Report du vote sur un projet de résolution onusien visant à sécuriser le détroit d’Ormuz
Le report du projet de résolution présenté par le Royaume de Bahreïn intervient alors que le Corps des gardiens de la révolution islamique rejette des restrictions strictes sur le détroit d’Ormuz, ce qui accroît le risque de perturbation des approvisionnements mondiaux en carburant et menace la stabilité économique internationale.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a reporté le vote prévu ce vendredi sur un projet de résolution soumis par le Royaume de Bahreïn, autorisant le recours à la force défensive pour garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, à la suite d’une série de tensions croissantes entre l’Iran et la coalition américano-israélienne. Le Conseil, composé de 15 États membres, devait examiner le texte amendé vendredi matin. Toutefois, selon des sources diplomatiques, l’ordre du jour a été modifié jeudi soir, les Nations unies considérant le Vendredi saint comme un jour férié officiel, bien que cette date ait été connue à l’avance lors de la fixation du vote. À ce stade, aucune nouvelle date n’a été annoncée pour réexaminer la résolution.
Ce report intervient alors que le Corps des gardiens de la révolution islamique impose des restrictions strictes dans le détroit d’Ormuz, en réaction aux récentes frappes américano-israéliennes, ce qui accroît le risque de perturbation des approvisionnements mondiaux en carburant et menace la stabilité économique internationale. L’ambassadeur bahreïni auprès des Nations unies, Jamal Al‑Ruwayei, a averti que cette situation persistante constituait une forme « d’étranglement et de terrorisme économique » contre les pays de la région et le monde entier. Il a souligné que le texte, qui a fait l’objet de plusieurs amendements et bénéficie du soutien de Washington, revêt une importance capitale à un moment particulièrement sensible.
Dans une initiative controversée, le président américain Donald Trump a appelé la semaine dernière les pays affectés par les pénuries de carburant à obtenir leurs approvisionnements via le détroit d’Ormuz de leur propre initiative, affirmant que les forces américaines ne fourniraient pas de soutien direct à cet égard. La sixième et dernière version du projet de résolution autorise les États membres, agissant individuellement ou dans le cadre de « partenariats maritimes multinationaux volontaires », à utiliser tous les moyens défensifs nécessaires et proportionnés pour assurer la sécurité des navires commerciaux lors de leur transit par le détroit et les eaux adjacentes, afin d’empêcher toute tentative de fermeture ou d’entrave à la navigation internationale. Ces mesures devraient s’appliquer pour une durée minimale de six mois. Toutefois, le projet fait face à une opposition et à l’absence de consensus de la part de certains membres.
La Chine a exprimé ses inquiétudes quant au fait que l’autorisation donnée aux États membres d’utiliser tous les moyens défensifs puisse entraîner une nouvelle escalade, tandis que la Russie a critiqué le texte, le qualifiant de « partial ». De son côté, le président français Emmanuel Macron a estimé que toute opération militaire visant à libérer le détroit serait « irréaliste », indiquant qu’elle prendrait beaucoup de temps et exposerait la navigation dans la région à de graves risques. L’ambassadeur de France auprès des Nations unies, Jérôme Bonnafont, a affirmé que la mission du Conseil consistait à définir une réponse défensive rapide, à la suite du vote de mars condamnant la fermeture du détroit par l’Iran.
Dans le même contexte, le secrétaire général de la Ligue des États arabes, Ahmed Aboul Gheit, a exprimé le soutien de la Ligue aux efforts de Bahreïn pour faire adopter la résolution. Par ailleurs, le Royaume‑Uni a accueilli une réunion rassemblant plus de 40 pays afin d’examiner les moyens de rouvrir le détroit et d’assurer un passage sûr aux navires commerciaux, tout en annonçant son soutien à l’initiative bahreïnie.
Des experts estiment que le texte se heurte à des obstacles majeurs, compte tenu de la possibilité que la Russie et la Chine utilisent leur droit de veto. Daniel Forti, du International Crisis Group, considère que l’adoption de la résolution sera difficile, ces pays pouvant refuser d’approuver un projet qui traite la stabilité du détroit uniquement comme une question de sécurité, sans parvenir à un règlement politique durable mettant fin aux hostilités.
Un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié transite par le détroit d’Ormuz, ce qui signifie que toute perturbation a un impact direct sur les marchés mondiaux et entraîne une hausse des prix de l’énergie et de produits essentiels tels que les engrais. L’autorisation par le Conseil de sécurité du recours à la force demeure rare : dans le passé, un vote en 1990 a permis à la coalition dirigée par les États-Unis d’intervenir en Irak, tandis qu’un vote en 2011 a ouvert la voie à l’intervention de l’OTAN en Libye.
