Charlie Kirk à la française : l’extrême droite à la recherche de dynamique
Les prochaines élections municipales françaises sont considérées comme un indicateur important pour la course à l’Élysée en 2027. Dans ce contexte, l’extrême droite estime être victime de l’extrême gauche.
Ces derniers jours, le Rassemblement national, parti d’extrême droite français, a comparé la mort d’un de ses militants, Quentin Déranc (23 ans), à celle du militant conservateur américain Charlie Kirk l’année dernière.
Le Rassemblement national affirme que cet incident illustre comment le parti populiste en tête des sondages est ciblé par l’extrême gauche radicale, à l’image du mouvement « Make America Great Again » (MAGA) aux États-Unis après l’assassinat de Kirk.
À l’approche des élections municipales cruciales du mois prochain, considérées comme un baromètre des chances du Rassemblement national à la présidentielle, cet événement a accentué les divisions dans le paysage politique français et suscité des craintes de violences accrues, selon le magazine américain Politico.
Pierre Roman Teynié, membre du Parlement européen pour le Rassemblement national, a déclaré : « Ce qui est arrivé à Quentin semble pouvoir se produire des dizaines de fois à nos partisans ces dernières années » et, en évoquant la mort de Kirk, il a ajouté : « Ce ne sont évidemment pas les mêmes circonstances, mais il y a des similitudes dans l’impact ».
Contrairement à Kirk, Déranc était inconnu du grand public avant sa mort samedi dernier, après avoir reçu plusieurs coups à la tête lors d’une altercation survenue près de l’université où la députée européenne Rima Hassan participait à un événement.
Les circonstances de l’altercation restent floues. Le collectif féministe d’extrême droite « Collectif Némésis » a affirmé que Déranc assurait leur protection lors de leur manifestation contre Hassan et son parti, France Insoumise.
La majorité de la colère s’est dirigée contre France Insoumise et son leader Jean-Luc Mélenchon, alors que la police enquêtait pour déterminer si des membres du « Jeune Garde » anti-fasciste, aujourd’hui dissous et cofondé par le député Raphaël Arnault, étaient impliqués dans l’altercation.
Jeudi dernier, un juge a inculpé deux personnes pour homicide volontaire, tandis qu’un des assistants parlementaires d’Arnault a été interrogé pour complicité. Le procureur de Lyon a annoncé l’ouverture d’une enquête officielle contre sept individus pour homicide volontaire. Trois suspects ont déclaré appartenir ou avoir appartenu à des groupes « d’extrême gauche » et certains ont reconnu avoir participé à l’altercation, mais tous ont nié toute intention de tuer Déranc.
À l’instar de l’ancien président américain Donald Trump après la mort de Kirk, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a qualifié l’incident de « terrorisme » : « Lorsqu’une organisation utilise le terrorisme pour imposer son idéologie, elle doit être combattue avec la même force que les groupes terroristes ».
Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen et membre du Parlement européen au sein du groupe conservateur et réformiste dirigé par la Première ministre italienne Giorgia Meloni, a appelé à un débat au Parlement européen sur la « violence de l’extrême gauche en Europe qui menace nos démocraties ».
Meloni a exprimé sa « consternation » face à l’incident et a imputé la responsabilité à « l’extrémisme de gauche » et au « climat de haine idéologique qui sévit dans plusieurs pays », ce qui a déclenché un nouveau différend avec le président français Emmanuel Macron et son Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui ont affirmé que France Insoumise devait « assainir ses rangs ».
De son côté, France Insoumise évoque également la mort de Kirk, mais pour alerter sur une campagne de répression similaire à celles menées par Trump contre les universités.
Mardi dernier, le ministre français de l’Éducation, Philippe Baptiste, a annoncé son intention d’interdire les conférences politiques dans les universités chaque fois que les autorités estiment qu’elles pourraient provoquer des affrontements. Rima Hassan a exprimé sa crainte d’une « censure » gouvernementale des universités.
Selon les médias français, le maire de Lyon, Grégory Doucet, s’est opposé à l’organisation d’une marche samedi pour rendre hommage à Déranc, craignant qu’elle n’entraîne davantage de violence.
Malgré l’augmentation des violences ces dernières années, la majorité des incidents politiques ont historiquement été commis par des groupes d’extrême droite.
Isabelle Soumiet, sociologue, a déclaré au journal Le Monde que le nombre d’agressions à motivation politique a doublé depuis 2017, la plupart étant le fait d’extrémistes d’extrême droite.
Elle a ajouté que si les autorités concluent que Déranc a été tué par un groupe antifasciste en raison de ses opinions politiques, il serait la première victime de l’extrême gauche radicale depuis les années 1980.
France Insoumise a condamné l’attaque violente et affirmé son non-engagement dans l’incident. Arnault a exprimé sa « stupéfaction et son dégoût » et travaille avec les services parlementaires pour mettre fin au contrat de son assistant impliqué dans l’altercation.
L’incident ne devrait pas affecter les chances de France Insoumise à la mairie de Lyon, où la victoire du parti était peu probable. Le véritable test résidera dans son impact sur les prévisions des élections municipales dans d’autres villes où les candidats du parti enregistrent des progrès.
