L'Europe

La France s’oriente vers une économie de guerre avec un plan d’armement sans précédent


La France se dirige vers l’adoption d’une « économie de guerre » à travers un plan d’armement inédit visant à renforcer son arsenal militaire afin de faire face aux défis futurs.

C’est ce qu’a rapporté le journal américain Politico, citant ce qu’il présente comme un projet de loi de programmation militaire en France.

Selon ce qu’a relevé le média, la France prévoit d’augmenter ses stocks de missiles et de drones jusqu’à 400 % d’ici 2030.

Il est également indiqué que la France consacre désormais des milliards d’euros au renforcement de ses stocks actuels.

Le tournant vers une « économie de guerre »

Le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a récemment déclaré devant le Parlement : « Le besoin urgent, bien sûr, ce sont les munitions », dans un contexte de préoccupations européennes plus larges quant à un possible conflit avec la Russie d’ici la fin de la décennie.

Le gouvernement français doit présenter, le 8 avril, la version actualisée de la loi de programmation militaire, qui alloue 8,5 milliards d’euros aux drones et aux missiles d’ici 2030. Ce projet de loi constitue un cadre financier pluriannuel fixant des objectifs d’acquisition et de développement d’armements.

Le projet de loi, composé de 64 pages, stipule que « cet effort se traduit par une augmentation des commandes et des livraisons, ainsi que par l’adaptation de l’infrastructure industrielle grâce au cofinancement des capacités de production prioritaires », dans le cadre de la préparation à ce que le texte qualifie d’« économie de guerre ».

Un budget de défense en hausse jusqu’en 2030

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, la plupart des pays européens ont accéléré le développement de leurs capacités de défense, consacrant des milliards d’euros à l’armement.

Ces efforts se sont intensifiés après la réélection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, par crainte d’un retrait de Washington de l’OTAN ou, plus largement, d’un désengagement de la garantie de sécurité européenne.

Selon le projet de loi, le budget de défense français augmentera progressivement pour atteindre :

63,3 milliards d’euros en 2027.

68,3 milliards d’euros en 2028.

72,8 milliards d’euros en 2029.

76,3 milliards d’euros en 2030.

Bien que ces montants nécessitent une approbation annuelle du Parlement, ils traduisent une orientation claire vers une augmentation des dépenses militaires.

Des objectifs ambitieux

Les objectifs incluent des augmentations de :

Les munitions rôdeuses, telles que les drones kamikazes, de 400 %.

Les bombes guidées AASM Hammer, fabriquées par Safran, de 240 %.

Les missiles Aster et MICA, fabriqués par MBDA, de 30 %.

Désaccord entre le gouvernement et les industriels de l’armement

Les nouveaux contrats prévus par la loi de programmation militaire interviennent dans un contexte d’échanges d’accusations entre l’État français et le secteur industriel concernant l’insuffisance de la production d’armements à grande échelle.

Les industriels accusent le gouvernement de ne pas passer suffisamment de commandes.

De son côté, le gouvernement demande aux entreprises d’investir dans leurs équipements de production avant la signature de tout accord.

Un responsable français avait précédemment déclaré à Politico que les fabricants d’armes devaient se préparer à absorber une forte hausse de la demande.

La semaine dernière, le directeur général de MBDA, Éric Béranger, a indiqué aux journalistes que l’entreprise augmenterait sa production de 40 % cette année, y compris un doublement de la production des missiles Aster.

Un projet de nouveau char

Malgré cette expansion des munitions, la France ne prévoit pas d’augmenter la taille de ses forces armées ni d’acquérir d’importants équipements supplémentaires tels que des avions Rafale ou des frégates, malgré les engagements antérieurs du président français Emmanuel Macron et de Lecornu.

Cependant, Paris envisage le développement d’un nouveau char destiné à remplacer le char Leclerc actuel, dont le retrait du service est prévu vers la fin des années 2030, notamment en raison des retards possibles du projet de char européen commun avec l’Allemagne.

Le projet mentionne également que la France pourrait avoir abandonné le programme européen « Eurodrone » de drones longue portée, en raison de retards considérables, aucun budget ne lui ayant été alloué.

Bien que le plan s’étende jusqu’en 2030, des responsables prévoient qu’un nouveau plan sera élaboré après l’élection présidentielle de 2027.

L’ensemble du spectre politique français s’accorde sur la nécessité d’augmenter les dépenses de défense, le dirigeant d’extrême droite Jordan Bardella ayant appelé à porter les dépenses militaires à 3,5 % du PIB, conformément aux objectifs de l’OTAN.

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