœuvre a commencé le 15 octobre, lorsque Cosmos 2612 a entrepris de réduire la distance le séparant du satellite ICEYE-X36. Celle-ci est passée d’environ 350 kilomètres à moins de cinq kilomètres au matin du lendemain, selon les données de LeoLabs.
Le satellite russe est ensuite resté à proximité durant tout le week-end, en effectuant de légers ajustements de trajectoire pour maintenir une position relativement proche du satellite commercial.
L’entreprise estime qu’à un moment de la manœuvre, la distance est descendue à environ 500 mètres. Elle précise cependant que ces mesures comportent une marge d’incertitude en raison des manœuvres répétées et de la complexité du suivi. Selon ses données, le satellite russe a commencé à s’éloigner lundi.
ICEYE, qui exploite le satellite commercial, a confirmé lundi suivre la situation de près. L’entreprise a précisé que sa constellation était conçue pour garantir la continuité et la résilience de ses services, tout en refusant de fournir davantage de détails.
Des images de jour comme de nuit
ICEYE-X36 utilise un radar à synthèse d’ouverture, une technologie permettant de produire des images à haute résolution de jour comme de nuit, quelles que soient les conditions météorologiques, selon la NASA.
L’entreprise avait précédemment annoncé que ses satellites étaient utilisés pour fournir aux forces armées ukrainiennes des informations continues sur la situation sur le terrain. Il n’a toutefois pas été établi si cet appareil précis avait contribué à ces services, et l’entreprise n’a pas souhaité commenter ce point.
Un rapport du Royal United Services Institute (RUSI), publié en juin, avait relevé que quatre satellites sous contrôle russe avaient modifié leurs orbites depuis mai pour les aligner sur la trajectoire de ce même satellite.
Des objectifs encore incertains
Selon LeoLabs, de telles manœuvres peuvent servir à inspecter un autre engin, à en déterminer les caractéristiques, à le suivre, voire à perturber son fonctionnement. L’entreprise souligne néanmoins que les capacités observées lors de cet incident ne prouvent pas nécessairement l’existence d’intentions hostiles.
Elle ajoute que ces capacités pourraient être utilisées pour recueillir du renseignement, procéder à des inspections en orbite, interférer avec d’autres systèmes ou préparer de futures opérations spatiales.
De son côté, le RUSI a évoqué la possibilité que ce rapprochement constitue un moyen de pression ou une tentative de brouillage des communications par l’émission de bruit radioélectrique. L’institut souligne que les moyens actuels de protection des satellites sont limités et qu’il reste difficile d’assurer leur sécurité en orbite.
