L’Amérique d’abord menace les exportations d’armes vers l’Asie du Sud-Est
La nouvelle stratégie adoptée par les États-Unis en matière d’exportation d’armements complique les efforts des pays d’Asie de l’Est pour acquérir des armes de fabrication américaine.
Le 6 février, le président américain Donald Trump a signé un nouveau décret affirmant l’engagement des États-Unis envers le principe « America First » en ce qui concerne les exportations d’armes.
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Selon le magazine américain Foreign Policy, cette nouvelle stratégie vise à « garantir que les intérêts américains soient prioritaires dans les futures ventes d’armes, en utilisant les achats et les capitaux étrangers pour renforcer la production et les capacités américaines ».
L’administration de Donald Trump a établi des critères pour déterminer l’éligibilité des alliés et partenaires à recevoir des armes américaines. Ces critères stipulent que « les États-Unis donneront la priorité aux ventes et aux transferts d’armes aux partenaires qui ont investi dans leurs capacités de défense, qui jouent un rôle déterminant ou occupent une position géographique stratégique dans les plans et opérations des États-Unis, ou qui contribuent à la sécurité économique américaine ».
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Sur la base de ces critères, la plupart des pays d’Asie du Sud-Est sont susceptibles de rencontrer davantage de difficultés pour obtenir des armements américains.
Tous les États de la région ne cherchent pas à bénéficier de l’assistance de Washington, et certains n’en ont pas les moyens financiers. Toutefois, les pays intéressés pourraient se heurter à un nouveau modèle américain dans lequel ils recevraient peu, voire rien, selon Foreign Policy.
Toujours selon la même source, cette stratégie incitera les pays d’Asie du Sud-Est à se tourner vers d’autres fournisseurs d’armements, qu’ils soient alliés ou adversaires des États-Unis.
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En définitive, la nouvelle politique d’exportation d’armes de Trump risque d’affaiblir le réseau d’alliances et de partenariats américains dans une région cruciale de l’Indo-Pacifique, au moment même où Washington devrait consolider ce réseau pour faire face plus efficacement à Pékin.
Bien qu’il n’y ait pas de gagnants évidents dans la nouvelle stratégie de vente d’armes de Trump, certains pays pourraient en tirer davantage profit que d’autres, à l’instar des Philippines, qui disposent d’un long littoral donnant sur la mer de Chine méridionale et qui sont engagées dans un différend avec Pékin en raison de son expansion maritime.
Dans la récente stratégie de sécurité nationale américaine, l’administration Trump affirme que le contrôle de la mer de Chine méridionale a « des répercussions majeures sur l’économie américaine », étant donné qu’environ un tiers du commerce maritime mondial transite par ces eaux.
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Compte tenu de la position géographique des Philippines, situées à moins de 160 kilomètres de l’extrémité méridionale de la mer contestée, il paraît logique de considérer la poursuite de l’armement de Manille comme une priorité.
Le Cambodge figure également parmi les pays susceptibles de bénéficier de la politique de transfert d’armes de Trump. La semaine dernière, l’administration américaine a officiellement levé l’embargo sur les armes imposé à Phnom Penh, ouvrant la voie à une diversification de son économie et à une réduction de sa forte dépendance à l’égard des systèmes d’origine chinoise.
Bien que les justifications de l’administration pour mettre fin à l’embargo demeurent floues, la nouvelle stratégie apporte un certain éclairage.
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En octobre, lors de sa participation au sommet annuel de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en Malaisie, Trump a signé un nouvel accord avec le Cambodge concernant l’accès aux minerais critiques. Il semble que, en échange du soutien de Phnom Penh à l’agenda de sécurité économique de Trump, le Cambodge ait retrouvé l’accès aux approvisionnements en armements américains.
Une dynamique similaire pourrait concerner la Malaisie et la Thaïlande, qui ont également signé des accords comparables en marge du sommet. Toutefois, la majorité des armements américains pourraient s’avérer coûteux.
Parmi les pays d’Asie du Sud-Est en mesure d’acheter des armes américaines et de tirer parti de la nouvelle stratégie figure Singapour, bien qu’il ne consacre que 2,7 % de son produit intérieur brut à la défense, soit bien moins que les 3,5 % que l’administration Trump cherche généralement à imposer à ses alliés proches.
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Singapour bénéficie néanmoins de deux atouts majeurs. Le premier est sa position stratégique à l’entrée du détroit de Malacca, qui relie l’océan Indien au Pacifique, ce qui lui confère une importance capitale dans toute stratégie d’endiguement de la Chine. Le second a été souligné par le secrétaire adjoint américain aux Affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique, Michael DeSombre, lors de sa récente visite à Singapour, lorsqu’il a insisté sur la nécessité d’« approfondir les partenariats qui protègent la liberté de navigation et les routes commerciales vitales pour la prospérité des États-Unis et de Singapour ».
En revanche, d’autres partenaires stratégiques de la région, tels que l’Indonésie et le Vietnam, pourraient voir leur position fragilisée par la nouvelle stratégie américaine de transfert d’armes.
Bien que les récentes visites de DeSombre à Jakarta et à Hanoï aient été jugées productives, notamment en ce qui concerne la coopération en matière de sécurité maritime, ces deux pays ne disposent pas de la même importance géographique que les Philippines et Singapour dans le cadre de la stratégie de Washington visant à contrer la Chine.
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