Le sud du Liban et le modèle de Gaza : une escalade qui redessine la carte de la destruction
Les scènes de dévastation dans le sud du Liban en viennent à refléter ce que l’on appelle le « modèle de Gaza », où des villages entiers se transforment en décombres dans un contexte militaire dont l’ampleur ne cesse de s’étendre.
Dans la localité de Bint Jbeil, située à seulement quelques kilomètres de la frontière israélienne, le journal The New York Times ainsi que d’autres médias occidentaux ont constaté l’ampleur des destructions près de deux mois après la reprise de l’offensive terrestre israélienne dans le sud du Liban.
Des rues entières ont été rasées, des maisons et des commerces entièrement détruits, y compris un café qui constituait l’un des principaux repères de la localité.
Malgré l’accord de cessez-le-feu, Israël continue de mener des attaques, notamment dans le sud du Liban, et ses forces procèdent à de vastes opérations de démolition et d’explosions dans des localités frontalières, où a été annoncée l’instauration d’une « ligne jaune » séparant des dizaines de villages du reste du territoire libanais.
L’analyse d’images satellitaires, ainsi que de photos et de vidéos publiées en ligne et vérifiées par The New York Times, met en évidence l’ampleur de cette campagne militaire israélienne dans les villages et villes du sud du Liban.
Les opérations de démolition à grande échelle ont nivelé de vastes zones comprenant au moins vingt localités et villages proches de la frontière, causant des dommages aux bâtiments administratifs et aux infrastructures civiles, notamment les écoles, les hôpitaux et les mosquées.
Les villages donnent désormais l’impression de ne former qu’une seule étendue de cendres, la couleur blanche des gravats dominant le paysage d’une localité à l’autre.
Après la reprise des combats entre Israël et le Hezbollah au début du mois de mars dernier, lorsque le mouvement a lancé une attaque contre Israël en solidarité avec l’Iran, Israël a établi une « zone tampon » de plusieurs kilomètres de profondeur, affirmant qu’elle restera occupée jusqu’à ce que la menace du mouvement soit contenue.
Depuis le début de la guerre, des responsables israéliens ont répété que Tel Aviv entend établir une « zone de sécurité » à l’intérieur du Liban jusqu’au fleuve Litani River, situé à environ 30 kilomètres de la frontière, avec pour objectif déclaré de mettre fin à la menace du Hezbollah contre le nord d’Israël.
Selon les termes de l’accord de cessez-le-feu publiés par le U.S. Department of State, Israël conserve « le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour se défendre à tout moment face aux attaques » menées par le Hezbollah.
Le président libanais Joseph Aoun a déclaré mercredi qu’Israël devait respecter « pleinement » le cessez-le-feu avec le Hezbollah avant toute négociation directe entre les deux pays, sous médiation américaine.
Une présence militaire élargie
Le journal américain indique que la destruction observée à Bint Jbeil, considérée comme un bastion du Hezbollah, n’est pas un cas isolé, mais se répète dans un grand nombre de villages frontaliers. La région, autrefois caractérisée par sa nature verdoyante et la diversité de son relief, s’est transformée en étendues de gravats après que les forces israéliennes ont détruit des villages entiers dans le cadre d’un effort visant à préparer le terrain à une présence militaire plus large.
Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que cette approche s’inspire des tactiques employées par l’armée dans la bande de Gaza, où des quartiers entiers, des bâtiments et des rues ont été réduits en ruines.
Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, a averti mercredi dernier, lors d’une visite à des forces déployées dans le sud du Liban, que « toute menace, en tout lieu, contre nos communautés ou nos forces, y compris au-delà de la ligne jaune et au nord du Litani, sera éliminée ».
De son côté, le Liban estime que les actions d’Israël traduisent « une intention claire d’imposer une nouvelle occupation de territoires libanais », selon les propos du ministre de la Défense Michel Menassa.
La grande majorité au Liban considère que le Hezbollah a entraîné le pays dans une guerre dévastatrice au service de l’Iran, l’accusant d’ignorer le coût de l’escalade pour les civils, alors que des milliers de personnes ont fui les régions du sud et la banlieue sud de Beyrouth à la recherche d’un refuge sûr.
Nabil Senbel, 67 ans, employé dans une boulangerie à Bint Jbeil, qui s’est réfugié à Beirut avec seulement quelques effets personnels, déclare : « J’ai l’impression de m’effondrer sous l’effet de la colère et de la tristesse ».
Des images satellitaires montrent que le quartier où Senbel vivait et travaillait a été gravement touché, bien qu’il ne soit pas clairement établi si sa maison a été totalement détruite.
Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont fait plus de 2 600 morts au Liban, selon le ministère libanais de la Santé, parmi lesquels des journalistes et des personnels médicaux.
Des infrastructures telles que des ponts et des stations-service ont également été détruites. Plus d’un million de personnes ont été déplacées. Les combats ont persisté malgré le cessez-le-feu négocié par les États-Unis, qui a été prolongé jusqu’à la mi-mai en cours.
L’armée israélienne affirme cibler les infrastructures et les positions du Hezbollah soutenu par l’Iran, lequel a lancé des centaines de drones, de roquettes et de missiles antichars contre Israël.
Elle assure que ses forces opèrent « conformément au droit international » et que ses directives autorisent la destruction des bâtiments utilisés par le Hezbollah.
L’armée israélienne avait déjà envahi le sud du Liban au début de 1978, puis mené une invasion plus large en 1982 qui avait atteint Beyrouth, avec pour objectif déclaré d’éloigner l’Organisation de libération de la Palestine.
Les forces israéliennes se sont ensuite progressivement retirées au cours des années suivantes, avant d’établir ce qui fut connu sous le nom de « ceinture de sécurité » dans le sud du pays.
